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LPDP :: Nouvelles littéraires :: Et il y eut le chien ... Aller en bas de page Cacher le panneau de droite

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aristide

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  Publié: 17 jan 2008 à 09:53
Modifié:  1er août 2010 à 11:59 par Tilou8897
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Et il y a eu le chien ! Il y a comme ça des événements qui marquent une date. Le 11 septembre, la guerre d’Irak, Armstrong sur la lune, que sais-je ? Pour notre immeuble ce fut le chien ! Il y aurait : avant le chien et après le chien !. C’est le propre de ces grands événements qu’on vit en communauté. De ces moments qu’on a vécus ensemble et qui nous réunissent dans une même complicité. Je souhaite à toutes ces communautés où les gens s’ignorent, ne se parlent même pas, un chien.
Notre chien … mais il faut que je reprenne depuis de début de cette journée mémorable du 14 novembre 2007
Ce matin-là, j’ai entendu une agitation inhabituelle dans l’escalier. Ce bruit m’a beaucoup étonné parce que d’habitude l’immeuble est assez calme. J’habite dans cet immeuble bien tranquille, jusque-là, depuis une dizaine d’années. Je me suis retrouvé en même temps, seul et à la retraite. Ma femme est partie pour des raisons obscures dont je n’ai pas envie de parler. Je dois dire que j’ai assez mal vécu ce double changement dans ma vie. Ce n’est pas que mon travail dans les Postes était spécialement passionnant, mais il y avait le train-train, les habitudes, les collègues. Tout est préférable à cette solitude poisseuse qui m’est tombée dessus à cette triste période.
Alors plutôt que de vivre dans ma grande maison vide, je me suis installé ici dans un petit appartement. Il y avait les voisins à qui dire bonjour, c’était déjà ça. Bonjour, bonsoir, c’est à peu près en dix ans tous les échanges que j’ai pu avoir avec eux.
Je suis donc descendu dans le hall dans lequel il régnait une agitation très inattendue. Une dizaine de personnes s’étaient amassées. Je me renseignai et j’appris que personne ne pouvait sortir à cause du chien… Le chien !

C’est Mme Leneuveu qui m’expliqua la situation. Toujours prête à discuter cette brave Mme Leneuveu. Elle habite au rez-de-chaussée, je pense que son rêve aurait été d’être concierge. C’est bien rare qu’elle ne sorte pas de chez elle quand quelqu’un rentre ou sort de l’immeuble. C’est avec elle que je discute un peu, elle brise ma solitude.
- Figurez-vous que depuis 7 heures ce matin, ce chien attaque toutes les personnes qui essaient de sortir de l’immeuble, vous vous rendez compte M. Legrand !
- Et personne n’a réussi à sortir ?
- Si plusieurs ont essayé et se sont fait mordre ! Tenez, M. Bertier du 4e. (Parce que pour Mme Leneuveu on est tous M. ou Mme … du quelque chose) Ce matin, il est sorti le premier à 7h et il s’est fait mordre à la cuisse. Mais il a réussi à s’échapper. Tandis que Mme Peltier du 3e, elle s’est fait attraper le bras. Il a fallu qu’elle revienne se mettre à l’abri dans l’immeuble. En ce moment elle se fait soigner par l’infirmière du 1er.
Après ces deux tentatives manquées, je comprenais qu’il y ait moins de volontaires pour tenter leur chance ! Mais voilà que ma petite voisine de palier m’interpella :
- M. Legrand, vous voulez bien me rendre un service ?
Oh là, sa question m’inquiéta… Je la sens venir, je me retournai en me demandant pourquoi c’est à moi qu’elle s’adressait.
- Faut que vous m’aidiez. J’ai un partiel ce matin, c’est très important, je ne peux pas me permettre de ne pas y aller. Alors vous allez sortir, faire diversion et pendant ce temps moi je pourrai m’échapper.
Sa proposition me stupéfia. Je n’ai jamais eu la vocation de héros, en tout cas je n’ai jamais vraiment montré un courage, que je n’ai pas, à personne. Et moi, comme un imbécile, qui répondis :
- On peut toujours essayer !
