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ΠΩX

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20 février 2013
  Publié: 31 mai 2012 à 17:58
Modifié:  1er juin 2012 à 09:47 par ΠΩX
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RENDEZ-VOUS SUR LA LANDE




I -

L’horizon semblait réfléchir l’âme des morts.
Aussi loin que portait mon regard : la terre brune. Nappée de brumes épicées, piquée de touffes d’herbes filasses, fanant en bouquets blêmes comme les cheveux sur le crâne sec d’un cadavre. Royaume d’éphémères feux follets qui s’enflammaient avec la vigueur lente d’animaux épuisés s’enfonçant, jusqu’à la mort, dans les sables mouvants. Des brûleurs sinistres, çà et là, dispensaient au ciel la noirceur de leurs fumées, projetant en gerbes épaisses, une encre moutonneuse, plus opaque que la nuit, pleine comme la mort.
Le ciel et ses étoiles gommés. Réduits à néants. Et, à leur chevet, des hommes en haillons s’agglutinaient en grappes odorantes, pour profiter autant de la chaleur produite par les becs, que des bains de suies toxiques qui leur vérolaient la peau.

Moi, sous leurs yeux, le pantalon de ma combinaison autrefois blanc.

Moi, affrontant l’âpreté de leurs regards infinis.

Mes yeux bleus sondant leurs yeux noirs.

Mon esprit tout tourné vers la rudesse plaquée comme un feuille d’aluminium, fripée, sur les ombres dans leur crâne. Et dont leurs yeux - des trous noirs - étaient des portes vers ce néant.

C’est parmi eux que je cherchais ma mère.


II -

Pour parvenir aux champs de tourbe, il faut traverser un pays vénéneux. Il faut porter masque et gants, combinaison, et marcher, marcher encore pendant des semaines. Égrener les jours dans la solitude que seule la détermination façonne, en même temps qu’elle creuse de profonds sillons sur les visages. Il faut manger de la nourriture lyophilisée. Il faut filtrer l’eau. Il faut être prêt à sentir des choses bouger en périphérie de son champ de vision sans jamais les apercevoir. Enjamber des cratères. Fouler des ossements.
Il faut traverser des villes en ruine. Il faut fermer son esprit, lorsqu’au coeur de la fournaise, le soleil se reflète dans les vitres polies de gratte-ciel à demi arrachés, et vous hallucine pêle-mêle les souvenirs d’un autre temps. Des souvenirs dont la forme la plus fréquente est une variation sournoise autour du thème de la vie.

***

Jean et moi, marchions depuis des semaines. Comme deux jambes d’un même corps, s’entraînant l’un l’autre, bien décidés à tracer une voie directe vers ce qui nous semblait être le début et la fin de toutes choses.
Vers la réponse à nos questions.

***

Le jour où je rencontre Jean, il dort. Sa combinaison orange, tachée de nuances de gris, est usée aux genoux. Il a trouvé refuge dans le moelleux d’une touffe végétale loqueteuse, marron sombre comme le jour, sise entre un antique lampadaire, dont la tête arrachée pendille au vent, et une fontaine hors service aux carreaux ébréchés. Jean se fond dans le même sommeil que les vestiges. Un sommeil lourd d’abandon et de renoncement.
Ses cheveux longs, filés d’argent, s’échappent de son masque à oxygène en mèches collantes, comme les tentacules d’un vieux poulpe desséché.
Le jour où je rencontre Jean, je pense qu’il est mort.


***

Jean, lui, ne me rencontre pas. Pas encore.
Je décide de le suivre, épiant son sommeil inerte, ses déplacements diurnes. Guettant les gestes de l’effondrement dans son allure traînante. Il fait son chemin à travers les ruines à la manière des somnambules : les yeux ouverts, mais le regard tourné à l’intérieur.
Il se déplace avec une lenteur qui émeut, avec une fragilité qui m’étreint, qui me serre la gorge et me remplit des yeux aux poumons de pleurs et de suffocations. J’observe sans voir passer les jours cet homme si frêle. Sa vie précaire - il ne se nourrit guère - et son regard rentré. Sa combinaison orange qui se déchire, sa délicatesse, la profondeur de cet homme que la vie n’habite que par intermittence.

***

Jean me rencontre après des semaines. Je l’ai doublé à la faveur d’une vallée, je me suis postée sur une colline qui effleure le ciel et ses brumes marron. Une pierre primitive, restée blanche, y trône et sa lumière me blesse les yeux. J’attends Jean, comme une princesse attend son unique amour. Pleine d’espoirs, assise à scruter l’horizon qui se résume aux deux mètres qui me sépare du chemin en contrebas. Je souhaite lui barrer le chemin et lui apparaître rayonnante, avec la blancheur de la pierre pour halo.
Je souhaite éblouir le somnambule, car il est de ceux qu’il ne faut surtout pas les réveiller.

***

Je dors lorsque Jean me rencontre. C’est lui qui me raconte : “Tu dormais sur mon chemin. J’ai vu ta poitrine se soulever par à-coups. Je n’avais jamais vu quelqu’un rêver de manière aussi violente. Je sentais ton visage qui se crispait et se relâchait sous ton masque de verre fumé, je sentais l’air filtré que tu respirais se couler dans ton nez, dans tes poumons, et je pouvais presque le sentir sortir plus vif dans le purificateur de ton masque à gaz.”

