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ΠΩX

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  Publié: 23 sept 2011 à 06:04
Modifié:  23 sept 2011 à 09:52 par ΠΩX
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Trois mois

Il y a d'abord les chanteurs et les acteurs. Les chanteurs et les acteurs sont les premiers, ce sont les âmes jeunes, généralement, ils ne posent pas de questions, il s'expriment, et ils jouent, et les gens les écoutent, et eux ils aiment car ils sont au centre de l'attention, et ça leur rappelle les jardins d'enfants, sans doute, leurs mères, ou leurs nourrices lorsqu'elles leur donnaient le sein. Mais avant eux encore, il y a les poètes, les poètes ont des âmes si jeunes qu'elles perçoivent tout, que leur tête est encore prise dans l'étau du col de l'utérus divin qui a enfanté le monde ; et c'est ça qui leur fait mal. Puis il y a les peintres, les plasticiens, les musiciens, ceux-là aussi sont juvéniles, ils aiment les couleurs, ils les mélangent, ils modèlent, ils répètent les expériences de la vie sensorielle, les marient et se comportent comme des animaux magiques, qu'on aime caresser, et qu'on loue dans des expositions, que chacun regarde avec stupeur et admiration. Après, il y a les essayistes, les romanciers, les philosophes, les réalisateurs de cinéma aussi. Ceux-là ont des âmes mûres, des âmes qui ont fait l'expérience des vies multiples, ce qui leur permet de tracer des lignes médianes, de raccourcir les voies pour les autres, et de les éclairer, car eux savent, ils sont tombés du ciel plusieurs fois – même si ils ne le savent pas forcément, mais certains le savent – et ils y sont remontés plusieurs fois aussi. Ils regardent les autres monter un à un les barreaux du plongeoir de la piscine, le plus haut, et ils regardent avec un air amusé, apaisé aussi, et ils entourent les petits corps en maillot de bain, frêles, qui gravissent la vie avec insouciance de la chaleur de leur empathie, et ils leur disent : tel ou tel barreau est glissant, fais attention, car ceux-là savent. Mais ce ne sont pas les plus vieilles âmes, car les plus vieilles âmes sont les âmes des poètes, et ce sont aussi les plus jeunes, ceux-là sont des fantômes qui errent, et les plis sur leurs visages abritent des millions et des millions – il n'est pas possible de compter – d'expériences qui transpirent de tous leurs pores, et ça, personne ne le voit, même pas les autres poètes.

Tous les matins, je me levais, il n'y avait personne encore dans la cuisine, et le soleil m'éblouissait, car la cuisine est au dernier étage de la tour de Fenwick et ses murs sont presque entièrement faits de fenêtres lumineuses. Je me préparais un bon repas, avec des tartines grillées, du jus d'orange, un thé, un yaourt et plein de fruits (bananes et kiwis principalement, pour les vitamines, mais parfois j'y ajoutais des framboises). Ensuite j'allais sur la terrasse et je regardais la fluide ascension du soleil au dessus de l'Atlantique. Et je regardais l'océan, aussi, et bien sûr, il me semblait terrible, car je sais que là, juste au dessous de Terre-Neuve, le courant est froid, glacé et que seuls d'immenses baleines s'y aventurent, et d'ailleurs, personne ne sait vraiment ce qu'il y a au fond de cet océan-là, celui-là qui me séparaient à l'époque de l'Europe, et c'est ça aussi, sans doute qui me le rendait terrible. Ensuite, L. arrivait et elle me souriait, se fichait de moi parce que je n'avais pas l'air réveillé, et puis on mangeait ensemble. Et je trouvais son accent danois charmant, mais les mots me manquaient souvent car l'anglais n'est pas ma langue maternelle, et j'étais frustré.