C’est tout ce que j’avais trouvé. Moi qui ai une trouille maladive des clébards … ! Une véritable phobie ! Si je m’en sortais vivant, je crois que je serais au moins guéri de cette panique viscérale !
- Qu’est-ce que tu proposes Laurianne ?
Je m’étonnais que je puisse l’appeler par son prénom et qu’en plus je puisse la tutoyer. Jusque-là c’était toujours « Bonjour mademoiselle, bonsoir mademoiselle » . J’étais surpris également qu’elle connaisse mon nom.
- Vous allez sortir, vous irez vers le chien. Faites attention de ne pas trop vous approcher ! Pendant ce temps je sortirai et partirai de l’autre côté. Vous devriez pouvoir rentrer en vitesse avant qu’il ne vous attaque.
- Comme tu dis, « vous devriez » !
Je trouvais même le moyen de faire de l’humour, mais mon cœur était déjà emballé, j’étais littéralement mort de trouille !
Je suis donc sorti. Parfois on arrive à faire des choses incroyables ! Je me demande comment mes jambes ont fait pour me porter. Je n’ai même pas vu Laurianne profiter de ma diversion pour s’enfuir. Je me suis dirigé vers le clébard. Il en a mis du temps pour m’attaquer ! Et puis il s’est précipité brutalement, très brutalement ! Heureusement pour moi, si j’ai toujours eu du mal à courir vite, j’ai de bons réflexes, c’est ce qui m’a sauvé. J’ai bien anticipé son attaque, mais il était vraiment sur mes talons quand je suis revenu dans le hall, heureusement qu’on m’a aidé en me tenant la porte et en me tirant par les bras ! En tout cas, j’étais devenu le héros de l’immeuble ! Comme quoi, il n’y a pas d’âge pour les héros !
A mon retour, Mme Leneuveu annonça qu’elle avait prévenu la police.
- Ouf on est sauvés ! dit M. Richard.
M. Richard ne dit pas grand-chose d’habitude. Il est du genre un peu ours. Sa petite phrase lancée à la cantonade se voulait donc riche de sens. Il n’y eu que moi qui en savoura la connotation ironique.
Mme Grand est arrivée. Elle voulait emmener ses enfants à l’école et se demandait si le problème serait réglé dans un quart d’heure. Comme si l’un d’entre nous pouvait répondre à la question, mais c’est comme ça, il y a des personnes qui ont envie d’avoir un avis tranché.
- Ne vous inquiétez pas Mme Grand, dit Mme Leneuveu,. Les policiers seront là dans cinq minutes !
Pour elle, l’arrivée des forces de l’ordre était synonyme de paix retrouvée dans l’immeuble !
Alors que chacun s’apprêtait à rentrer chez lui, M. Winkler a fait une arrivée fracassante. Du ton péremptoire qui le caractérise il a lancé :
- Alors il suffit d’un caniche pour que le monde entier soit sens dessus dessous !
M. Winkler est un retraité de l’armée. Il a tout vu, il sait tout sur tout et les situations périlleuses, il connaît ! Enfin c’est lui qui le dit. Je serais plutôt porté à croire que l’ennemi, il n’en a jamais vu les étriers !
- Un caniche ! Tiens donc, répliqua Mme Thomas. Il serait peut-être temps de changer vos lunettes M. Winkler ! Si vous confondez un caniche avec un American Stafforshire, je crains qu’un oculiste ne puisse plus rien pour vous, il va falloir investir dans une canne blanche !
Je ne savais pas Mme Thomas capable d’un humour aussi caustique. Sa réplique fit rire à gorge déployée toute l’assistance. Il faut dire qu’elle s’y connaît en animaux Mme Thomas. Elle possède un perroquet, (qui parle ! et drôlement bien !) un chien, deux chats, un lapin et un chouka des tours. Et encore c’est un petit échantillon de tous les représentants de la gent animale qu’elle a gardé après avoir déménagé dans l’immeuble, après que le propriétaire de la maison qu’elle occupait l’ait eu mise en vente. Avant c’était une vraie ménagerie qui s’ébrouait chez elle. Elle a trouvé ici un appartement à louer avant de s’installer dans la maison qu’elle se fait construire. Alors elle a réussi à mettre en pension à droite et à gauche une partie du cheptel et a gardé les quelques animaux auxquels elle tenait le plus.
