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LPDP :: Nouvelles littéraires :: Engrenages - Partie 1, Chapitre Quatre (2/3) Aller en bas de page Cacher le panneau de droite

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Tilou8897

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  Publié: 4 oct 2007 à 16:11
Modifié:  20 juil 2010 à 16:29 par Lunastrelle
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Engrenages




Partie 1


Chapitre 4


[...]

Journal de Laurie, non daté


Durant un mois, de la mi-octobre à la mi-novembre, j'ai habité chez Camille. Il y avait à cela trois raisons : la principale était que je m'étais fait renverser par une voiture et que j'avais une jambe dans le plâtre (une simple fêlure de l'os seulement, merci à mon ange gardien) ; la seconde était que Camille habitait plus près que moi du lycée et que c'était plus pratique pour moi, surtout moins fatiguant ; la troisième, deux en une, en vérité, était que Milly me l'avait proposé et que cela arrangeait mes parents de se débarrasser d'une handicapée dont ils ne savaient déjà que faire lorsqu'elle ne l'était pas.

Ce mois-là est dans toute sa durée un très bon souvenir. Camille était une colocataire hors pair. En y réfléchissant, elle a été pour moi pendant cette période une mère, une soeur,… Nos seuls sujets de dispute étaient au niveau du menu quotidien qui, malgré tous les compromis qui avaient été faits dans les camps, était loin d'être une partie de plaisir. Cela finissait généralement autour d'un plat de pâtes à la carbonara, notre sorte de calumet de la paix.
Autre lieu de chamailleries, plus légères cette fois-ci et plus gamines, était la salle de bain. Avec mon plâtre et mon adresse légendaire, j'étais dans cet endroit tel un éléphant dans un magasin de porcelaine. Camille l'a appris à ses dépends : un flacon de parfum et la moitié de ses pots remplis de sels de bain en mille morceaux. Ce n'est pas que Milly était coléreuse ni obsédée par les dégâts provoqués mais elle a résolu après l'incident de m'aider dans la délicate tâche de me débarbouiller.

"Bon, le gros bébé Lo est demandé à la toilette." disait Camille en sortant de la salle de bain.

Alors je sortais du lit comme un doryphore obèse et boiteux. Camille me regardait d'un oeil amusé et disait quelque chose comme :

"Qu'est-ce que cela sera quand tu seras enceinte ? "

"Je n'y suis pas encore…" lui répondais-je d'un ton bougon.

J'arrivais dans la salle de bain.

"Bon, à partir de maintenant, tu ne touches plus à rien et tu te laisses faire. On va éviter une nouvelle catastrophe, hein Lo… "

Camille tirait de l'eau dans le lavabo, savonnait le gant.

"Ne prends pas cette tête, Milly, on dirait un chirurgien qui va opérer… "

"Et toi non plus, on dirait que tu viens de voir Frankenstein qui vient t'enlever les dents de sagesse… "

"Je ne les ai plus, de toute façon. "


* * *


Journal de Laurie, non daté


A aucun moment, je n'aurais pensé qu'il pouvait nous arriver quelque chose de grave. Certes, avec la vie que nous menions, disons-le, de débauche, il était certain que les anges gardiens qui veillaient sur nos chères têtes blondes devaient un jour ou l'autre avoir une faiblesse et cela à nos dépens. Bien sûr, je crois que nous en étions tous conscients mais en même temps, nous étions persuadés quelque part de notre invincibilité. Nous continuions contre toute attente à vivre notre vie scolaire et extra-scolaire qui pourtant étaient incompatibles.

Ce soir-là, nous avons peut-être été trop loin. En fait, pour replacer le contexte, nous en étions venus à parler de notre rapport avec la mort et d'aucun affirmait qu'il avait réglé la question. De fil en aiguille, nous avons commencé à nous chauffer les uns les autres et cela pour finir par improviser une course de voitures "pour voir jusqu'où nous pouvions pousser nos limites et nos rapports à la mort ". Avec du recul, je le reconnais, c'était quelque chose d'absurde et de dangereux mais, à l'époque, ces mots-là n'avaient guère de sens.

C'était Sibylle qui avait lancé indirectement l'idée : "Ouais, ouais, vous dites cela mais vous roulez à quatre-vingts dix sur la route et à cinquante en ville… ". Avec l'esprit de défi et l'inconscience ambiante, nous nous sommes chauffés à blanc mutuellement.

