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aristide

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  Publié: 8 nov 2008 à 18:08
Modifié:  9 nov 2008 à 06:17 par Lunastrelle
Citer     Aller en bas de page

Tout avait commencé par cette petite annonce :
« Moi jeune femme et toi … et plus si affinités » suivie d’un numéro de portable 06 …
J’étais installé à la terrasse d’un café au bord de la Méditerranée. Je lisais distraitement le journal tout en regardant les passants déambuler sur la promenade du front de mer. En cette fin du mois d’octobre, les quelques rares passants étaient des personnes plutôt âgées coulant une paisible retraite dans la douceur méridionale. Du haut de ma trentaine, j’avais même l’impression qu’ils me dévisageaient comme s’ils me reprochaient d’être là à ne rien faire au lieu d’être au boulot pour payer leur retraite.
Je n’avais pas fait exprès de me retrouver en même temps seul et au chômage. Ma femme était partie il y avait trois mois et presque en même temps, l’entreprise parisienne où je travaillais depuis ma sortie des études m’avait licencié sous prétexte de problèmes économiques. Heureusement, j’avais un bon ami. Il eut pitié de ma situation difficile et me proposa séjourner dans sa villa de la Côte varoise. « Le temps de refaire surface » m’avait-il dit, J’avais apporté mon ordinateur portable et m’étais lancé dans une recherche intensive d’un nouveau job. CV, lettres de motivations envoyées tous azimuts. Mon rituel était bien précis. L’après midi je préparais les lettres que je portais à la poste le lendemain matin. Ensuite je m’offrais cette petite pause café-journal sur cette terrasse sur laquelle je me laissais aller, pendant une petite heure, à l’observation de mes semblables. Et il avait fallu que je tombe sur cette annonce ….

Dans l’état de vacance où je me trouvais, il n ‘était guère étonnant que son contenu énigmatique attire mon attention et que ma curiosité me pousse à composer le numéro sur mon portable. Je réfléchis un moment à l’accroche que j’allais bien pouvoir mettre en œuvre pour attirer l’attention de la dame.. Habitué à me vendre dans toutes les lettres de motivation que j’écrivais, je savais l’importance de ce premier contact.
Je décidais de dire que des affinités je n’en manquais pas. Oui je sais, ce n’est pas génial mais j’avais beau tourner et retourner le texte dans ce brain-storming perso autant qu’improvisé, rien de transcendant n’en sortait. J’eus brusquement des doutes sur mes capacités de créativité, moi le publicitaire qui pouvait inventer sans cesse des slogans géniaux. (enfin je le croyais). Je fus envahi d’un sacré doute existentiel sur mes aptitudes à rebondir et à trouver un nouvel emploi. Je chassai ces idées noires et composai le numéro.
« Allo » dit une voix féminine. Aussitôt, j’énonçais la phrase géniale que j’avais longuement mûrie.
« Demain matin, sur le parking derrière le super-marché de Cavalaire, à côté du panneau publicitaire à 8h » et mon interlocutrice coupa la communication. Pas le temps de demander des précisions. Mais en réfléchissant, je me dis que sur ce parking à 8h demain matin, il ne devrait pas y avoir beaucoup de monde et qu’elle aurait donc vite fait de me repérer.

La journée s’écoula bizarrement, je ne pouvais pas m’empêcher de penser et de repenser à la voix que j’avais entendue. Une voix très assurée, bien timbrée mais douce en même temps. Au lieu de m’attacher à rédiger mes lettres de motivation, je passai mon temps à imaginer le physique qui allait avec cette voix envoûtante.
J’ai toujours eu horreur d’être en retard. Le lendemain matin, il était 7h30 quand j’arrivai sur le parking. Il ne me fallu pas longtemps pour trouver le panneau en question. Le super-marché n’était pas très grand, le parking était désert, comme je l’avais supposé. J’avais donc une demie heure à attendre la belle si elle ne me posait pas un lapin. J’avais envisagé cette hypothèse assez probable et décidé de l’attendre jusqu’à 9h. Ensuite je me proposais d’aller à la poste envoyer les quelques malheureuses lettres que j’avais réussi à écrire la veille.