- Puisque vous trouvez que la situation est simple, vous allez m’aider à sortir M. Winkler dit M. Morlet. J’ai un rendez vous avec un client, c’est très important. Vous allez faire diversion comme M. Legrand, je sortirai pendant ce temps.
- Et pourquoi je ferais ça pour vous ? se déroba l’intéressée
- Pour une fois vous nous montrerez que tout ce que vous racontez ce ne sont pas des bobards et que ce n’est pas votre genre de fuir devant l’ennemi !
Il était coincé ! Je voyais son expression de visage se décomposer à vue d’œil ! Il ne pouvait pas reculer, il était blême de trouille !
Ils sortirent tous les deux, mais leur manœuvre fut beaucoup moins stratégique que celle de Laurianne. Ils étaient trop proches, et le chien se rua sur eux. Ce fut alors la grande débandade ! Ils rentrèrent précipitamment mais notre courageux militaire y laissa un bas de pantalon. Une fois rentré il monta chez lui sans un mot. Je crois que perdre sa dignité n’est jamais agréable, mais je jubilais intérieurement. J’ai une sainte horreur des grandes gueules comme on dit, et ce masque qui tombait en public ne pouvait que me réjouir.
Puis le hall se vida, en attendant l’arrivée de la police. Il était 8h30.

J’ai vu le véhicule des policiers arriver. Je suppose que tout le monde surveillait l’extérieur comme moi parce nous nous sommes retrouvés dans le hall dans la minute qui a suivi.
La voiture bleue à gyrophare s’est garée devant l’entrée. Deux policiers sont rentrés dans l’immeuble. Ils étaient au courant de la situation. Ils ont demandé à voir M. Ligonnière. Ils sont montés chez lui. On a attendu. Puis ils sont repassés. Avec un :
Restez tranquilles, ne sortez pas pour l’instant, on va s’occuper du chien, dans quelques minutes vous serez débarrassés.
Cette expression a tout de suite affolé Mme Grand et surtout ses enfants
Ils vont pas le mettre en prison le gentil toutou ? dit la plus petite.
Non ils vont le tuer ! dit son frère pour faire l’intéressant
Nooon ! ils vont pas faire ça ! dit la petite fille en éclatant en sanglots
Un des policiers intervint :
Rassure-toi, lui dit-il, je te promets qu’on ne lui fera pas de mal ! On va demander à un maître-chien de la police. Ils ont l’habitude et ils l’attraperont pour l’amener à la SPA.
La petite fille cessa ses pleurs. Sa mère remonta chez elle en l’emmenant avec son frère.
Les policiers se sont dirigés vers la sortie, mais c’est bizarre à dire, mais ils avaient oublié le chien, qui les a attaqués dès qu’ils ont eu ouvert la porte ! Il s’est accroché au talon de l’un deux. L’autre l’a attrapé courageusement pour le faire lâcher. Ils sont remontés comme ils ont pu dans leur voiture et sont repartis. Cette agression a calmé tous ceux qui voulaient sortir sauf M. Morlet qui avait comme idée fixe : le rendez-vous avec son client. Tout le monde essayait de le raisonner mais il s’entêtait.
Alors il est arrivé ce qui devait arriver. Le chien s’est précipité sur lui dès qu’il a franchi la porte et lui a attrapé le bras. Il a fallu le courage de deux personnes pour le faire lâcher. Au retour dans le hall, il a pris la direction de l’appartement de l’infirmière qui commençait à être très fréquenté ce matin.
Il était 9h15, le hall était rempli. Presque tous les habitants de l’immeuble y étaient rassemblés. C’est alors que Mme Leneuveu prit la parole sentencieusement :
Il faut tirer cette affaire au clair. Quand les policiers sont arrivés, ils sont montés directement chez M. Ligonnière. C’est lui le responsable, il va falloir qu’il s’explique, je vais aller le chercher !
