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Acide Sulfurique

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  Publié: 19 déc 2017 à 12:55
Modifié:  19 déc 2017 à 16:49 par Acide Sulfurique
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Ma rencontre avec L n’a rien de mémorable, rien d’impressionnant, comme souvent dans le réel. C’est même l’un de ces souvenirs flous, que l’on peine à faire ressurgir, je me rappelle seulement qu’un jour elle était soudainement ... là.
Une amie l’avait amenée, et s’il y a une chose dont je me souviens très bien c’est cet atypique ensemble qu’offrait son sourire timide dessiné sur ses lèvres fines couplé à ses grands yeux écarquillés où l’on pouvait apercevoir cette expression caractéristique d’appréhension craintive dont elle avait le secret, cet air qu’elle affichait à chaque rencontre avec un inconnu comme s’il était trop important pour elle.

Ah qu’elle était amicale, L, avec son grand corps maigre qu’elle déplaçait maladroitement sans trop savoir qu’en faire et sa jupe serrée et incroyablement colorée qui ne laissait même pas entrevoir le contours de sa poitrine tant son haut n’osait la dévoiler. Mais les éléments les plus « amicaux » dans l’apparence de L étaient définitivement sa coupe de cheveux incroyablement masculine, et son nez si imposant qu’il contrastait démesurément avec les contours ciselés de son fin visage.
Oui, définitivement, en ces moments là, L était quelqu’un de très … amical. Quelle situation atypique, elle, se retrouvant là dans cet attroupement de jeunes débauchés, habitués à l’afflux d’alcool et de weed lors de soirées si récurrentes qu’elles étaient devenues plus quotidiennes que les achats de pain à une boulangerie effectués par une nonagénaire.
Qu’il était curieux de la trouver là, si innocente, au milieu de ce groupe de jeunes lycéens livrés enfin à eux mêmes, dont la finalité de chaque réunion était la promesse systématique d’un moment d’échanges et d’interactions profondes façonnés par l’ivresse et la défonce violente que notre âge pouvait encaisser.
C’est l’un de ces soirs là que je crois avoir fait sa connaissance, à vrai dire ma mémoire trouble m’empêche de mettre le doigt sur cette soirée précise tant j’en ai mené, sur ce moment exact tant j’en ai vécu et tant j’en ai oublié.

Ce dont je me rappelle, pour sûr, c’est qu’il ne tomba pas la foudre, il ne sonna pas de glas. Elle ne déclencha pas en moi un amour intense au premier regard, d’ailleurs aurait-il fallu être aveugle pour que cela arrive, elle et moi ? Moi qui me pavanais insoucieusement en ces lieux où je me considérais être un élément central, un point de fuite d’un tableau orgiaque, et elle, si oubliée à vouloir être discrète, si dérangée à se sentir dérangeante, si invisible à tant vouloir s’effacer.

Non, définitivement, ma rencontre avec L n’a rien de mémorable, l’amour ne naît pas dans l’immédiat, la vie n’est pas un film Hollywoodien, on ne se rappelle pas toujours des débuts et il n’existe pas de bonne fin, ce que je raconte ici n’est pas dans la pellicule, coupé au montage et exclu du processus de la vie, et l’amour que l’on nous peint sur grand écran semble pourtant si réel, si lucide, que le retour à la réalité n’en est que plus cruel. Comment peut-on aimer un film romantique ? Comment peut on apprécier l’oubli de ce qu’est la néfaste réalité du quotidien. Ne regardez plus de films, n’allez plus au cinéma. Je vous conte, moi, ce qu’est une romance, et bien qu’elle comporte l’inexactitude amnésique de ses débuts je vous garantis que la fin reste imprimée dans ma mémoire dans ses moindres détails, ses moindres rancunes et regrets, et qu’il n’existe rien de plus réel, de plus exact, que l’âpre sentiment qu’engendre ce violent retour au réel appelé rupture. Mais retournons au passé.