Au milieu de la baie trône encore l'ancienne prison royale des britanniques. Les acadiens y ont été déportés par centaines, et puis ensuite on les a envoyés vers l'Europe, et les Caraïbes, et on les a dégazés en plein milieu de l'océan comme des nappes de carburant sales, hop, hop, ni vu ni connu, et ensuite les voiliers ont continué leur route, et c'était bien pratique pour eux car, à cette époque, les satellites n'existaient pas. Personne pour remarquer les nappes humaines gonflées de bleu, un peu violettes à cause du froid, dérivant sur les bancs des terrifiants courant froids de l'Atlantique Nord. C'est ce que raconte le panneau, en substance, mais étayées de dates et de noms, parce qu'il faut bien nommer les responsables. Pile en face de l'île, au milieu du port où les motards de tout le Canada viennent s'échouer à la fin de l'été, après leur périple estival : la traversée d'Ouest en Est, à la recherche du soleil et des origines, et là, pile en face se trouve l'île du génocide, sur laquelle trône le spectre des baïonnettes anglaises. Mieux vaut ne pas connaître ses origines parfois.

Heureusement, la plupart du temps, il fait beau ici à Halifax et j'oublie à quel point l'endroit est terrifiant. Je m'accroche à L., et nous faisons de longues ballades à travers la ville, autour de Down street, et South street, je l'accompagne souvent jusqu'à l'université, car elle est studieuse et elle ne comprend que moi, je ne travaille pas. La vérité, c'est que je ne peux pas travailler alors que sa chambre se trouve à quelques mètres de la mienne. Le jour, j'attends le moment où elle va rentrer, parfois je vais en cours, mais ça ne m'intéresse pas, parfois je vais me promener lorsque je suis certain qu'elle sera absente longtemps, et le soir, je discute avec les autres qui habitent avec nous, je regarde la télé et je jette un oeil à la porte de sa chambre, pendant la pub. J'attends qu'elle sorte, et ensuite, j'espère qu'elle viendra me parler. Mais je ne vais pas la voir dès qu'elle sort car je ne veux pas l'ennuyer. Et je ne saurais pas quoi lui dire, et je sais que ça l'ennuierait.

Certaines nuits je dormais dans le salon, j'attrapais un carnet et alors j'essayais d'écrire des poèmes, mais je n'arrivais à rien dans le noir. Parce que je sentais la présence de la porte de L., juste là, à quelques mètres. Et je savais que si je dormais dans le salon, c'était uniquement pour me rapprocher d'elle et d'avoir l'impression de l'entendre dormir, les lèvres légèrement ouvertes sur ces dents blanches. Alors, ces images passaient dans ma tête, en boucle, et mes poèmes étaient mauvais car c'était comme si je voyais le temps couler, couler, couler encore, et que j'étais incapable de faire un garrot correctement. Et je sentais que j'étais débordé, comme dans les films-catastrophe, le héros coincé dans une pièce où il finira par se noyer car l'eau monte, monte, monte, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'air pour respirer. J'étais coincé dans cette pièce avec L. et je savais que elle seule pouvait respirer sous l'eau, sans problème.

Le parc de Point Pleasant est le prolongement du Royaume-Uni, son extension désuète, relique de l'Angleterre impérialiste, gracieusement louée au Canada. L. et moi allions nous y promener, y retrouver des airs d'Europe, serrés l'un contre l'autre, car alors il faisait déjà – 10, – 15 et parfois encore moins, et la neige était dure et les arbres avaient connu toutes les tempêtes, tropicales et hivernales aux cruels noms de femme, et ceux qui restaient étaient déplumés, l'écorce à vif, comme le corps des poètes acadiens que l'océan charriait sur les plages du parc, entre les lochs. L. et moi faisions un tour et nous parlions peu, je lui réchauffais les mains, ou c'était elle qui le faisait, peu importe il ne s'agissait que d'un prétexte pour que je puisse agripper ses mains. Et nous marchions en silence dans le champ de ruines ravagé par les tempêtes, aux plages encombrées des fantômes des poètes acadiens.

Lorsqu' L. est partie à New-York – trois, quatre jours, pas plus, c'était mon anniversaire. Et il faisait nuit, et froid, fin novembre. Alors j'ai pleuré, et je fumais beaucoup car j'attendais qu'elle revienne.

La dernière nuit, nous sommes sortis dans la tempête, malgré l'interdiction municipale, nous sommes sortis et nous avons marché sur l'eau, sur les torrents de neige mouillée qui dévalaient les rues inondant trottoirs et chaussée. Et nous avons ri. Lorsque nous sommes rentrés, nous étions trempés. Nous avons fait sécher nos vêtements sur le radiateur, avons dit bonjour aux autres (il était 2h du matin), et puis nous sommes restés dans la cuisine tous les deux avec un bon thé, et nous avons regardé la tempête en silence. Et alors, j'ai senti qu'il ne restait plus beaucoup d'air dans la pièce et que l'eau m'arrivait au cou.