Je me rappelle encore les images de cette folie. La route défilait à toute vitesse sous mes yeux. Avec les lampadaires espacés comme ils l'étaient, j'avais l'impression de voir une image clignotante. Peut-être, était-ce mes yeux fatigués qui se fermaient. Je regardais le compteur de vitesse, cent soixante-dix. Je me suis forcée à garder les paupières ouvertes à tel point que la tension nerveuse me faisait mais c'était cela ou j'allais dans un moment de vide finir dans la bas-côté.

C'est Camille qui a failli se tuer et qui a fait que nous avons arrêté ce jeu stupide. Je l'ai vue sortir de la route et déraper sur le gravier. Sa voiture a glissé le long de la rampe de sécurité et s'est immobilisée. A deux mètres près, il n'y avait pas de barrière et Camille aurait fini au fond du ravin. Samuel, soudainement revenu du délire initial, s'est emporté surtout contre Sibylle. Nous sommes rentrés assez tard et nous avons trouvé sur la porte de chez Sam un mot de parents de Sibylle qui lui demandait de rentrer au plus vite. Une de ses grand-mères était morte et était enterrée le lendemain matin. Le plus gênant là-dedans était l'état dans lequel se trouvait Sibylle.


* * *


Journal de Laurie, non daté


Dès le matin, j'ai pris deux aspirines pour essayer d'enlever le mal de tête qui m'avait tenue toute la soirée de la veille. Mais, c'était peine perdue et j'avais l'impression que mon crâne se scindait en deux morceaux en ébullition. Je m'étais levée pourtant à onze heures mais étant donné que j'étais rentrée à huit heures du matin, cela ne me faisait que trois heures de récupération.

J'ai regardé mon emploi du temps : j'avais raté une heure de maths et deux de philo. Pas de quoi fouetter un chat. J'ai gribouillé un billet de mon carnet d'absences et j'ai fait en sorte pour que le motif soit assez illisible pour que l'on ne me demande pas plus d'explications. D'ailleurs, au point où j'en étais, j'aurais été bien incapable de me justifier. Heureusement, on ne m'a rien demandé l'après-midi. Avant de rentrer en cours, j'ai avalé deux pastilles de vitamines que j'ai réussies à avaler en buvant au moins trois litres d'eau dans les toilettes. Les paquets de cigarettes m'avaient complètement asséché la bouche et la gorge à un point tel que je n'avais plus le goût de rien avaler.

Je me forçais pourtant. Dans ma classe, mes camarades me regardaient avec des yeux ronds comme des assiettes : je voyais dans leurs yeux à la fois une certaine admiration et un dégoût certain pour mon comportement. Je ne faisais pourtant aucun exploit pour ce qui est de ce dernier. Je somnolais tranquillement cachée par le voisin de devant.

A quatre heures, j'ai profité de la pause pour passer un coup de fil à Samuel. Lui ne s'était pas réveillé du tout et de toute façon, il s'en fichait éperdument. Il m'a dit qu'il se levait et qu'il passait me chercher à la fin de mes cours pour faire un saut chez Sibylle. A ce propos, je lui ai demandé comment cela s'était passé avec les parents de celle-ci. Il m'a répondu qu'ils ne s'étaient aperçus de rien. Je lui ai demandé si elle avait été en cours ce matin :

"C'est moi qui lui ai fait son mot pour rentrer cette après-midi. "

Il a dit sur un ton glacial qui n'appelait pas de question supplémentaire. J'ai préféré bifurquer sur un autre sujet pour éviter de me mêler d'histoires qui ne me concernaient pas. Je lui ai parlé de ma petite forme de la journée et j'ai raccroché lorsque la sonnerie de la fin de pause a retenti.


* * *


C'est Samuel qui a donné l'alerte lorsqu'il s'est rendu compte de l'absence de Sibylle. D'un seul coup d'un seul, nous avons été sur le qui-vive en cherchant sa silhouette au travers de la fumée et d l'éclairage clignotant.

"Sortons. "a dit Camille sur une intuition purement féminine.

Nous sommes sortis mais nous n'avons rien vu. Du moins dans un premier temps. Malgré l'obscurité de la nouvelle lune, j'essayais de percer les ténèbres du parking. J'ai vu au loin une voiture démarrer.