Quelquefois, on dit que son instant est arrivé. Je pense que Mme Leneuveu s’est cru, ce jour-là, investi d’une véritable mission. Organisatrice, et maintenant présidente du tribunal ! Fallait voir comme elle était fière en montant l’escalier pour aller rechercher le fautif.
La foule a attendu silencieusement son retour. Ils se sont arrêtés à quelques marches du bas de l’escalier pour pouvoir dominer l’assemblée.
M. Ligonnière, votre chien est le responsable de tout ce qui arrive, il faut vous expliquer !
Ce n’est pas mon chien dit M. Ligonnière !
Alors pourquoi les policiers sont venus vous interroger ?
C’est un ami qui me l’a confié hier soir, je ne pouvais pas savoir... D’abord j’ai horreur des chiens. Il a débarqué chez moi, en disant « il faut que tu me rendes un service : garde moi mon chien cinq minutes » Il n’est pas revenu ! Je pouvais pas savoir qu’il ne reviendrait pas moi !
Et alors vous avez fait quoi ?
Rien, on a assisté au saccage de notre appartement ! Il a tout ravagé en deux minutes, il a détruit mes coussins, mon canapé, un livre d’art que ma femme m’avait offert. Quand j’ai voulu l’en empêcher, il m’a mordu, il a mordu ma femme aussi, qu’est-ce que je pouvais faire ? J’ai ouvert la porte, il est sorti dans l’escalier.
Vous l’avez lâché comme ça ?
Il nous aurait bouffé tous les deux, je vous jure !
Vous auriez pu appeler la police !
Oui, je reconnais, mais on était terrorisés, avec la panique, on fait n’importe quoi. Ce qui m’importait c’était de m’en débarrasser. Alors je suis descendu et j’ai ouvert la porte d’entrée en me mettant bien derrière pour qu’il ne m’attaque pas. Voilà, c’est tout !
C’est tout ! C’est tout ce que vous trouvez à dire. Vous vous rendez compte, il aurait pu tuer un enfant !
Je suis désolé …
Le voilà qui se mit à pleurer. Il était dans un état pitoyable, pas encore remis du traumatisme d’hier soir ! Il remonta chez lui, je crois qu’avec lui, on ne pourrait pas aller plus loin, en tout cas il ne serait d’aucune aide pour amadouer la bête fauve.
La situation s’éternisait. Il fallait attendre l’arrivée du maître-chien de la police. Beaucoup de personnes sont remontés, nous sommes restés une dizaine dans le hall, à causer de tout et de rien. J’avais parlé ce matin en quelques minutes bien plus que pendant les dix ans où j’ai habité dans cette résidence. Mon statut de « héros » me valait les attentions de chacun. Tout le monde voulait avoir l’honneur de m’avoir pour ami, je n’avais pas connu une telle reconnaissance dans toute ma vie.


La voiture de police est revenue. A bord, des troupes fraîches. Plus le maître-chien ! Nous allions avoir la démonstration de cet homme de l’art. Certains de l’immeuble sont redescendus comme Mme Grand et ses enfants ceux dont les fenêtres donnaient sur la cour opposée. Les autres, bien placés, s’étaient installés devant leurs fenêtres. Les plus sympathiques avaient invités leurs voisins moins favorisés à une place sur le balcon. L’immeuble était en effervescence, il était 9h45.
Un gendarme a ouvert la porte de la voiture. Il s’est avancé, mais quand le chien l’a repéré il s’est précipité sur lui. Il a fallu que notre agent des forces de l’ordre s’organise dans un repli organisé du côté de son véhicule. J’imaginais la tête de notre homme de l’art derrière dans la voiture qui prenait connaissance de la situation. Tout le monde retenait son souffle en attendant sa sortie.