A 8h pile, je sortis de ma voiture pour observer les lieux. A part quelques camions de livraison qui en brisaient la solitude, l’espace était désert. Je jetai un coup d’œil aux alentours ; je sentais qu’elle était là quelque part, elle épiait. Mais après tout, j’étais là pour m’amuser, pour sortir un peu de ma routine habituelle, alors, que m’importait qu’elle me trouve à son goût ou pas ? Je devais me concentrer sur l’aspect ludique de l’expérience, je pense que c’était aussi son état d’esprit. Ce jeu du chat et de la souris n’était pas pour me déplaire.
J’entrepris donc à scruter ce parking et à découvrir quel serait le poste d’observation idéal pour voir et ne pas être vu, en m’attachant à tous les détails.
Il y avait bien dix minutes que j’observais, sans trop de résultats que sa voix me fit sursauter :
- Je ne vous dirai pas où j’étais, je préfère garder mes secrets …
- Dommage !, On fait quoi maintenant ?
- Suivez-moi, je vous offre un café chez moi, il est temps qu’on fasse connaissance et que vous me montriez vos … affinités Je suis garée pas loin, attendez-moi ici.

Elle disparut comme elle était arrivée. Une femme souriante, sublime, comme on n’oserait pas en rêver. Je me demandai brusquement si, justement, je ne rêvai pas. Mais dans un rêve, peut-on entendre aussi nettement un coup de klaxon ? Je remontai précipitamment dans ma voiture et me collai derrière son Audi blanche.
On roula un quart d’heure. A un moment, elle obliqua à droite et parcourut se gara sur un petit parking au bord de la route. Puis on continua à pied dans un lacis de petites rues qui descendaient vers la mer. Elle s’arrêta devant une porte de garage, je compris que nous étions arrivés. Je trouvai très bizarre qu’elle se soit arrêtée au bord de la route et n’ait pas continué en voiture jusque là, mais je ne dis rien. Elle entra dans une magnifique villa dont la terrasse dominait merveilleusement la mer. C’était étrange, la porte n’était pas fermée à clé, je lui en fis la remarque :
- Je ne ferme jamais la porte, de toute façon, j’ai toujours perdu mes clés. Ne vous inquiétez pas, je n’ai jamais été cambriolée, la maison est gardé électroniquement et des voleurs n’iraient pas bien loin s’ils s’avisaient de vouloir tout rafler ici.

Je fus que moyennement convaincu par cette explication. On s’installa dans des fauteuils.
- Thé ou café ?
- Café oui merci
- Tu as raison, moi aussi j’en prends un bien serré pour me réveiller le matin, j’ai beaucoup de mal à émerger
- Alors pourquoi un rendez vous à 8h du mat ?
- Les bonnes choses demandent souvent un sacrifice.