"Elle est là-bas. "

J'avais vu l'ombre de Sibylle.

"Elle est avec d'autres mecs. "

Samuel a écrasé sa clope déjà consumée bien au-delà du filtre. Il a fait tinter la clé de sa voiture dans sa poche.

"En route, je la sens mal cette histoire. "

La voiture que nous devions poursuivre était presque déjà à la sortie. Je suis allée avec Sam. Les autres ont pris la voiture de Camille.

"Ne les perds pas de vue. "

Il a démarré en trombe.

Quand nous sommes arrivés à l'entrée de Vernes, il s'est mis à pleuvoir et nous n'y voyions plus rien, ou presque. L'averse était violente car même si Sam avait mis les essuie-glaces à la vitesse maximale, la visibilité était médiocre. Les gouttes d'eau devenaient des perles lumineuses et le pare-brise en était totalement recouvert. J'ai perdu de vue les feux de la voiture que nous poursuivions.


* * *


Journal d'Alexandre, non daté


Ensuite, les choses sont allées vite. J'ai vu Samuel se mettre en pleins phares, et allumer ses antibrouillards. Il a tourné dans une petite ruelle. Au fond, mal garée, il y avait la voiture que nous poursuivions mais dans laquelle je n'avais aperçu que des ombres. Samuel s'est arrêté et est sorti comme un diable de sa boîte. Il n'est pas d'une stature imposante mais énervé, un peu ivre, il est capable d'une violence assez en contradiction avec ce qu'il était habituellement. En plus, il n'était pas idiot : l'éblouissement, l'effet de surprise lui étaient acquis. En quelques secondes, je l'ai vu ressortir de l'autre voiture en tenant Sibylle ou plutôt Sibylle se tenant à lui. La soirée s'est terminée là, avortée. Samuel n'a même pas cherché à nous le dire explicitement mais ce n'était guère la peine de toute façon.


* * *


Journal de Samuel, 14 juillet 1998


Le lendemain matin, je me suis levé tôt sur les coups de six heures. De toute façon, je dormais rarement plus. Deux heures de sommeil semblent me convenir et me suffire parfaitement. J'ai laissé Sibylle dormir comme un nouveau-né, la tête enfouie dans le coton de son polochon. Je me suis toujours demandé comment elle fait pour respirer dans ces conditions. Je suis allé dans la salle de bain pour faire une rapide toilette puis je suis passé dans la cuisine pour m'avaler deux, trois tartines beurrées trempées dans un bol de café bien serré. Je suis retourné dans la chambre pour récupérer de quoi m'habiller correctement et je suis parti dans la réserve où sont entreposés les rondins de bois. J'ai pris la hache accrochée au fond et je me suis mis à débiter les bûches, une à une. Comme j'avais chaud, j'ai enlevé mon pull et mon tee-shirt et j'ai repris mon activité.

A un moment, je me suis senti observé et je me suis arrêté. Sur le fond de la réserve, je distinguais une ombre. Je me suis retourné brusquement mais je n'ai rien vu car le soleil m'éblouissait. J'ai mis une main devant mes yeux et j'ai distingué une silhouette : Camille. Je devinais son sourire même si je ne le voyais pas. Elle était contente d'elle. Elle a fini par s'avancer et s'est mise dans un coin d'ombre pour que je puisse la voir complètement.

"Tu ne dors pas beaucoup. "

"Non. "

Je ne voulais pas m'étendre sur le sujet. Je sais que ma tendance insomniaque agace profondément Sibylle, alors je préfère ne pas en parler. Mais, du coup, j'avais coupé court à l'engagement de la conversation. Je pensais qu'elle allait mal le prendre et s'en aller. Au lieu de cela, elle s'est avancée un peu plus et m'a tourné autour comme un fauve.

"Je peux t'aider à quelque chose ? "

Son ton avait quelque chose de faux mais c'était fait exprès.

"Ouais… Passe-moi d'autres rondins… S'il te plaît. Attention, c'est lourd. "

Camille s'est retournée comme elle venait de le faire pour aller prendre les bûches et d'un regard tranchant, elle m'a lancé :

"Je ne suis pas une larve quand même. "

Loin de là était ma pensée. Dix secondes après, elle me tendait une bûche.

