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Sun Kai

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La poésie d’amour

直道相思了无益 à quoi bon laisser aller le mal d’amour
未妨惆怅是清狂 n’empêche que la mélancolie
déborderait effrénée

I
La poésie lyrique représente un grand genre poétique, et la poésie d’amour est le florilège du lyrisme. Ceux qui à l’intérieur d’un jeu sont les premiers à s’embrouiller ; il semble vraiment difficile pour un poète d’amour, plongé dans son voile d’amour, de faire cristalliser ses expériences dramatiques et subjectives en un art objectif à apprécier. Nous avons toujours une hallucination qu’un poète, notamment l’auteur d’un poème d’amour, aie plus de forts sentiments et qu’il soit d’ailleurs plus apte à les exprimer. En fait, beaucoup de protagonistes dans les nouvelles pornos n’ont pas moins de sentiments riches et forts que Li Qingzhao(李清照 ou Li Shangyin(李商隐. L’aptitude d’un poète réside, d’une part, dans sa sensibilité, d’autre part, dans son expressivité. Face à l’amour, un poète est censé savoir tant y pénétrer qu’en sortir ; pénétrer et sortir, cela lui permettra de transformer ses premières expériences naturelles, en rejetant les déchets pour garder l’essentiel, en des deuxièmes expériences artistiques. Si les premières expériences sont des matériels crus, les deuxièmes sont alors de jolis produits finis. Si nous écrivons un poème d’amour uniquement pour la lecture de notre amant, ce poème n’est d’autre qu’un épanchement sentimental comme des lettres d’amour ou des journaux; émotion passée, la valeur sera perdue. Pour faire d’un poème la brillante auréole autour des cheveux de notre amour ou l’éclat resplendissant dans les yeux des Neuf Sœurs, nous aurons encore besoin d’ un art délicat.
II
Si les Chinois peuvent parfaitement égaler les Occidentaux pour la richesse d’imagination, force est d’avouer que la mythologie chinoise semble plutôt fragmentaire et simple par rapport à l’Occident, et que les poèmes classiques chinois sont plus lyriques que narratifs. Pourtant, la poésie d’amour joue un rôle moins important dans la poésie chinoise que dans la poésie occidentale. Nous comptons 20,000 lignes dans « le Roman de la Rose », fameux poème d’amour français dans le Moyen Age. Beaucoup de poètes, tels que Sir Philip Sidney, Edmund Spenser, Elizibeth Barrett Browning et D.G. Rosseti, sont connus pour leurs recueils de poésie d’amour. A part quelques rares exceptions comme Milton et Wordsworth, le sonnet passe depuis longtemps pour un genre spécialement destiné à la poésie d’amour, Shakespeare écrit 154 poèmes d’amour mystérieux sous forme de sonnet. En revanche, apparemment, Du Fu (杜甫, Grand Maître Poétique Chinois(中国诗圣, n’a pas laissé de poèmes d’amour remarquables.
香雾云鬟湿 le chignon de nuage mouillé dans la brume parfumée
清辉玉臂寒 les bras de jade refroidis dans l’éclat serein
何时倚虚幌 à quelle heure elle s’appuiera à de souples rideaux
双照泪痕干 laissant les traces de larme séchées sous yeux brillants
Sans doute ces vers font partie des rares exceptions dans l’œuvre de Du Fu, mais ils sont de toute façon moins valorisés que ses poèmes pleins de souci pour la patrie et le peuple. Li Bai (李白 ne manque pas de poèmes qui décrivent l’amour, mais les vers comme suit :
但见泪痕湿 seules les traces de larme humides
不知心恨谁 ne trahissent pas contre qui elle se plaint
n’appartienne pas, après tout, à la poésie d’amour au sens strict du terme.
Dans l’histoire de la poésie classique chinoise, le meilleur poète d’amour devrait être Li Shangyin(李商隐. En tant que grand amant méritoire, il écrit des poèmes consommés, implicites, passionnés et mystérieux, avec une vigueur fort dramatique. Les Ci (词 comptent une proportion de vers d’amour plus importante, malheureusement, l’amour traité dans les Ci est, pour la plupart, vulgaire, voire frivole, donnant l’impression que la chair l’emporte sur l’âme.