En ces temps là je n’étais qu’une ombre d’insouciance car en réalité j’étais prisonnier. Prisonnier d’un amour impossible, d’une « friendzone » tellement stéréotypée que la raconter est une honte à la banalité. J’étais fou amoureux d’une amie, elle même la copine de mon meilleur ami. On se croirait dans un drame Shakespearien pour lycéen tourmenté, mais le fait est que j’étais à vrai dire détaché de tout sentiment envers toute autre fille. L aurait pu être le fruit de l’union lesbienne d’Aphrodite et de Megan Fox que je ne l’aurais même pas désirée. J'avais sacrifié mes sentiments et mon âme, les avais donnés en présent tel un esclave offrant ses chaînes à cette fille dont je me retrouvais être le prisonnier, pris dans l'incroyable tourment qu'est le fait d'aimer quelqu'un qui ne vous aime pas, noyé dans ce cercle vicieux de l'ami éternel, incapable d'avouer son amour, profondément effrayé de déclarer sa flamme par peur qu’elle vienne éteindre cette amitié d'esclave que le voile de l’amour me faisait tant apprécier. L était en ces moments là bien loin de mes préoccupations.

Je ne sais pas quand L et moi avons commencé à nous écrire, mais disons que c’était un mardi, car les mardis sont mes jours préférés. Une fois passée la folle exaltation du week-end, une fois celui-ci exorcisé par la platitude d’un lundi, le mardi jaillit tel un geyser d’espérance dans lequel on se plonge pour retourner à l’euphorie du week-end. Vivre un mardi c’est renaître chaque semaine, et il me semble logique que le bouleversement profond de ma vie qu’a engendré L soit arrivé un mardi.

Nous commençâmes donc par correspondre un mardi, l’époque de la correspondance épistolaire étant loin derrière nous, les moyens que nous utilisâmes étaient ceux de notre temps, MSN et les SMS, deux moyens de communication désignés par 3 lettres alors que le précédent était unique et se définissait en deux mots. Comme si l’utilisation même de ces sigles soulignait déjà à elle seule la rapidité et la facilité des échanges qu’ils octroyaient. Qu’ils étaient longs et nombreux ces échanges avec L, à parler de tout et de rien, surtout de rien, à s’exprimer sans la gêne qu’apporte la réalité d’un échange non virtuel, à se confier, nous raconter notre vie, et se découvrir, se juger, se jauger, au travers de ce que l’autre nous racontait. Qu’elle était amicale, cette L, à toujours me parler, me relancer, m’envoyer des messages qui mettaient en exergue le fait qu’elle pensait à moi.
Être désiré est quelque chose d’incroyablement désirable, à se sentir être au centre de l’attention de l’autre on en oublie que l’on est juste humain. Et cette humanité disparaissait au moindre échange, au moindre message que l’on s’écrivait. L était si crédule, si impressionnable, je me rappelle encore de tous les mensonges que je façonnais uniquement pour avoir le plaisir de lui révéler mon imposture une fois qu’elle y avait cru. Elle m’octroyait le pouvoir d’un Dieu, celui de créer et de détruire à ma guise, comment ne peut on pas s’attacher à quelqu’un comme ça, comment ne peut on pas sombrer dans l’exquise nonchalance qu’offre la perspective d’être un Dieu chimérique adulé par un fanatique. Vous aussi, vous auriez sombré.

Correspondre avec L m’a fait accepter le fait d’être aimé. Moi qui avais toujours profondément aimé dans ma vie, souvent dans l’attente silencieuse d’une réciprocité improbable, je me retrouvais pris au dépourvu. Alors, oui, j’ai accepté de la laisser entrer dans ma vie car je ressentais un manque profond d’amour et d’affect, un trou béant creusé par ces chaînes d’amour esclave. J’ai effectivement voulu vivre ce que l’on me refusait à mi mot. Je n’ai eu aucun regret, aucune honte à admettre ma décision, j’ai décidé froidement que je sortirais avec quelqu’un qui ne m’attirait pas, que je lui dirais des choses que je ne pensais pas, en rêvant d’être avec une personne qu’elle n’était pas. Et en effet, cette personne là elle ne l’était pas, mais comment lui en vouloir, la pauvre. Si gentille, si timide, si hors de mon contexte, jamais un faux pas, jamais une erreur, jamais ivre ni droguée, jamais folle ni déjantée, toujours souriante et jamais malheureuse, une écoute chaleureuse, une confidente si fidèle.