"Voilà. "

Je ne sais pas ce que j'ai touché mais en tout j'ai visé en plein le mille. J'ai levé les yeux vers elle et comme je n'ai trouvé rien à dire, j'ai regardé la manière dont elle était habillée. Je ne l'avais pas remarqué au premier coup d'oeil : de toute évidence, elle portait un tee-shirt et un short trop grand mais qu'elle avait réussi à attacher grâce au cordon. Je suis descendu le long de ses jambes : elle portait des baskets sans chaussettes. J'ai repris mon travail.

Chaque fois que j'avais besoin d'une nouvelle bûche, Camille me l'apportait. Cela a duré une demi-heure environ. Je me suis arrêté un instant pour m'essuyer le visage. D'un coup d'oeil rapide, j'ai vu Camille retirer sans précaution un autre rondin. La pile penchait déjà dangereusement et elle venait de lui porter le coup fatal. En un éclair, je suis allé ralentir la chute des bûches.

"Écarte-toi, Camille." me suis-je exclamé.

Elle était tétanisée et mon cri l'a sorti de sa torpeur. Elle a reculé ; et heureusement car lorsque je me suis écarté à mon tour, la pile de bois s'est effondrée dans un fracas terrible. J'ai eu très peur sur l'instant et j'ai dû rester un certain temps dans le vide à contempler le désastre car lorsque j'ai repris mes esprits, je me suis rendu compte que Camille était plaquée derrière mon dos, un tremblement la parcourant toutes les cinq secondes. C'est une sensation étrange que j'ai alors ressentie, et je serais bien incapable de la décrire. J'ai fermé les yeux. Combien de temps ?

"Tu es là ? "

J'ai reconnu la voix de Sibylle et j'ai été pris de panique. J'ai regardé partout dans la réserve. Camille avait disparu.

"Tu as perdu quelque chose ? "m'a demandé Sibylle d'un air aussi étonné que naïf.

"Rien." ai-je dit.

Sibylle m'a raccompagné en m'aidant à porter le bois que j'avais coupé en me racontant qu'elle avait entendu un grand bruit dans la réservé, etc.


* * *


Journal de Samuel, 15 juillet 1998


Les autres s'étaient endormis, saouls, avachis comme ils pouvaient sur le tapis et le canapé. Je les ai laissés cuver et je me suis éclipsé du salon. Il faisait presque jour et cela indiquait que j'avais fait la nuit blanche complète.

J'ai marché jusqu'au fond du couloir et j'ai monté l'escalier. Je suis allé regarder dans la salle de bain et les toilettes si tout était en ordre et tout l'était. J'ai donc rejoint ma chambre dont la porte était légèrement entrouverte. Immédiatement, j'ai su. Je me suis avancé le plus silencieusement possible et j'ai poussé lentement le panneau pour ne pas faire grincer les charnières. Les volets de la chambre étaient clos et ne laissaient pénétrer qu'une lumière douce et vaporeuse, matérialisée par des raies impalpables qui se diffractaient sur la poussière en suspension dans l'air. On aurait dit mille, dix mille petits insectes virevoltant au hasard du moindre souffle ou du moindre mouvement.

Recroquevillée sur le lit, Camille était là, silencieuse. Je ne voyais que son dos au travers des côtes lâches du pull qu'elle portait et qui s'élargissait à chacune de ses inspirations. Par terre, elle avait laissé sa jupe qui ressemblait à un petit tas de tissus bleus où l'on avait du mal à retrouver ne serait-ce que vaguement la forme d'un vêtement. Je m'étais arrêté d'avancer pour regarder plus attentivement Camille et de là, je distinguais l'élastique du soutien-gorge qui épousait la courbe de son échine presque dans un souci esthétique. Je contemplai sa chevelure dont la couleur paraissait imprécise et qui brillait comme de fils d'argent sous traits filtrés du soleil. C'est alors que j'ai entendu une sorte de bafouillage, un sanglot peut-être, quasi inaudible. Je me suis approché doucement en essayant de le faire en ne troublant rien, ni le silence, ni l'air. J'ai tendu la main et ai effleuré sa chevelure. A cet instant, comme un animal chétif, j'ai senti ce corps si proche, tendre ses muscles, cette peau dilater ses pores et exhaler une odeur suave, soluble dans l'air. Cette senteur était particulière, elle procurait des sensations agréables, frissonnante en même temps qu'elle ne ressemblait pas à un parfum. Tout était un jeu de notes délicates, cristallines qui se fondaient entre elles pour offrir au nez un arôme exotique, unique et harmonieux.