十年一觉扬州梦 un rêve à Yangzhou ayant duré 10 ans
赢得青楼薄幸名 a valu le renom d’infidèle dans le pavillon vert
Ces vers de Du Mu (杜牧 ne laissent pas d’être élégants ; lorsqu’il s’agit de l’amour dans les Ci, cela devient :
香囊暗解 sac parfumé délié en cachette
罗带轻分 ruban de soie légèrement soulevé
漫赢得青楼薄幸名存 ont valu le renom d’infidèle dans le pavillon vert
Nous y sentons trop de fard féminin, rythme étant bas, style vulgaire.
Dans la tradition classique chinoise, beaucoup de poèmes d’amour, trop attachés au réalisme, manquent d’éléments chimériques, élégants et imaginaires. Ce phénomène résultent en partie de l’attitude générale à l’égard des femmes dans l’ancienne société chinoise. A part quelques rares exceptions, la plupart des poètes chinois prennent les prostituées comme amants, c’est ainsi que les poèmes d’amour sont souvent destinés à ces dernières. L’amour platonique idéalisé dans l’Occident s’y voit très rare. A l’origine, la société chinoise avait homme pour centre. L’homme est « maître »(君, la femme est « esclave »(奴, celui-là « brave homme »(良人, celle-ci « concubine »(贱妾 ; pour l’homme, il s’agit de « combler de faveurs »(幸 et de « dompter »(御, pour la femme, c’est de « recevoir »(承 et de « accepter »(荐 ; la hiérarchie de statut s’avère ainsi catégorique. Dans ces poèmes, l’amour est quelquefois fidèle et profond, mais rarement sacralisé.
III
La tradition occidentale voit la femme, sinon en l’air, au moins du même niveau. Dans les mythes grecs, Aphrodite s’occupe de l’Amour, Erato s’occupe de la Poésie d’Amour ; Zeus craint sa femme au vu et au su de tout le monde ; la Troie et la Grèce se battent pour Hélène pendant 10 ans : les deux parties subissent de graves pertes, tandis que Hélène retourne à Spartiate saine et sauve. Dans un chapitre de « Symposium », Platon, grand philosophe, nous raconte, à travers la bouche d’Aristophanes, l’histoire suivante: l’homme avait à l’origine un double sexe, disons « Androgynous » ; comme il a contré bravement les dieux, Zeus l’a tranché en deux demi-corps comme une punition, et les deux sexes séparés sont ainsi condamnés à se chercher l’un l’autre pour s’identifier de nouveau. L’expression humoristique en anglais « ma meilleure moitié »( better half ) pour désigner « épouse » découlerait sans doute de cette notion.
Ce qui occupe le souci central dans la poésie d’amour occidentale, c’est pourtant « l’amour chevaleresque ». Cette notion régit la littérature européenne durant plus de 700 ans, trouve son apogée dans la seconde moitié du Moyen Age et ne s’affaiblissent qu’après le 19e siècle. Il existe vraiment une série de principes de déclaration d’amour pour ce sentiment chevaleresque ; le rumeur court qu’ils sont rédigés, sur la demande de « Eleanor of Aquitaine », reine de Louis VII, par Andreas Capellanus au 12e siècle. Conformément à ces principes, un soupirant est tenu de respecter les femmes, maintenir sa modestie, vénérer son amante et demeurer loyal auprès d’elle. Au début, cet amour approche du désire charnel et a lieu en cachette ; la femme à draguer est souvent une mariée et son mari n’est d’autres que supérieure ou souverain du soupirant en question. Sous cette pression tragique, presque désespérante, le soupirant devra vouer tout ce qu’il a pour plaire à son amour de façon intrépide et patiente.
Trois raisons contribuent à la formation de cette notion : 1. milieux économiques et sociaux sous la féodalité ; 2. Ovid, vers islamiques et tradition littéraire influencée par les troubadours dans le midi ; 3. christianisme, notamment le respect voué à Madeleine. Par la suite, cette notion passe de la France en Italie et se voit dans les vers d’amour de Petrarca et de Dante, mais l’adultère et les éléments charnels disparaissent au fur et à mesure au détriment d’un amour platonique. Au 16e siècle, « l’amour chevaleresque » fait écho, via l’Italie, chez les poètes anglais à l’époque d’Elisabeth et chez la Pléiade en France.