Je ne préférai pas répondre, la laissant aller préparer le café. Pendant ce temps je fis un tour du salon. L’ameublement était aussi cossu que la maison. Je me demandai quelles pouvaient être ses ressources pour vivre dans un tel confort matériel à son âge.
Entre deux gorgées de café, j’attaquai bille en tête :
- Tu vas me dire un peu à quoi on joue ici ?
- Tu as parfaitement bien compris, tu es ici pour jouer. C’est moi qui connaît les règles, ou plutôt, c’est moi qui décide des règles au fur et à mesure du jeu …
- Elles sont où les caméras ?
Ma remarque la fit éclater de rire. Son rire était tout ce qu’il y a de plus craquant. Je la regardais avec tant d’insistance qu’elle me fit brusquement atterrir.
- Ca va pas ?
- C’est vous qui me troublez
La voilà qui rit à nouveau et qui me perturbe encore plus !
- C’est mon jeu qui t’inquiète ?
- Oui, euh … non, pas du tout.
- Je te dois quand même une petite explication. Bon alors si tu veux, pour résumer, le but du jeu est de tenir le plus longtemps possible avant que je te dise … mais au fait on ne s’est pas présentés. Moi c’est Pénélope.
- Wouah !, Pénélope, je veux bien jouer ton Achille. Moi c’est Patrice.
- Laisse tomber Achille, plutôt on le laisse là-bas dans ses îles. Toi tu fait partie des multiples prétendants. A un moment de la journée je te dirai « Patrice, je suis enchantée de t’avoir connu » et je te serrerai la main et tu partiras. Cela voudra dire que soit tu commençais à m’ennuyer, soit tu as fait une gaffe. Voilà c’est tout. Il y a dans la journée un certain nombres de passages obligés où tu dois adopter l’attitude qui va me plaire. Voilà, avec en plus l’interdiction de toute gaffe rédhibitoire.. Jusqu’à présent j’avoue que tu t’en es pas trop mal sorti, mais on n’est qu’au début de la journée.
- Mais comment, le jeu vient juste de commencer ?
- Détrompe toi, il a commencé hier matin quand tu m’as téléphonée de la terrasse où tu prenais ton café.
- ??
Mon air ébahie la fit éclater de rire.
- Et puis, enchaîna-t-elle la voix. Si tu savais combien de prétendants j’ai éliminé dès cette première étape ?
- C’est quoi le record de durée, que je dois battre ?
- Je ne réponds pas à ta question si tu veux bien.
- Je ne veux rien de particulier. La suite ? Je suppose que tu as compris que je savais que tu m’observais sur le parking.
- J’ai vu que tu avais déjà compris pas mal de choses sur ce parking. Ton petit jeu m’a amusée, c’est pourquoi tu as réussi le troisième test.
- Le troisième ? J’en étais au deuxième.
- L’apparence physique, bien sûr, je ne vais pas passer la journée avec quelqu’un qui me déplaît quand même ! Bon donc le troisième c’est le comportement pendant le quart d’heure d’attente que j’impose à mes chevaliers servants.
- Je suppose qu’en ce moment je passe le quatrième test.
- Bon on oublie tout ça, là tu deviens lourd. Je te signale que j’accorde une vie sur ce jeu, tu viens de la perdre avec cette remarque, tu n’as plus droit à l’erreur maintenant.
- Bigre ! Très bon ton café Pénélope, tu es très perspicace, même pour savoir comment j’aime le café.
- Ne me flatte pas trop quand même, c’est un conseil gratuit, en tout cas, merci quand même.

Je commençais à réfléchir, un peu trop d’ailleurs. Je me dis que si je commençais à faire attention à tous mes faits, gestes et paroles, c’était le meilleur moyen de me faire disqualifier sur le champ.
- Je te vois réfléchir, je te sens troublé …
- On le serait à moins, dans la compagnie d’une femme aussi charmante…
- Bon je suppose qu’il va falloir prendre des initiatives, on va pas rester toute la journée sur ces fauteuils à siroter des cafés , trop de café c’est pas bon pour le cœur.
- Qu’est ce qu’il a ce petit cœur ? Il est robuste, il est tout jeune !

Encore un éclat de rire. Je n’arrivais pas à savoir si j’étais vraiment devenu si spirituel ou si ses rires relevaient d’un tic. Je me lançai, après tout qu’est ce que je risquais ? :
- Alors je vais te dire ce que j’ai envie de faire ce matin. Il fait très beau, j’aimerais qu’on aille marcher sur le sentier côtier et qu’on se baigne dans la petite crique du côté du cap Lardier.
- Bingo ça marche. On va prendre des serviettes.