Nous avons attendu dix minutes comme ça, d’abord dans le silence et petit à petit les réflexions ont fusé, certaines d’assez mauvais goût. Elle tournait autour de la terreur qu’il ne devait pas manquer d’éprouver. Je me rappelais à cette instant l’histoire de Franz Reichelt, tailleur autrichien qui, le 4 février 1942, s’était lancé du premier étage de la Tour Eiffel pour tester un parachute de son invention. 56 mètres et 5 secondes plus tard, il s’écrasait aux pieds de la Tour filmé par les caméras des actualités de l’époque. J’ai vu et revu cette image terrifiante. On a dit que cet homme avait compris avant de sauter qu’il allait s’écraser mais que devant le parterre de journalistes qu’il avait convoqué, il n’avait voulu perdre la face. On a même dit que ce n’est pas la chute qui l’a tué, mais la peur. Je me demandais comment battait le cœur du spécialiste canin à ce moment.
Et le grand moment est arrivé. On a retenu notre souffle comme au cirque quand un roulement de tambour annonce le clou du spectacle. Le maître-chien était équipé d’une espèce de bouclier et d’un bâton. Avec d’infinies précautions, il s’est approché du chien qui commençait à grogner, adoptant une posture d’attaque, les babines retroussées. L’homme voulait en imposer, il criait des ordres impressionnants. Enfin, impressionnants pour nous ! Mais j’avais l’impression que le clébard n’avait pas envie qu’on lui en raconte, ni l’histoire du Petit Chaperon Rouge, ni celle du Loup et de l’Agneau. Il a attaqué. Le dresseur de chien s’est protégé avec son bouclier. Les assauts étaient terribles, elles ont réussi à projeter le malheureux par terre. Les policiers se sont précipités et à grands coups de matraques ont réussi à libérer leur pauvre collègue et à s’embarquer en catastrophe dans le véhicule.
Ils sont vilains les monsieurs d’avoir tapé le toutou ! Hein maman ils sont vilains les monsieurs ?
Cette conclusion de Nina, la fille de Mme Grand a réussi à faire éclater de rire toute l’assistance. Je suppose que la mère n’avait pas envie d’en montrer davantage à ses enfants, mais Nina insistait :
Pourquoi il a tapé le toutou le monsieur ?
La mère excédée, remonta avec ses enfants, sans un mot. Sa froideur a tout de suite calmé les gens qui l’entouraient. Ils ont compris qu’ils étaient allés trop loin.
Cependant tous n’avaient pas perdu leur sourire parce que le spectacle de ce ratage spectaculaire avait été un grand moment ! Et voici que Mme Leneuveu revint en annonçant une nouvelle :
Je viens d’avoir le refuge de Guérande. Je les connais bien, ils sont spécialistes des chiens dangereux. J’ai discuté un moment avec eux pour tout leur raconter. Ils vont arriver avec une pâtée au somnifère. C’est une méthode qu’ils ont mise au point. Quand je leur ai parlé de l’échec du maître-chien de la police, ils ont bien rigolé !
Je crois qu’ils rigoleront moins tout à l’heure, dit M. Richard.
Toujours aussi laconique que défaitiste. La voiture de la police est repartie, fin de l’épisode. Comme au théâtre, nouvel entracte. Certains sont remontés chez eux, d’autres ont continué à discuter. Je n’avais pas envie de rentrer. J’étais en pleine conversation avec Mme Thomas qui s’était lancée dans une longue explication au sujet des races de chien. Celle dont il était question était réputée pour être docile et calme. Je pensais aux démonstrations par l’absurde dont on m’avait parlé pendant mes cours de maths. Je n’en avais retenu que le nom, mais je crois que celle de Mme Thomas devait en constituer un bel exemple.



A 10h45 l’équipe du refuge de Guérande est arrivé. Comme pendant certains entractes, quand j’étais gamin au cinéma, où il y avait des attractions pour faire patienter pendant qu’on dégustait nos chocolats glacés, nous avions eu droit, en attendant la suite du spectacle, à quelques divertissements qui avaient meublé fort plaisamment notre longue attente.
Ce fut M. Morlet, qui, décidément n’en démordait pas, si je peux me permettre ce jeu de mots facile. Il était tellement obsédé par son rendez-vous qu’il a entrepris une énième percée qui s’est encore plus mal terminé que la précédente, puisque le chien s’est précipité et lui a mordu la jambe. Je le soupçonne d’avoir eu besoin d’un prétexte pour aller se réfugier auprès des mains expertes de l’infirmière.