A l'aéroport, elle m'a embrassé sur la joue. Et moi je l'ai prise dans mes bras un peu, et je l'ai serrée fort, et je suis parti. On a échangé trois mots maximum. Et ensuite, j'ai senti que je me noyais. Puis elle a pris son avion, et moi, j'ai pris mon autre avion. Et c'est tout. Point final.

Après ça, j'ai senti que j'étais jeune et que mon âme était très vieille et qu'elle me pesait, et qu'elle me rassurait aussi, j'ai senti que j'avais mal au crâne, qu'on appuyait fort sur mes tempes, et que ça libérait de l'encre noire sur le monde vu par mes yeux, mais ce n'était pas mes pleurs, car je n'ai pleuré que le jour de mon anniversaire et alors j'ai commencé à écrire de la poésie, puisque je ne savais rien dire.

 
ΠΩX

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  Publié: 23 sept 2011 à 09:54
Modifié:  23 sept 2011 à 09:57 par ΠΩX
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Merci beaucoup v.i.t.r.i.o.l., je suis content que ce texte qui est ma seule incursion dans l'autofiction puisse plaire. C'est difficile de revenir dessus.

Pour tes interrogations, "Il" est "L", en fait, une erreur du correcteur d'orthographe du site. Faute réparée. (=

L'écriture est volontairement fébrile et hésitante pour coller à la fragilité du narrateur.

Merci encore...

 
Tilou8897

Administrateur


La vie n'a de sens que celui qu'on lui donne
   
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  Publié: 23 sept 2011 à 16:05 Citer     Aller en bas de page

Je vais pas être très "constructif" dans mon commentaire... Mais, oui, j'ai bien aimé la fluidité du texte..

Un petit point : "car eux savent, ils sont tombés du ciel plusieurs fois – même si ils ne le savent pas forcément"

Y a un petit "savent", "savent" qui fait un peu bizarre à la lecture... Je ne sais si c'est voulu... Mais personnellement, je ne trouve pas la répétition très heureuse.

Merci.

Amicalement

Tilou

  Elle me dit que mes guerres sont des fleurs fanées et qu'il reste une terre pour l'aimer ici bas
ΠΩX

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  Publié: 24 sept 2011 à 14:18 Citer     Aller en bas de page

Merci Tilou... oui, effectivement, pas très heureux cette répétition...

 
ΠΩX

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  Publié: 20 oct 2011 à 13:00 Citer     Aller en bas de page

Hello Thib,

Merci de ton passage, qu'est-ce que tu entends par une toile tendue en l'air ? Ca m'intéresse beaucoup... (=

 
ΠΩX

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20 février 2013
  Publié: 23 oct 2011 à 14:53 Citer     Aller en bas de page

Non, du tout, je trouve ça intéressant comme façon de retranscrire ce sentiment.
Je pense que ça dépend vraiment de ce que tu lis. Et de l'intention de l'auteur (dans le sens où un auteur peut intentionnellement vouloir donner cette impression, c'était pas trop mon cas ici, cependant, uniquement forcer le trait).

 
Datura.


⠨⠺⠓⠕ ⠙⠑⠑⠍
   
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21 mars
  Publié: 8 févr 2012 à 11:59 Citer     Aller en bas de page

c'est un texte magnifique

mais ce n'est pas l'important, ou peut-être est-ce le pire si près d'elle tu écrivais mal

 
Mr Barnabooth


Je suis mon régicide et ma propre victime
   
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2 août 2013
  Publié: 5 avr 2012 à 10:21 Citer     Aller en bas de page

  Si tu copy mes textes, je te casse la gueule ! ... Right, mec ?
ΠΩX

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20 février 2013
  Publié: 3 mai 2012 à 10:16 Citer     Aller en bas de page

Merci.

 
ΠΩX

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20 février 2013
  Publié: 24 mai 2012 à 11:31 Citer     Aller en bas de page

Merci Absurdophile (=

 
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