Nous avons concrétisé notre relation un soir chez son père où tout était déjà joué d’avance, une de ces soirées bizarres où l’on sait exactement ce qui va s’y passer mais où la sûreté du résultat vous fait ressentir l’affolement du doute. Je savais que le baiser que je lui donnerais me serait rendu en retour, alors pourquoi ais-je mis tant de temps à le concrétiser ? Pourquoi est-ce qu’oser enfin la prendre dans mes bras et l’embrasser m’a semblé être le pas le plus gigantesque que j’aie eu à accomplir dans ma vie ? Pourquoi doutons nous avant de se jeter dans le vide lorsqu’on est retenu par un élastique ? Pourquoi hésiter dans cette mise en abîme de la facilité qu’était ma présence en ce lieu où je venais en conquérant, assuré de ressortir paré d’un nouveau statut, celui d’une personne en couple. Je ne serais plus un solitaire, un mal aimé, un gueux des sentiments, mais un aristocrate philanthrope, appartenant à cette noblesse que représentent les binômes dans ce monde peuplé d’êtres individualistes seuls et aigris.

Je me rappelle encore de l’appartement de son père, un lieu banal et surréaliste à la fois. Je me rappelle de ces meubles, récupérés on ne sait où, de l’endroit bordélique où il entassait les objets qu’il trouvait et qui pourraient un jour lui servir.
Et cette odeur, qu’elle était forte et puissante, l’odeur de peinture fraîche qui émanait de la chambre de L, cette odeur qui me renvoie aujourd’hui à chaque fois que je la sens à cette nuit dans cette chambre, à ce bond en avant monstrueux que représentait ce baiser échangé maladroitement au coin du lit. Cette nuit entière à parler et discuter de sujets que nous avons aujourd’hui complètement oubliés, égarés à jamais dans cette antre qu’était l’appartement de son solitaire de père. Cette nuit qui me fit oublier ma condition d’homme, à discuter et partager si profondément avec quelqu’un d’autre j’appris une nouvelle chose de la vie, une merveille qu’elle peut nous offrir lorsque l’on s’accorde à communier avec autrui, et ce partage entremêlé d’admiration commune me fit ressentir une profonde connexion avec L, mais ce soir là ce n’était pas de l’amour.

Je n'ai pas pris conscience du jour où j'ai réalisé que je l'aimais. C'est sûrement ça la beauté de l'amour accommodable, il n'arrive pas tel un coup, une foudre, il ne fait pas tomber notre cœur soudainement à la renverse, il s'impose silencieusement tel une évidence façonnée par le temps, c'est un mélange de joie et de bonheur quotidien, le plaisir de la côtoyer en permanence, de lui parler, la prendre dans mes bras, la contester, la braver, la serrer, la sentir. J’ai dit que lorsque nous parlions elle me faisait sentir tel un Dieu, mais pourtant à la côtoyer c’est elle qui m'a libéré de mes chaînes d’hébreu, c'est elle qui m'a doté des ailes d’Icare et a redonné souffle à ma vie. Et aujourd'hui je réalise enfin que le jour où j’ai commencé à l’aimer fût le jour où j’ai trouvé un sens à ma vie. Il est triste et paradoxal que l’être humain ne se rende compte de la valeur des choses que lorsqu’il en est dépossédé, mais aujourd’hui, avec du recul, malgré toute la haine que je criais envers ce monde que je considère comme cruel, cette société que je vois comme injuste, je me rends compte à quel point j’étais le plus heureux des hommes aux bras de L.