Il y eu aussi Mme Chaminade qui tenait absolument à sortir pour acheter un bifteck. Elle disait qu’il fallait qu’elle prépare le dîner pour son mari. Pour elle « préparer le dîner » signifiait préparer le déjeuner de midi, c’est comme ça qu’on disait dans son pays. Je suppose qu’elle était sous la coupe d’un mari très autoritaire. Elle était prête à tout même à être mordue plutôt que de subir quelque reproche de son tyran d’époux. Elle est donc sortie, et elle aussi a eu droit à une attaque en règle du molosse dont elle a réussi par miracle à échapper en rentrant en catastrophe.
On a vu redescendre Nina et son frère Alexis. Sa mère qui devait remonter chez elle, les a recommandés à Mme Leneuveu. Elle avait dû céder, les enfants qui ne voulaient rien perdre du spectacle l’avaient eu à l’usure.
La camionnette de l’équipe du refuge s’est garée le long de l’immeuble. Le chien était posté, à ce moment-là juste en face de l’entrée de l’immeuble comme si son travail avait consisté, depuis toujours à en surveiller les entrées et les sorties. Enfin dans son cerveau canin, il s’était imaginé investi d’une mission de surveillance de l’immeuble de la plus haute importance. Et c’est vrai qu’il mettait dans ce travail tout le sérieux qu’on aurait pu attendre de cette mission absurde.
Deux personnes, harnachées sont sorties du véhicule. L’une d’elle tenait une gamelle remplie d’une pâtée que je supposais appétissante pour tout chien normalement constituée. Je savais qu’ils l’avaient mélangé avec la quantité suffisante de somnifère pour assommer un bœuf.
M. Richard avec l’optimisme qui le caractérisait a dit :
Pff ! Vous allez voir, le chien n’en voudra pas !
Il y a toujours des gens comme ça pour critiquer tout le monde mais qui ne lèveraient jamais le petit doigt pour agir.
Et puis, surprise !, le chien eut l’air d’apprécier le repas qu’on lui servait si généreusement. Il a avalé la moitié de la gamelle au grand soulagement de tout le monde. Même Nina était contente :
Ils sont gentils ces monsieurs, c’est pas comme les gendarmes !
Elle avait l’art de détendre la situation par ses commentaires adorables !
Les experts du refuge sont revenus s’installer dans la camionnette en attendant que le somnifère agisse. Le chien est revenu s’installer à son poste d’observation habituel en attendant de faire la petite sieste attendue.
Nous avons attendu un quart d’heure supplémentaire, le temps syndical fixé sur la boite de somnifères. Le chien ne bougeait plus, on aurait dit une sculpture en porcelaine. Il était dans son genre très décoratif, dans cette uniformité d’immeuble, il distinguait le nôtre de son hiératisme imposant.
Nous avons commencé à nous poser des questions sur les aptitudes d’un chien à dormir assis. Certains étaient pour, d’autres contre. On a même failli procéder à un vote tellement le scrutin paraissait indécis sur ce point crucial. Nous n’avons pas eu besoin de nous exprimer à bulletin secret parce que M. Winkler qui était redescendu, et qui ne voulait pas terminer sa carrière sous les risées de son immeuble, avait décidé de se rattraper par une action d’éclat. Il n’était pas dit qu’un ancien du troisième régiment du 24e RI allait abdiquer sans se battre. En tout cas, il en a interloqué plus d’une quand il a dit :
Je vais sortir, on verra bien s’il dort !