Je me dis que j’avais franchi avec succès une nouvelle étape. Et comme je me faisais cette remarque, elle me regarda et comprit. Elle me fit un petit clin d’œil avec son sourire toujours aussi séduisant.
Elle monta dans ma voiture. On roula quelques kilomètres avant de se garer sur la plage de Gigaro. Elle m’avait donné un petit sac à dos pour ranger les serviettes. Nous partîmes sur le petit sentier un peu escarpé qui longe la mer. C’était un délice de marcher avec elle, il y a une heure je ne la connaissais pas et là nous partagions une formidable complicité. On riait comme des fous, on s’amusait à se poursuivre, s’attraper. Je n’ai pas vu le chemin passer, nous étions déjà arrivés à la petite crique où j’avais prévu qu’on se baigne..
Nous nous assîmes sur la plage à contempler la mer, sans rien dire. Je pense que nous étions totalement en phase pour partager ce moment enchanteur. La lumière était très douce, une chaleur, étonnante pour un mois d’octobre, nous enveloppait. On ne se disait rien mais on communiquait parfaitement sur le bonheur d’être là, de partager cet instant, tout simplement.
Et puis elle se leva, il était temps de se tremper. Elle se déshabilla et en un instant fut dans l’eau. Moi qui ai beaucoup de mal à entrer dans l’eau froide, je souffris le martyr en me jetant dans l’eau, ce que je déteste faire d’habitude. La fraîcheur de l’eau me saisit, je dus me lancer dans un crawl effréné pour me réchauffer. Elle accéléra un peu et me laissa sur place, son style était bien supérieur au mien.
- Tu as fait de la natation en compétition ? lui demandai-je tout essoufflé essayant sans succès de la rejoindre.
- Un petit peu quand j’étais jeune dit-elle avec une feinte naïveté
Et elle accéléra pour me laisser sur place. Elle m’attendit ensuite un peu plus loin. Elle s’affirmait ainsi la maîtresse de cérémonie, prenant un malin plaisir à être supérieure dans tous les domaines : intellectuel aussi bien que physique.
Nous regagnâmes la plage côte à côte dans une brasse tranquille. Sur la plage, enroulée dans sa serviette, elle me demanda de la sécher. Je lui frictionnai énergiquement le dos. Mais ça ne lui suffit pas :
- Partout, … il faut me sécher partout !
Je me dis que peut-être j’avais une deuxième vie dans ce jeu, car là j’aurais dû normalement être éliminé. J’entrepris donc de frotter à travers la serviette tous les endroits de son corps y compris les plus intimes. Et puis c’est elle qui s’y colla. Nous commencions à atteindre un niveau d’excitation qui, je le pensais allait nous conduire à faire l’amour sur la plage. Le moment était propice en cet endroit désert, dans cette lumière du matin. Et pourtant, tout à coup elle se détourna et partit se rhabiller. Devant mon air piteux elle me dit, avec son grand rire :
- N’oublie pas que c’est moi qui décide. C’est moi qui fixe les règles du jeu, l’aurais-tu oublié ?
Non, je n’avais pas oublié, je me consolais en me disant que j’aurais pu être éliminé par ma dernière gaffe et que le « jeu » continuait après tout.
Nous repartîmes vers ma voiture. Le trajet de retour fut très doux. A un moment, je lui pris la taille, elle se laissa faire. Je lui fis un bisou sur la joue, elle cala sa tête sur le creux de mon épaule. Nous nous arrêtâmes un moment à contempler la mer. Et puis tout à coup elle se détacha de moi et partit en courant. Elle riait :
- Tu ne pourras pas me suivre … la la lère !