Être auprès de L c’était vivre la réalité au travers d’un prisme incroyable de positivité et de bonheur, c’était la voir s’émerveiller et s’émouvoir de choses qui n’émerveillent et n’émeuvent personne d’autre, c’était adopter une posture cynique pour assister au spectacle de son idéalisme, c’était ne pas être d’accord pour la pousser à me contredire, et lui offrir un je t’aime pour qu’elle me le rende fois mille. Ce prisme est si puissant, si envoûtant, qu’il s’impose à vous tel une évidence, il se superpose à votre regard tel une lentille invisible, et vous rend la vue comme si vous aviez toujours été aveugle.

Mais aujourd’hui ces « je t’aime » elle ne me les rend plus, et ce prisme s’est envolé avec elle. Il ne reste à nouveau que ce monde triste et gris, ma vue floutée m’empêchant de savoir où je vais, et je retourne aux chaînes de cet amour esclavagiste caractérisé par le manque de réciprocité des sentiments.
C’est l’un de ces moments qu’Hollywood coupe au montage, cette errance engendrée par la torture qu’est l’absence de l’être aimé mêlée à son omniprésence en les lieux que l’on visite, les chemins que l’on emprunte, les personnes que l’on côtoie, les souvenirs que l’on réveille…

Et un jour, lorsque je serai occupé à m’apitoyer sur mon sort, je découvrirais alors que peut être c’est ça, vivre pleinement, ce n’est pas vivre heureux, c’est accepter le manque, la frustration. C’est se forcer à aller de l’avant et se reconstruire, se redécouvrir, et finir par façonner soi même le prisme de L. Il sera grandiose, ce jour où je réaliserai qu’être pleinement vivant c’est aspirer à être celui qui, une fois côtoyé, personne n’oserait abandonner.

 
samamuse

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  Publié: 20 déc 2017 à 04:39 Citer     Aller en bas de page

qu'est-ce qu'"L" a de la chance,
sans le savoir, de ce que tu nous évoques
il y a des presences, qui ne s'oublient pas.
pourquoi ?...
dieu seul le sait.

 
Galatea belga
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Mon rêve est la réalité banale d'un autre-Galatea-
   
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16 juillet
  Publié: 20 févr à 05:29 Citer     Aller en bas de page

Je n'ai pas pris conscience du jour où j'ai réalisé que je l'aimais. C'est sûrement ça la beauté de l'amour accommodable, il n'arrive pas tel un coup, une foudre, il ne fait pas tomber notre cœur soudainement à la renverse, il s'impose silencieusement tel une évidence façonnée par le temps, c'est un mélange de joie et de bonheur quotidien, le plaisir de la côtoyer en permanence, de lui parler, la prendre dans mes bras, la contester, la braver, la serrer, la sentir. J’ai dit que lorsque nous parlions elle me faisait sentir tel un Dieu, mais pourtant à la côtoyer c’est elle qui m'a libéré de mes chaînes d’hébreu, c'est elle qui m'a doté des ailes d’Icare et a redonné souffle à ma vie. Et aujourd'hui je réalise enfin que le jour où j’ai commencé à l’aimer fût le jour où j’ai trouvé un sens à ma vie. Il est triste et paradoxal que l’être humain ne se rende compte de la valeur des choses que lorsqu’il en est dépossédé, mais aujourd’hui, avec du recul, malgré toute la haine que je criais envers ce monde que je considère comme cruel, cette société que je vois comme injuste, je me rends compte à quel point j’étais le plus heureux des hommes aux bras de L.



L'amour, une connexion intense avec un autre humain produit ce miracle.
Parfois c'est juste un bluff , comme le bonheur qui provoque une drogue , mais c'est également merveilleux de comprendre que nous pouvons ressentir cette magie et ça , souvent, devrait nous suffir pour continuer à aimer cette vie, malgré le retour de Madame solitude.
J'ai aimé ma lecture. Amicalement
galatea

  Si visi amari, ama.Le Prince ...oh le Prince...
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