On s’est tous mis à essayer de le raisonner, mais rien n’y fit. Il a ouvert la porte et s’est avancé. Droit comme un i , le menton en avant. Il avait pris la précaution d’enfiler des bottes. Je ne pouvais pas m’empêcher de lui trouver fière allure bien que ma sympathie pour lui restât toujours très limitée. Il allait s’approchait du chien et il allait le dépasser quand cette bête furieuse l’a chargé. Heureusement pour lui le fauve lui a attrapé la botte. Les personnes du refuge se sont précipitées pour l’aider, mais il a dû laisser la guêtre réglementaire dans la gueule de l’animal. Avant de rentrer dans l’immeuble. Il est passé fier, sans un mot devant nous la tête haute. Désormais nous n’avions plus le droit de nous moquer, il avait accompli l’exploit, le sacrifice qui le mettait hors de portée de la masse. Enfin c’est comme ça que j’ai interprété son attitude toute hautaine. Une fois encore la nouvelle opération, dite opération pâtée, se terminait en déconfiture comme les autres. Les gens du refuge sont repartis. Les commentaires ont résonné de tout côté dans le hall, chacun voulant rappeler comment ils avaient pris de haut la tentative du maître-chien de la police. Quelquefois un peu de modestie serait préférable.
Il était 11h30 et nous en étions au même point. Le chien, en pleine forme (et même qu’il venait de reprendre de la pâté !) devant la porte et plus aucun véhicule ! Nous aurait-on abandonnés ?



L’attente fut interminable. Surtout que nous n’avions plus aucune information. On aurait aimé interroger Mme Leneuveu mais elle s’était enfermée dans son appartement. Elle n’avait pas plus de nouvelles que nous, alors pour ne pas avoir à l’avouer, elle faisait comme si elle était très occupée. Petit à petit, chacun remontait chez lui. Je suivis le mouvement. Mais dans mon séjour, je tournai en rond. Je m’asseyais devant la télé, mais incapable de me concentrer, même devant la « Famille en or », je me relevais toutes les cinq minutes pour jeter un œil à la fenêtre. La situation était figée. Le chien était posté à deux mètres de l’entrée, dans une attitude hiératique. Aucun mouvement autour de l’immeuble ne venait troubler son travail de sentinelle. Si la situation n’avait pas été aussi absurde, il me serait venu de l’admiration devant ce gardien modèle. Sauf que personne ne lui avait demandé de faire ce travail. Prendre des initiatives n’est pas toujours bien vu dans notre société, et encore moins si on appartient à la race canine, réputée pour son obéissance.
Enfin, j’aperçus plusieurs véhicules à l’horizon. Deux voitures de police, et une fourgonnette des pompiers. On avait droit au grand jeu ! Nous allions passer à la postérité, demain, dans Ouest-France ; notre instant de gloire serait arrivé ! Je sortis rapidement. C’était comme si nous nous étions donnés le mot. L’escalier était bondé ! La descente était ralentie ce qui nous permettait de commenter l’énormité des moyens que les autorités avaient consentis pour notre délivrance, enfin nous l’espérions.
Nous nous sommes écartés pour laisser passer les enfants. Nina n’avait pas l’intention de céder sa place. Elle n’était pas le dernière à faire des commentaires :
Ils vont le mettre en prison le chien ?
Mme Thomas était à ses côtés pour répondre à toutes ses questions et surtout pour la rassurer. Il lui fallait toute sa persuasion car son frère, pour la taquiner, n’arrêtait pas d’échafauder des scénarios tous plus noirs les uns que les autres pour le pauvre Médor, ce qui provoquait chez sa sœur des crises de larmes.
Mais non, ils vont l’attraper le mettre à l’hôpital pour le soigner. Ensuite son maître viendra la chercher quand il sera guéri, lui dit Mme Thomas
Qu’est-ce qu’il a ? Il a la grippe ?
La naïveté de ses questions nous faisait sourire. On ne savait plus s’il fallait s’intéresser aux questions de Nina ou au chien. Mais les renforts se mirent en ordre de bataille pour l’assaut final et même Nina arrêta de poser des questions.
Il était aux environs de midi. L’affaire durait depuis quatre heures et demie. Assurément, notre cabot tenait la route ! Il méritait une bonne place dans le livre des records ! Pour savoir monter la garde sans s’endormir, faut un grand talent. Je suis sûr que les militaires, spécialement américains, auraient été intéressés par ce genre d’exploit. Un dispositif impressionnant se mit en place. D’un côté les pompiers, de l’autre les policiers, travaillant main dans la main ! et tout ça pour nous, pauvres citoyens coincés dans notre immeuble « Les Glycines » !