Et elle disparut. J’ai eu beau démarrer comme un fou, je ne la retrouvai plus. Je passai par tous les états possibles, puis je me calmai. Je me dis qu’elle voulait me donner une leçon. J’étais dans un jeu, je ne devais jamais l’oublier, le petit geste tendre que j’avais eu n’était qu’une réaction attendue, pas un vrai moment de tendresse. Je devais oublier tout ce que je connaissais jusque-là sur les étapes de la séduction, c’était assez compliqué, trop pour moi sans doute. Je comprenais quand même que ses réactions qui n’étaient là que pour me tester et rien d’autre, c’était dur mais c’était le jeu que j’avais accepté de jouer avec elle.
Quand j’arrivais à la voiture, elle m’y attendait, appuyée au capot, avec son grand sourire. Ses cheveux blonds prenaient la lumière dans le contre jour du matin, elle était magnifique !
- Je propose qu’on aille manger un petit morceau à Cavalaire me dit-elle.
- Tiens, c’est toi qui prend les initiatives maintenant ?
- Et pourquoi pas ?
- Oui, après tout pourquoi pas. Tu sais où tu veux aller ?
- Roule, je te guiderai quand nous serons arrivés.
Avec ses indications nous arrivâmes sur le port. Nous nous achetâmes deux sandwiches et elle m’entraîna dans la boutique d’un loueur de bateau.
- J’ai toujours aimé faire du bateau, me dit-elle, je suppose que tu sais manier un voilier ?
- Ça va je me débrouille, fis-je d’un ton que je voulais modeste mais qui faisait exactement l’effet inverse.
Je m’en rendis compte, j’eus l’impression de rougir. Elle me vit et éclata de rire.
- Alors on y va ! lança-t-elle.
Il y avait une bonne brise dans la baie.
- Cap sur l’île du Levant, dis-je.
- Voilà une initiative qu’elle est bonne répondit-elle.
- J’en ai plein mon sac depuis que je suis passé au syndicat éponyme. C’est comme les affinités !
- Méfie-toi pourtant. Dans la situation où on est, il me suffirait de dire « bon alors Patrice, enchanté et cætera » et tu rentres à la nage. Je te signale qu’on est un peu loin du rivage !
Nous mouillâmes dans une petite crique de l’Ile du Levant, qu’elle avait l’air de bien connaître, mieux que moi en tout cas qui n’avais jamais navigué dans ce coin. On s’assit sur la plage pour manger nos sandwiches. Je me demandais comment on allait occuper l’après midi. Fallait-il que je propose une activité ? Mais là je ne voyais pas trop quoi inventer. On avait nagé, on avait fait de la marche à pied ce matin, alors que trouver dans cette île où je mettais les pieds pour la première fois ? Je me faisais tout un tas de scénarios catastrophe. C’était là qu’elle mettait fin au jeu et repartait toute seule sur le bateau. La perspective de me débrouiller pour rentrer sur le continent ne me réjouissait pas plus que ça, je dois dire. Heureusement elle prit l’initiative.
- Viens, je veux te monter quelque chose.
Elle me prit la main et m’entraîna vers le centre de l’île. Le chemin n’était pas très praticable, les ronces nous accrochaient constamment.
- J’espère que ce que tu veux me faire voir vaut le coup dis-je.
Me rendant compte aussitôt énoncé, que ce genre de remarque était ce qu’il fallait dire pour qu’elle me fasse sur le champ jouer les Robinson ! Heureusement elle fit semblant de ne pas avoir entendu. Je me dis que quand même elle n’était pas très rigoureuse avec les règles qu’elle avait édictées. Mais après tout, n’avait-elle pas dit que ces règles pouvaient évoluer au fil de son bon plaisir ? Après dix minutes de marche un peu éprouvante, nous arrivâmes dans une petite chapelle. Elle me conduisit l’intérieur.
- Tu es croyante ? lui demandai-je ?
- Non, pas au sens catholique, apostolique et romain mais dans cette petite chapelle je ne peux pas m’empêcher de ressentir le plus grand trouble, quelque chose de l’ordre du cosmique. C’est pour voir si tu ressentais cette perception particulière que je t’ai emmené ici. Assied-toi, et laisse-toi envahir par le charme de ce lieu.
Elle s’assit à côté de moi. Elle attira ma tête sur son épaule.
- Ferme les yeux, maintenant, tu vas sentir quelque chose de fort.