Le 17e siècle voit apparaître « l’école de poésie métaphysique » en Angleterre. Les poètes intellectuels de cette école, à la tête de John Donne, s’opposent à la tradition d’amour idéalisé. En ce qui concerne la nature de l’amour, ils tiennent compte aussi de la chair que de l’âme. En effet, l’école de poésie métaphysique cherche à attraper et maîtriser le conflit dramatique entre âme et chair, entre intellectuel et affectif. C’est ainsi que l’attitude que John Donne prend à l’égard de l’amour n’est point élogieuse, mais ironique. Il écrit un précieux poème comme suit : une puce, après avoir sucé son sang, saute sur le corps de son amante ; il prie donc à cette dernière de ne pas tuer ce petit animal car cette puce possède déjà leur sang à eux deux et qu’elle devient déjà la cristallisation de leur amour. Ce poème d’amour sans pareil et inouï est nommé « la Puce »( The Flea).
Dans « à sa timide maîtresse »( To His Coy Mistress), Andrew Marvell, un autre poète métaphysique, tente de résoudre l’alternative de « âme et chair » et parvient à convaincre sa maîtresse de renoncer à l’âme inaccessible et de profiter de la fraîche jeunesse pour jouir de la chair. Il dit à sa maîtresse : si elle garde sa chasteté jusqu’à la mort, seuls les vers de terre goûteront sa vertu vierge longuement conservée ; si la tombe est un endroit idéal pour garder les secrets, elle n’est pourtant pas propre au rendez-vous des amants. Garder l’âme chaste, cela conduira la chair initialement féconde à la stérilité : voici une idée anti-Petrarca et anti-platonique.
Le 18e siècle est une époque où la raison prédomine et la littérature tend à imiter l’Antiquité, ce qui nuit à la prospérité de la poésie d’amour. Les œuvres de Alexandre Pope, grand dictateur dans le milieux de poésie en Angleterre, sont, pour la plupart, sarcastiques ; il se moque des hommes comme des femmes. Son « Eloisa à Abelard »(Eloisa to Abelard) est une pure exception. Echouant à demander la main à Madame Wortley Montagu, il finit par l’attaquer violemment. Un écrivain infirme tend à railler les femmes, c’est une chose psychologiquement naturelle ; c’est la raison pour laquelle qu’au bout de cent ans, Byron est profondément influencé par Pope.
L’essor du romantisme va de pair avec le rebondissement de la poésie d’amour en Europe. La moitié des œuvres de Burnes, précurseur du romantisme, sont des poèmes d’amour. Wordsworth, Byron, Shelley, Keats, Browning, Poe, les Rossitti et Swinburne, ils laissent tous plus ou moins de poèmes d’amour célèbres. Sous la grande influence de Platon et de l’idéalisme, les poètes romantiques idolâtrent l’atmosphère mystérieuse du Moyen Age et vouent un culte idéal aux femmes. L’amour chevaleresque à la Petrarca est remis en valeur. Néanmoins, trop ivres dans l’enthousiasme, les poètes romantiques manquent de retenu classique et l’amour sous leur plume n’est pas une pure admiration spirituelle. Le sonnet que Keats agonisant écrit pour Fanny Brawn exprime ainsi sa forte envie de prendre possession du corps de son amante. Pour décrire la poitrine de sa maîtresse, le poète invente les termes suivants : « le sein doux, blanc, lumineux et million-plaisant » (That warm, white, lucent, million-pleasured breast).