La manœuvre consistait à faire diversion, pendant qu’un pompier allait s’approcher avec une longue canne au bout de laquelle pendait un lasso. M. Winkler était fier de nous commenter les opérations, montrant qu’il était un spécialiste de ce genre d’exercices. Les faits sont pourtant têtus et souvent contredisaient ses propos, mais personne n’osait émettre une objection. Plusieurs fois le chien a chargé, obligeant toute cette armée à se replier dans les véhicules. Une autre fois, on a bien cru que le chien était capturé. Le lasso l’avait bien attrapé mais le chien s’est débattu avec une telle force que l’homme qui luttait au bout de la perche a été obligé de lâcher. Le chien s’est enfui avec le lasso et la perche mais il a réussi à ronger la corde pour se libérer rapidement. Heureusement que cette équipe, très professionnelle, avait tout prévu. Un autre essai a eu lieu avec deux hommes pour tenir la perche cette fois. Le chien a réussi à se faire capturer. Aussitôt, un vétérinaire s’est précipité pour injecter un somnifère à la bestiole qui a aussitôt plongé dans des songes qu’on a du mal à imaginer. Mme Thomas continuait à commenter la scène pour Nina, qui y allait de ses commentaires :
Pourquoi il fait dodo le chien ? Qu’est-ce qu’ils vont faire, le remettre dans son lit ?
Nous étions enfin libérés. Je ne sais pas ce qui m’a pris, je me suis mis à déclamer dans une pauvre imitation du général de Gaulle :
Les Glycines martyrisées mais les Glycines libérées.
Comme j’aurais dû m’y attendre, ma citation-imitation est vraiment tombée à plat. Personne n’avait envie de rire, c’était le soulagement qui prévalait.

Depuis ce jour, dans l’immeuble, tout a changé. Nous nous invitons les uns les autres. Nous nous rassemblons souvent dans le hall quand Mme Leneuveu en prend l’initiative. Ma voisine est venue sonner chez moi pour me parler du partiel, que grâce à moi, elle avait pu passer. Il s’était très bien passé et elle avait bon espoir de réussir sa deuxième année d’histoire.
Nina sonne souvent chez moi. J’ai pris l’habitude de lui donner des petits livres que j’achète spécialement pour elle. Et nous parlons souvent du chien …
Le lendemain dans Ouest-France, nous avons pu lire le compte rendu de notre héroïque résistance. Un journaliste était passé et avait interviewé quelques personnes. Mme Leneuveu en tête, bien sûr, mais aussi M. Winkler qui à l’entendre avait sauvé à lui tout seul la situation. Moi aussi mon « exploit » avait intéressé le journaliste et il avait noté mon compte rendu.
L’article résumait assez bien ce que nous avions vécu, mais se terminait de la manière suivante :
« L’animal pourrait être euthanasié dans les prochains jours et le propriétaire poursuivi »
Tous ceux qui ont lu cet article se sont dit « tout ça pour ça ». Si c’était pour supprimer le clébard, on se demande pourquoi ils n’avaient pas pris cette mesure radicale depuis le début. Mais nous nous sommes réjouis que Nina ne sache pas lire. Bien sûr elle a demandé des nouvelles du chien. Il a fallu qu’on se concerte pour que nous puissions avoir une version cohérente à lui fournir. Parce que les enfants sont malins, elle n’était pas du genre demander des nouvelles à une seule personne. On est tous passé à la moulinette de ses questions. La version officielle fut la suivante :
Le chien allait très bien. Après quelques soins dans un hôpital pour animaux, il a été recueilli par une famille et maintenant il est très gentil avec tout le monde et aussi avec les enfants.
Le seul problème était qu’elle voulait aller le voir. Nous avons dû situer cette famille trop loin de l’immeuble pour qu’on puisse aller lui rendre visite.



 
aristide

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  Publié: 17 jan 2008 à 11:30 Citer     Aller en bas de page

Merci Jacques ! Quel courage d'avoir été jusqu'au bout ! d'habitude je n'ai pas beaucoup de commentaires sur cette section.
Amitiés
Jean-Claude

 
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