Pendant un long moment, il ne se passa rien. Je me disais que cette situation faisait encore partie du jeu. Fallait-il être sincère et dire que je n’avais rien ressenti ou alors faire semblant que quelque chose d’extraordinaire m’était arrivé. Et puis je m’endormis. Peut-être une micro seconde, peut-être un quart d’heure, je ne sais pas, je n’ai pas voulu lui demander. Tout ce que je sais c’est qu’au réveil, je n’étais plus moi-même. Je ressentais une chaleur étonnante, et puis je me sentais serein, en communication avec toutes les forces de la nature, j’avais l’impression que tous les mystères de la vie, j’en avais la clé. Cette impression dura très peu de temps, je retombais ensuite dans mon état habituel avec la certitude d’avoir fait une expérience qui allait me marquer tout le reste de ma vie. Je la regardai, muet, elle me souriait, elle ressemblait à une madone des tableaux de la Renaissance.
Nous revînmes au bateau sans dire un mot. J’avais l’impression que les ronces s’écartaient sur notre passage, je finissais par me demander si mon état mental n’était pas devenu préoccupant.
Et puis on repartit. Le vent s’était calmé, nous avancions faible allure. J’étais à la barre, elle s’était calée contre moi et s’était endormie. Ce moment était délicieux

Arrivés sur le port, le jeu reprit après cette pause :
- On fait quoi maintenant ? me demanda-t-elle
- Peut-être rien, tout va dépendre de ma réponse, je suppose. Alors, je ne vais pas faire dans l’original. On va dire qu’on va aller dîner quelque part, ensuite ….
Je marquai un arrêt.
- Pourquoi pas aller danser ? Et ensuite j’imagine que tu m’inviteras à boire un dernier verre.
- C’est un peu classique, non ?
- Oui sans doute, mais bon, je n’ai pas envie d’être très novateur. La situation dans laquelle on se trouve est assez hors norme.
- Pas mal !. Et pour le dîner, tu me proposes quoi ?
- Là je ne sais pas. Je ne connais pas assez la région, je te laisse choisir.
- Mais si tu connais. Réfléchis…
- J’ai compris. Là où je prends mon café tous les matins.
- Tu vois bien quand tu veux ! Il faut tout te dire.
- A part consommer des cafés, je n’ai jamais mangé chez eux.
- Alors il faut bien un début. On y va ?
Et voilà. C’est tout elle ça. Pas compliquée, je l’adore !
Pendant le repas, une question me brûlait les lèvres, mais je tournais autour du pot. J’avais toujours l’angoisse de me faire débarquer brutalement bien que ce sentiment commençait à s’atténuer.
- Si tu veux pas me répondre, tu n’es pas obligée …
- Oh là ! Patrice deviendrait-il prudent ? Attends que je devine.
Elle réfléchit longuement. La serveuse vint débarrasser. Je me disais, ça y est, c’est terminé, et puis elle continua.
- Tu veux savoir comment j’ai fait pour t’observer alors que tu n’avais pas encore répondu à mon annonce.
J’opinais sans rien dire.
- C’est mon secret, je ne vais pas tout t’expliquer non plus ! Sache que je ne veux pas prendre de risque. Tu comprends bien que si je me basais sur le hasard pour faire ce genre de rencontre, je perdrais mon temps avec des gars pas très intéressants. Le déchet serait beaucoup trop important. Alors je choisis. Voilà ! Je t’avais … sélectionné.
- Mais j’aurais pu ne pas téléphoner ?
- C’était une possibilité en effet. Mais la probabilité était assez faible, ça valait le coup d’essayer.
- Je ne parviens pas à comprendre.
- On ne peut pas tout comprendre, c’est tout, il faut que tu l’admettes. En tout cas, je te félicite d’être arrivé jusqu’à ce moment du jeu. Bon, on continue à jouer tu veux bien ?
Elle me regarda avec son air ingénu. Je souris un peu bêtement.
- Tu prends quoi comme dessert. ? Tiens , je vais prendre la même chose que toi. Si je n’aime pas ….
Et elle éclata de rire. Il y avait longtemps. Je me mis à rire moi aussi. Je me réjouissais de notre complicité, j’étais content, la suite serait plus facile. J’avais décidé de ne plus être sur mes gardes. Arriverait ce qui arriverait. Je savais que je lui plaisais et qu’il aurait aussi difficile pour elle comme pour moi d’arrêter comme ça, brutalement. Nous étions presque sur le même pied d’égalité.
- Profiteroles aux chocolat dit elle. Décidément tu ne fais vraiment pas dans l’originalité ce soir. Mais j’en raffole ! un bon point décidément !
Après le repas, on alla danser. Elle m’emmena dans une boîte qu’elle avait l’air de bien connaître. On passa un merveilleux moment, nos deux corps évoluaient en parfaite harmonie.. Là encore je trouvais qu’on formait un couple bien assorti. Je m’enhardis à lui en faire la remarque.
- Puisque tu le dis. On était fait pour se rencontrer, n’est-ce pas, mais tout le mérite m’en revient ? Non ? Bon, il se fait tard, que dirais-tu d’un dernier verre ?
Nous partîmes chez elle. Je m’assis sur le canapé. Elle s’éclipsa et revint avec des coupes et une bouteille de Don Pérignon qu’elle me tendit pour que je l’ouvre.
- A nos amours, donc ! me dit elle.
Et puis on s’embrassa fougueusement, et puis on fit l’amour et puis on revint boire du champagne, et puis , et puis …Un tourbillon !
Ce fut mon téléphone qui me réveilla. C’est elle qui m’appelait, mais … rien au bout du fil. J’allumais. Il était 6 heures du matin. Sur la table de nuit, il y avait un petit mot et une lettre. Le petit mot disait :