Ces vagues romantiques s’agitent incessamment jusqu’au début du 20e siècle. Mai la fin du 19e siècle voit en Angleterre, sous l’influence de quelques poètes français tel que Baudelaire, Verlaine et Rimbaud, apparaître le mouvement « art pour art », prôné par un groupe de poètes de seconde classe sous la tête de Wilde. Ces poètes de débauche insistent pour décrire les aspects anormaux et maladifs de l’humanité. Psychologiquement, ils sont neurasthéniques et misanthropes ; pratiquement, ils font des manières extraordinaires pour montrer leur aversion contre les petits bourgeois ; esthétiquement, ils ambitionnent d’exploiter le beau à partir du laid traditionnel. La tradition trouve le péché laid, ils cherchent donc les beaux cachés dans le péché. D’où la différence entre leur attitude à l’égard de l’amour et la tradition Petrarca. Ces poètes sont souvent à la recherche d’un amour charnel dénaturé. Incapable de faire face à l’amour normal, ils hésitent entre le regret et la prostituée. Certains de ces poètes comme Verlaine, Rimbaud et Gide ont vécu l‘amour homosexuel. Les poèmes de débauche sont encombrés de désirs fort charnels. Baudelaire, par exemple, considère l’amour comme « un désir vampirique » ; pour lui, la lascivité et la mort constituent une paire de prostituées vendant la chair. Paradoxe : bien que précis et concrets, leurs poèmes portent sur la féminité générale sans se concentrer sur une femme quelconque. Actuellement, beaucoup de poèmes modernes héritent directement de cette tradition anti- Petrarca ; certains d’entre eux sont même brouillés de sang et de chair, trop douloureux à lire. Pour ceux-là, nous pouvons nommer « poésie de désir », au lieu de « poésie d’amour ».
Les poètes au 20e siècle, suffisamment éduqué en psychologie et en biologie, ont du mal à s’enivrer encore dans l’écriture de la poésie d’amour. Aldous Huxley, célèbre écrivain britannique, sans doute sous l’inspiration des recherches biologiques de son grand-père Thomas Huxley, décrit dans son « Chant du Cinquième Philosophe » ( Fifth Philosopher’s Song ) comment sa mère a été enceinte. Il dit que, parmi mille milliards de spermatozoïdes, seul un misérable Noah a réussi à s’enfuir du Déluge d’alors pour gagner l’autre rive ; parmi ses compagnons qui comptent mille milliards moins un, il y aurait peut-être les futurs Shakespeare, Newton ou John Donne, mais il s’en fout …les œuvres de ce genre, nous les trouvons plutôt distrayantes, mais peu émouvantes.
Poésie métaphysique du 17e siècle, freudisme, biologie et poètes de débauche français contribuent tous à la formation de la notion d’amour moderne. L’amour chez Eliot est ainsi ironique. Il se moque du soupirant précocement vieilli dans « Chant d’Amour », raille la vieille dame et le jeune homme hésitant dans « Portrait d’une Femme », et traite de l’amour entre la dactylographe et l’employé avec une compassion mêlée de persiflages dans « la Lande ». Apparemment, J.C.Ransom marchent sur les pas de John Donne. Pourtant, l’amour chez Dylan Thomas et Robert Graves est aussi intensif qu’enivrant. Des femmes-poètes, comme Elinor Wylie, peu capables de sortir des rengaines traditionnelles, ne savent rendre que la tristesse. Parmi les poètes anglophones, E.E.Cummings est sans doute le plus méritoire pour ses poèmes d’amour limpides et attendrissants. Ses poèmes sont tout mignons, respirant une beauté abstraite. Les meilleurs morceaux comme « pour l’Eternité comme pour le Temps » et « les Lieux que Je n’ai jamais Visités » passent même pour des sonnets shakespeariens modernisés.
IV
L’amour est susceptible de nous mettre tant en ascension qu’en chute ; il est parfois allusif et léger, parfois vulgaire et lourd. Chacun son opinion d’amour, les poèmes d’amour se différencient également les uns des autres : ils mettent l’accent soit sur l’émotion comme Petrarca, soit sur le désir comme Baudelaire, soit sur la tergiversation entre âme et chaire comme John Donne. En principe, les poèmes d’amour se divisent en quatre types suivants:

1. La poésie imaginaire.
La plupart des poèmes de ce type sont creux ; manque d’émotion, les poètes sont obligés de faire appel à l’imagination et les poèmes qu’ils écrivent semblent souvent décousus, trop exagérés, et ainsi ennuyeux. Les poètes chevaleresques britanniques au 17e siècle et quelques poèmes d’amour pastoraux ( ex. « le Berger Sentimental Donne à Celle qui lui Plait », poème romain) relève bien de ce type. Robert Herrick est typiquement ce genre de poète. Lisons son petit poème « A Electra » ( To Electra ) :

No, no, the utmost share
Of my desire shall be
Only to kiss that air
That lately kissed thee,

Ce n’est qu’un bref instant d’imagination délicate et n’a rien à voir avec l’essence de l’amour. En effet, les poètes de ce type ne savent que « flirter » sous le masque poétique sans jamais connaître le vrai amour. Dans certains poèmes actuellement en vogue parmi les jeunes amateurs, les poètes ont l’habitude de prétendre enfiler les étoiles en colliers, tresser l’arc-en-ciel en ruban multicolore pour leur amour, ou de décrire leur amour comme des animaux charmants. Cela ne trahit que le manque d’émotion mûre chez eux.

2. La poésie cathartique.
Ce type de poésie est également très courant. Les poètes de ce type aiment trépigner de tristesse ou chanter de joie à la légère ; soit ils font des prières pour remercier le bonheur, soit ils hurlent des colères pour montrer le chagrin ; bref, ils n’hésitent pas à ouvrir le cœur entièrement au public. Les poètes s’émeuvent à l’extrême à ce que le ciel soit bouleversé et que les dieux changent de contenance avec eux ; les lecteurs ont pourtant l’impression que leurs larmes coulent avec la terre boueuse et ne coûtent pas grand-chose. Le vrai art devra attendre que les boues précipitent et que l’émotion se décante transparente, et sans cela, il n’est jamais question de représenter quoi que ce soit. Beaucoup de poèmes d’amour romantiques relèvent de ce type. « la Berceuse Indienne » de Shelley est de ce fait trop direct et trop exagéré, notamment la phrase hurlante : « je meurs, je m’épanouis et j’échoue » ( I die, I faint, I fail ) donne presque à rire. Le pleur et le rire, aussi authentiques soient-ils, n’équivalent pas à l’art. L’épanchement sentimental n’est qu’une satisfaction subjective, mais non une vraie création artistique. Ce type est aussi à la mode dans la poésie actuelle.

3. La poésie charnelle.
Les poètes des deux premiers types sont souvent adolescents, tandis que les troisièmes poètes sont généralement dans l’âge moyen. Ayant vécu le désir charnel, ils foncent le mirage idéalisé de l’amour. Ce genre de poèmes n’est pas forcément mauvais, car à l’origine, l’âme et la chair représentent les deux aspects de l’amour et c’est bien faisable d’accéder à l’amour nu par la porte charnelle. Beaucoup de grands poètes tels que Blake, Whitman et John Donne, ont l’expérience de chercher à définir l’amour tant par l’âme que par la chair. Mais, si les poètes insistent pour déposer le lit devant les lecteurs et faire l’amour face au public, la distance nécessaire à la beauté sera perdue.
奴为出来难 trop timide pour sortir
教君恣意怜 je me laisserai chérir
à votre disposition
bien que pertinents, ces vers risquent d’être vulgaires. Il est vrai que, dans les poèmes, nous pouvons tenter d’exprimer l’angoisse sexuelle, le désillusionnement général et le désir du primitivisme, mais c’est un art sur le pont de chaîne ; mal mesuré, il sera réduit à la pornographie. C’est vrai que l’art sait transformer « le laid » en « beau », mais à condition que vous soyez à même de le maîtriser, sinon, le laid restera un laid tel quel, au mieux, un vers demi-dépouillé en papillon. Malheureusement, sous l’influence des poètes de débauche après Baudelaire, certains adolescents qui ne connaissent point ce que c’est le sexe se mettent aussi à écrire énormément de poèmes de néant.