***

Un soir, nous sommes autour d’un feu que j’ai allumé. Jean me regarde de derrière son masque et ses yeux, cachés à l’intérieur, scrutent l’extérieur pour m’y voir. Je m’abandonne dans la façon qu’il a de m’envelopper de sa vie chétive.
J’aimerais enlever le masque de Jean.
J’aimerais baiser ses lèvres minces, et sentir ses joues son nez ses cils sur mes pommettes.
J’aimerais enlever la combinaison usée de Jean et me fondre avec lui dans la consommation de notre amour.
Mais alors nous mourrions aussitôt.
Et je le sais.
Et Jean le sait. Alors Jean me scrute à travers les flammes pour graver mon image sur sa cornée juste avant de sombrer dans son sommeil de mort.


***

Jean n’est plus là.
Je me suis réveillée seule.
Et il n’était simplement plus là.


IV -

Les champs de tourbe.
Les hommes en haillons.
Les brûleurs sinistres.

Le tableau qui s’offrait à mes yeux avait ce niveau supplémentaire de désolation que j’avais pensé impossible en traversant les landes désolées. Je n’avais que l’envie de retrouver les ruines, autrefois construites de la main de l’homme, et qui m’étaient familières.

***

Avant de disparaître, Jean m’avait confié qu’il n’y avait aucune raison à son voyage solitaire à travers les landes qu’une force intérieure qui l’avait poussé à chercher des réponses.
Jean n’avait pas énoncé les questions. Mais je les connaissais :
Quel était le sens de son existence ? Pourquoi naît-on dans un monde que ses parents ont dévasté ? Que doit-on y faire, si on arrive à peine à survivre ?

Moi aussi, je cherchais des réponses, des réponses que seule ma mère, pensais-je, pouvait me donner. Encore fallait-il qu’elle se présente à moi, qu’elle surgisse des gueux qui champignonnaient, indolents, dans les champs de tourbe, qu’elle survienne soudain d’entre les épaisses fumées, au goût de fumé, à ma rencontre.


***

Ma mère n’a jamais surgi. Je n’ai pas essayé d’enlever mon masque pour imiter les hommes en haillons, car j’avais plus peur de leur ressembler que de mourir.

***

Je n’ai pas trouvé de réponse.
Mais je sais ce que ma mère m’aurait dit, elle m’aurait dit quelque chose comme : on vit pour aimer. Ou on vit pour rencontrer des gens. Ou on vit pour faire vivre les gens.

Peut-être lui aurais-je ri au nez.
Peut-être aurais-je été trop fatiguée pour le faire.
Peut-être.


***

J’ai quitté les champs de tourbe.
Je suis retourné dans la lande désolée, où j’y cherche Jean.
Peut-être.

 
Blue

Correctrice


« Le monde semble sombre quand on a les yeux fermés. » Proverbe indien
   
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  Publié: 31 mai 2012 à 18:55 Citer     Aller en bas de page

Un texte qui m'a fait froid dans le dos mais aussi chaud au coeur.
Des mots en tous cas qui m'ont émue...



Blue

  Mon avatar est une oeuvre de Steph Débias
ΠΩX

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  Publié: 5 juin 2012 à 06:00 Citer     Aller en bas de page

Merci pour ton passage, ton temps, ta lecture Blue (=

 
rimarien
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27 janvier 2017
  Publié: 6 juin 2012 à 11:05 Citer     Aller en bas de page

Je te lis depuis un certain temps sans commenter parce que je ne passe pas trop souvent ici, en tout cas j'aime ton univers même s'il est plus sombre que le mien, j'aime ressentir des choses, quand j'ai lu celui-ci j'ai oscillé entre Ravage de Barjavel, un peu de Mad Max et avec la tourbe j'ai pensé à ces incendies interminables en Russie l'été dernier je crois. Même si je ne partage pas ton univers tu as le don de créer une atmosphère qui ne peut laisser indifférent. Je me doute que commentaires ou pas tu suivras ton chemin, sur le plan écriture, c'est le bon, et c'est tout le mal que je te souhaite
amicalement
jc .

 
ΠΩX

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20 février 2013
  Publié: 6 juin 2012 à 12:19 Citer     Aller en bas de page

Merci de ton passage rimarien...
Effectivement, nos univers sont très différents.
On se demande toujours si on est lu ou non, lorsqu'il y a peu de commentaires.
Je suis toujours aussi ravi qu'étonné -et en même temps gêné - lorsqu'un lecteur, comme toi, finit par franchir le pas pour commenter, sans l'avoir fait avant, pour diverses raisons qui lui sont propres.
Merci.

(Barjavel, maintenant que j'y pense, oui, un peu de ça).

 
Caractère


Le Caractère devient Rime, la Rime devient Rythme, les Mots Emaux, et le Poème Sons et Lumières.
   
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7 septembre 2012
  Publié: 24 juin 2012 à 16:21 Citer     Aller en bas de page

Je suis du genre fainéant, alors je n'ai pas encore tout lu. Mais ta façon d'écrire, j'aime. Et l'atmosphère sombre est allégée par un style naturel et inspiré.
C'est sûr, je viendrai poursuivre ma lecture.

  L'Un parfait le Temps puis n'existe plus, l'Autre défait le Temps et existe pour toujours...
ΠΩX

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20 février 2013
  Publié: 25 juin 2012 à 03:34 Citer     Aller en bas de page

Papillon, Caractère,
Merci pour vos lectures...

 
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