Je savais qu'elle ne dormait pas réellement sinon que je ne l'aurais pas retrouvée ici, sur mon lit. Camille était beaucoup plus fine que cela, elle voulait jouer d'abord, profiter de la situation. Mes yeux ont suivi le fil de sa nuque puis de sa colonne vertébrale que l'on devinait sans peine au travers des mailles de laine et je me suis arrêté sur l'ombre blanche qui enveloppait ses fesses rondes, légèrement entrouvertes par la position. J'admirais cette courbe si prolixe pour les sens. J'ai ensuite suivi sa jambe qui remontait devant son ventre, pressant avec légèreté l'extrémité d'un sein qui émergeait à peine. Sa poitrine n'était pas lourde et l'on aurait dit celle d'une jeune enfant qui s'éveille à l'aube frémissante de sa féminité. Dans le jeu de lumières et de mailles, ce corps fragile, cette pelure de lait délicieusement duveteuse qui s'exposait à la douceur d'un effleurement, s'offraient à la contemplation.
Le silence dans lequel Camille s'était enfermée ne signifiait aucune opposition et je me suis donc approché un peu plus de cette masse légèrement chaude, humide. Je me suis penché pour sentir les volutes translucides, moites et l'air emprisonné entre nos deux parois de chair vibrer dans l'intensité d'un mouvement lent, calculé. J'ai pensé un instant à tout ce savoir secret enfermé dans l'intimité de chacun : le plaisir. En regardant le visage de l'ange, je me suis souvenu d'une certaine atmosphère.

Je ne reniflais plus qu'à quelques millimètres la douceur d'un corps juvénile. Mais la naïveté des premiers émois n'y était plus même pas en rêve. J'avais envie de la toucher mais je voulais garder dans mon regard, encore quelques secondes, le mirage d'une terre inexplorée.

Ma main a attendu une longue minute pour poser sa première caresse. J'avais guetté dans le frémissement de Camille l'instant le plus approprié. J'aurais voulu par la suite inventer de nouveaux gestes rien que pour elle mais quelque chose m'en a empêché, quelque chose dont j'étais incapable sur l'instant de préciser la nature.


* * *


Journal de Camille, 15 juillet 1998


Je l'ai entendu entrer. Je ne sais ce qu'il était allé faire juste avant mais ce qui était sûr, c'était qu'il restait pareil à lui-même étant donné tous les bruits que j'avais entendus avant son arrivée. Il s'est approché tel un chat, patte de velours et il s'est assis dans un mouvement délicatement contrôlé, chacun de ses muscles appliqués à éviter la moindre brutalité même dans l'air. Une seconde après, j'ai senti sa main effleurer mes cheveux. Cela m'a fait frissonner. J'ai alors deviné qu'il se doutait que je ne faisais que semblant de dormir. Les secondes m'ont alors paru durer une éternité. Que regardait-il en silence ? Un frôlement est perceptible mais un regard vous laisse imaginer et c'est certainement le pire comme le meilleur.

Il s'est penché vers moi au point de me laisser sentir son souffle sur ma peau. Il a attendu une autre éternité pour parcourir d'un doigt léger le chemin de ma nuque mais le baiser papillonnant dans le creux de mon cou m'a surprise mais j'ai gardé le contrôle. Je n'ai pas ouvert les yeux tout de suite car je le savais presque sur moi, et j'avais attendu assez de temps qu'il vienne, pour profiter de ces quelques instants suspendus à un fil avant qu'il ne brise pour revenir au tempo habituel.

D'un seul coup, je me suis sentie prise par l'épaule, et sous l'action d'une main humide, j'ai basculé sur le dos. Dans le mouvement, l'agrafe de mon soutien-gorge que j'avais légèrement défaite juste avant, a cédé et le sous-vêtement n'était plus qu'un morceau de tissu simplement posé sur mes seins. J'ai choisi ce moment pour ouvrir mes paupières, lourdes de sommeil.