4. La poésie sublime.
Dans son « Vers l’Amour dans la Poésie Anglophone »(On love in English Poetry), Lafcadio Hearn indique que la période d’illusion amoureuse( time of illusion) est un temps favorable à l’écriture des poèmes d’amour. Il fait état que le poète peut bien sûr dépasser cette période d’illusion, mais qu’il fait face inévitablement à une alternative : soit il monte au Paradis et sublime son amour dans un état religieux, à savoir, oublie de soi-même ; soit il descend dans l’Enfer jusqu’au fond des flammes punisseuses. Les grands amours existent dans l’Enfer comme au Paradis. Dante et Beatriz sont au Paradis, Abélard et Eloïse dans l’Enfer ; bien que situés dans les flammes punisseuses, Roméo et Juliette entendent la vibration des ailes angéliques. En ascension comme en chute, les grands amours ne se limiteraient pas dans le monde séculaire ; hors du temps et de l’espace, ils devraient être transcendants et revêtir une atmosphère mythologique. Envahi de la folie amoureuse, nous aurions des sentiments aussi hallucinatoires que vraisemblables – nous aurions l’impression sans doute d’avoir vu notre amour à une époque anonyme ( que ce soit la dynastie Han ou le Moyen Age, peu importe ) ; nous aurions foi dans l’éternité, dans la métempsycose ; nous serions convaincus que l’amour se prolongera outre-tombe, qu’un bref instant de bonheur rachètera le chagrin de toute la vie, que cet instant équivaudra à tout un siècle. En somme, les grands amants n’auraient pas doute d’un amour qui existe hors du temps et de l’espace : le vrai amour nécessite effectivement une pareille hallucination.
Certes, cette hallucination choque le sens comme. Faute d’explication satisfaisante dans la réalité, nous montons au Paradis et descendons en Enfer, nous consultons les registres généalogiques des dieux et collectionnons les rumeurs interstellaires pour en trouver une clé. Tout grand amour est plus ou moins cosmique. Dans la grande poésie d’amour, l’individuel devient le cosmique, les souvenirs personnels deviennent les réminiscences ethniques, voire celles de toute l’humanité. Dans « Symposium », Socrate dit que la sacrificatrice Diotima, qui est aussi son directrice d’amour, définit l’amour comme un grand génie mi-homme mi-dieu, mais ni terrestre ni céleste ; elle croit que l’amour fait la navette entre homme et dieux, chargé d’apporter les prières humaines aux dieux, et de décréter les oracles célestes à l’ homme.
Si la légende de la concubine impériale Yang (杨贵妃 devient un sujet chéri sous la plume des poètes chinois, c’est que l’empereur Xuan Zong (唐玄宗 s’est efforcé de transcender le temps et l’espace pour rejoindre son amour. Voler aile à aile dans le ciel, croître côte à côte sous la terre (在天比翼, 在地连理 : voici un rêve de tous les amants. « L’existence des continents d’outre-mer se fait brusquement entendre, seront imprévisibles les vies suivantes tandis que la présente vouée à l’échec » (海外徒闻更九州, 他生未卜此生休, c’est ce qu’écrit Li Shangyin. « Love alters not with his brief hours and weeks, / But bears it out even to the edge of doom.», c’est ce qu’écrit Shakespear. Poe écrit comment il pense à son amour partie au Paradis, Rossetti écrit commet son amour au Paradis pense à lui. Ainsi de suite pour tout grand poète d’amour.
V
L’amour est une des plus fortes affinités dans le cosmos ; tout être vivant est habité d’amour. Même le cosmos se maintient grâce aux gravitations interstellaires. Niu Lang(牛郎 et Zhi Nü (织女, Adam et Eve, Cao Zhi (曹植et l’impératrice Zhen(甄后, Tristan et Iseut…comme l’humanité est déserte ; les saints étant solitaires, se transmettent de bouche en bouche les noms des grands amants. La postérité s’opposerait sans doute à Confucius ou Jésus, mais personne ne contrera ces amants. L’éternité de l’amour va de pair avec l’éternité de la poésie ; pourvu que quelqu’un est en train d’aimer, d’aimer d’un amour sublime, il y aura quelqu’un qui écriront et liront la poésie d’amour. Tant que les amants continuent à aimer, les poètes n’épuiseront jamais leur inspiration. Pour terminer, permettez –moi de traduire un poème anglais de Cummings :

Pour l’éternité comme pour le temps
L’amour n’a ni début ni fin
Où la respiration la marche et la natation sont impossibles
L’amour nous sert de mer de continent et de vent.

 
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