Patrice
Je crois que tu ferais bien de déguerpir en vitesse. J’ai squatté cette villa et tu ne vas pas tarder à être embarqué par les flics. J’ai fait attention en la choisissant de prendre le minimum de risques mais on ne sait jamais. Pour la lettre, ne la lis pas tout de suite. Qu’en penses-tu de demain matin vers 10 heures à ta terrasse de ton café ?
Bises

Je me hâtai à partir. Je compris brusquement les raisons du stationnement loin d’ici, la porte ouverte... En plus, je savais inconsciemment tout ça. On est bête quand même quand on ne veut pas voir la réalité. Je revins chez moi pour faire un brin de toilette et j’attendis avec impatience l’heure de la lecture.

Je m’installai à ma table habituelle. C’est fou ce qu’on peut prendre très vite des habitudes. La serveuse m’apporta mon café sans que j’ai eu besoin de le commander. A 10h précise, j’ouvris la lettre.

Mon cher Patrice
Il est clair que si je t’annonce que tu as gagné brillamment le jeu tu n’en seras pas autrement étonné. Mais ce n’est pas un jeu vidéo. Tu ne peux pas rejouer. Mais de toute façon, un jeu ne présente plus aucun intérêt une fois qu’on la mené à son terme.
J’ai le regret de te dire que tu ne me reverras plus. Même si moi je te vois encore un peu pendant la lecture de cette lettre, j’ai un petit avantage sur toi. Mon privilège d’organisatrice, il en faut bien un.
Tu sais que je suis la femme de ta vie, toi tu es bien l’homme de ma vie, mais ça n’a plus d’importance. J’ai une famille, je ne veux pas en changer. Je m’accorde de temps en temps un moment comme celui que tu as vécu. Mais jamais je n’avais rencontré quelqu’un comme toi. Le jeu s’était toujours arrêté dans la journée. Une seule fois, un autre est parvenu jusqu’au « Don Pérignon ». Je l’ai largué à ce moment-là. Je me suis aperçu qu’il n’aimait pas le champagne … rires … ( désolée, je sais que tu aimes m’entendre rire, mais tu n’auras pas de mal à m’entendre dans ta tête).
Le jeu s’arrêtera là également pour moi. Je crois que je me suis fait piéger, mais je connaissais les enjeux.
Maintenant, Patrice, tourne- toi vers la mer, et fais moi un coucou.
Bisous, adieu.

Je me levai, et adressai à la mer petit signe de la main. Et je la vis fugacement, au loin sur le front de mer, qui répondait à mon geste. Et puis elle disparut. Je savais qu’il était inutile que je cours la rejoindre.

Je me rassis. Mon téléphone fit entendre le signal de réception d’un SMS.

« Patrice, je suis enchantée
de t’avoir connu
Game over »

 
Didier
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  Publié: 9 nov 2008 à 03:13 Citer     Aller en bas de page

Bonjour,
Pas mal l'histoire, elle est vraiment l'expression d'un fantasme très masculin. Je l'ai lue avec plaisir.
Amicalement,
Didier

 
aristide

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  Publié: 9 nov 2008 à 15:06 Citer     Aller en bas de page

Citation de Didier
Bonjour,
Pas mal l'histoire, elle est vraiment l'expression d'un fantasme très masculin. Je l'ai lue avec plaisir.
Amicalement,
Didier



Oui tu as raison, un fantasme très masculin. Elle est blonde, jeune jolie et sympa, que veut-on de mieux ?

Merci pour ton commentaire

 
Alponse BLAISE.

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  Publié: 11 nov 2008 à 09:29
Modifié:  11 nov 2008 à 09:40 par Alponse BLAISE.
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J'ai souvent du mal à lire de longs textes, mais là je me suis fait piéger à mon tour....un beau et captivant récit...

merci pour l'imagination.... Alex

 
aristide

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  Publié: 11 nov 2008 à 09:38 Citer     Aller en bas de page

Citation de Alphonse BLAISE.
J'ai souvent du mal à lire de long texte, mais là je me suis fait piéger à mon tour....un beau et captivant récit...

merci pour l'imagination.... Alex



Merci c'est gentil. Tu as du mérite car mon texte est vraiment très long et c'est pas facile à lire sur l'écran.
Merci pour ton passage, bisous.

 
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