* * *


Journal de Samuel, 15 juillet 1998


Elle a ouvert ses yeux pour me noyer dans son regard d'eau. Il signifiait tellement de choses que je n'ai pas pris la peine de chercher tout ce qu'elle pouvait me demander en silence. Elle m'hypnotisait et semblait vouloir m'indiquer la route à suivre. Doucement, elle augmentait la température de sa peau sans me quitter des yeux. Je ressentais des émotions nouvelles et cela ne faisait qu'augmenter ma fascination. J'ai approché mes lèvres des siennes et je l'ai embrassée. Elle n'a même pas eu un soubresaut, comme si sa bouche avait été une paroi de beurre. Je goûtais la fraîcheur humide qu'enfermait cette grotte où un dragon musculeux m'attendait pour enlacer ma langue dans des arabesques recherchées.


* * *


Journal de Camille, 15 juillet 1998


Pendant qu'il m'embrassait, ses mains ont commencé à se balader entre les côtes lâches de mon pull. Elles sont descendues avec une dextérité impressionnante sur mes flancs et elles sont arrivées sur mes hanches. J'ai senti ses doigts s'immiscer sous le large élastique de mon slip. Le tissu a glissé le long de mes cuisses et j'ai senti l'air frais m'envahir. Samuel faisait les choses avec une maîtrise qui m'étonnait, plus grande que ce que j'avais imaginé, à tel point que j'en avais des frissons. Je détaillais toutes les sensations qui remontaient jusqu'à mon cerveau. Il y en avait tellement que j'ai commencé à avoir peur ; mais reculer à ce moment était impossible. J'étais incapable de prévoir ce qui allait se passer : c'était l'angoisse, une angoisse terrible. J'étais prête à me rétracter mais une autre partie de moi n'en avait pas envie : celle qui fait passer le pragmatisme épicurien avant la réflexion et la raison.
Les impressions étaient de plus en plus étranges et mouvantes ; de sûres et passivement dominatrices, elles devenaient balbutiantes, hésitantes.


* * *


Journal de Samuel, 15 juillet 1998


Les choses ont commencé à prendre une tournure incertaine. Je ne me sentais plus sur un terrain stable et serein. J'envisageais le pire. J'avançais dans le noir avec la peur au ventre. Ma partenaire -mon adversaire ?- ralentissait l'allure à l'instar d'un virage qu'on aborde avec prudence. Que se passait-il ? Et je me posais la question autant pour moi, que pour elle.


* * *


Journal de Camille, 15 juillet 1998


Ses mains sont remontées en empruntant le même chemin que pour l'aller. Ses doigts se sont pris dans les mailles de mon filet de laine, mais qu'importe, ils l'ont emporté avec eux. Ils ont continué leur course folle, explorant d'une manière désordonnée la moindre partie de mon buste. Mais bientôt, le filet les a retenus de monter plus haut.


* * *


Journal de Samuel, 15 juillet 1998


J'ai glissé en arrachant ma bouche et ma langue au dragon rouge qui n'en finissait plus de tournoyer dans son royaume enclavé. Je suis allé chercher, coincés entre mes dents, tissu et laine. D'un mouvement, elle s'est retrouvée nue comme un nourrisson, dépourvue de toute défense contre les agressions extérieures. J'ai arrêté un instant mon regard sur ses deux taches brunes qui pointaient leurs nez dans des directions opposées. On aurait pu imaginer des yeux au regard absent. Elle avait la peau laiteuse et les seins légers d'une enfant.


* * *



[...]


Tilou

(à suivre)

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  Publié: 5 oct 2007 à 11:58 Citer     Aller en bas de page

C'est ce qu'on appelle jouer avec le lecteur... grrr!



Bon ben... Je me résigne à attendre la suite...

  Je suis comme ce temps que l'on ne remonte pas : décalée et détraquée.
Tilou8897

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7 octobre
  Publié: 7 oct 2007 à 04:17 Citer     Aller en bas de page


Elle viendra... Elle viendra...^^

T'offre un et un pour patienter...

* merci *


Tilou

  Elle me dit que mes guerres sont des fleurs fanées et qu'il reste une terre pour l'aimer ici bas
strange


parce que quoi qu'il arrive j'aurais toujours des ennemies
   
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  Publié: 31 oct 2007 à 05:40 Citer     Aller en bas de page


Je me doutais qu'entre deux il se passerait quelque chose.

Amicalement.
Strange.

  QUAND LE MYTHE DEVIENT REALITEE
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