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· Tychilios
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ozner

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22 mars
  Publié: 17 févr 2014 à 08:37
Modifié:  17 févr 2014 à 08:39 par ozner
Citer     Aller en bas de page

Pour commencer elle m'a montré une vieille. C'est le protocole sûrement... d'abord on vous sort du tiroir une mort "naturelle", un corps qui est allé au bout, "tout au bout de la vieillesse"...
Au milieu de la pièce où on m'avait trainé se trouvait une table haute d'un mètre, couverte d'un drap blanc. Sur la table et sous le drap, on devinait aisément un corps - et voilà ce qu'on est lorsqu'on meurt : une décoration de mauvais goût. La légiste avait tiré le drap de la tête aux genoux avec tendresse; bien sûr elle ne pensait pas réveiller la vieille mais simplement, je crois qu'elle agissait comme ça par respect; pour le silence au moins. Lorsqu'elle eut fini, elle se déplaça lentement, d'un pas léger, jusqu'au bout de la table, celui qui accueillait froidement et pour un court moment la tête de la vieille. Les doigts lourdement bagués de la légiste se mirent alors à entortiller les cheveux blancs et secs du cadavre; elle murmurait : "Elle est belle hein...", faisait glisser ses mains, caressait les joues froides de ce corps en attente d'oubli; me regardait enfin... répétait : "Elle est belle...". Mais c'est tout aussi laid qu'un corps en vie, un macchabé... tout aussi indigne... Et mourir vieux n'arrange rien. Mourir n'arrange rien.
C'en était absurde, effroyablement drôle, de sembler à ce point secoué par ce qui n'était qu'un minuscule point final. La légiste devait pourtant s'en être accommodé de la mort, comme on se fait à soi au bout d'un moment - un peu par hasard -, comme on se supporte au point de s'oublier... Peut-être faisait-elle mine de; le masque le plus commun se porte pour les autres : la tolérance, l'empathie - les pastilles pour la gorge.
Elle était pâlote mamie, voilà. Elle bougerait plus. Y avait pas de quoi pleurer. Y avait rien à dire.
Elle me fixait la légiste, avec ses yeux vides... voir si je tenais le coup, s'il me fallait un remontant ou si j'allais tomber à genoux pour gueuler ma tristesse au bon dieu avec cette frénésie qu'ont seuls les gens qui ne sont tristes qu'à travers le regard des autres et le sont peu, au fond, pour des raisons qui ne regardent qu'eux-mêmes.
Les pastilles pour la gorge c'était pas mon truc... pas ma came. Là y avait qu'à se pincer les lèvres légèrement.
La légiste semblait déçue. "Bordel ! vascille ! montre-moi quelque chose ! " hurlaient ses yeux immenses.
Voyant que rien n'arriverait, que je ne tremblerai pas, elle changea tout à coup d'expression, et cette fois le haussement de sourcils qui accompagnait son regard signifiait "Il va bien voir ! ". L'avertissement était faiblement dissimulé, ce qui, le plus souvent, provoque chez la personne ciblée la réaction inverse de celle attendue : la défiance.
Elle caressa une dernière fois la vieille et la recouvrit.
Derrière moi se trouvait une armoire en aluminium, ou en inox, je sais plus. Je ne l'avais pas remarqué en entrant. L'examinant rapidement, je m'aperçus qu'un autre drap, beaucoup plus petit que celui qui recouvrait la vieille, y reposait sagement. La légiste passa devant moi précautionneusement - elle marchait en pèlerine, investie d'une foi sans réserve quant au trouble certain qui m'envahirait à la vue du spectacle qu'elle allait m'offrir. Et plus les secondes passaient, plus je sentais son enthousiasme, malsain, s'emplir de puissance - ce qui naissait en elle, c'était ce bonheur primaire et parfois destructeur que nous avons d'influer sur les sentiments des autres...
Elle se plaça devant l'armoire, dos à moi. C'était évident, la forme sous le petit drap... pas un bras, pas une jambe... C'était minus le truc, et les contours étaient distincts. Là aussi, elle tira le drap tranquillement, jetant de brefs regards derrière elle...
C'était un garçon... "Vingt-cinq semaines", je l'entends me dire. Un peu plus de cinq mois en somme...
Il était beau... rouge écarlate mais beau... Les détails étaient là, les doigts parfaits, les oreilles, les pieds... et sa trogne, toute bien aussi...
Il aurait pu bouger. C'était pareil...
Seulement, il était pas là, il avait pas eu le temps d'être là. Il avait assez existé, tout vécu, et tout ce qu'il ne laissait pas derrière lui c'était ce qu'on fout dans des livres. Son bonheur, c'était d'avoir vécu uniquement l'essentiel. Les malheurs il les laissait, comme toujours, à ceux qui restent, et qui ne comprennent rien à l'essentiel.
Voilà. Voilà, c'est à lui que j'ai pensé quand j'ai vu ma fille pour la première fois, née à vingt-huit semaines, mais toute aussi petite, intubée, rouge écarlate.
Elle a pleuré, on m'a dit. Elle a bougé, aussi; elle bouge encore.
Voilà. C'est à lui que j'ai pensé. À ceux qui ont tout vécu sans être enfants, sans être adultes, sans être vieux. À ceux qui n'ont jamais rien été vraiment. À nous tous, nous qui avons laissé dans notre dos partir l'enfant que nous étions, l'antichambre du formidable vide que nous pensons vivant. J'ai pensé à nous tous et aux enfants que nous n'avons jamais été, qui n'ont jamais été là et qui pourtant, nous font signe au loin, de l'autre côté de la berge, semblant nous dire : ne pleurez pas, ne nous regrettez pas, ne vous regrettez pas... car rien n'existe.

 
Eleven


...the sunshine girl is sleeping...
   
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  Publié: 18 févr 2014 à 06:39 Citer     Aller en bas de page

Je sais pas bien quoi dire.
Pas parce que j'ai envie de trouver les mots justes. Seulement que peut-être j'avais bien envie de dire trop de choses.

C'est un constat, je le trouve juste, quand il sort de ton stylo, comme toujours.
Ca commençait comme... et puis, oui, c'est tellement ça...ta légiste elle est partout, dans toutes les personnes que l'on peut croiser. C'est fascinant et pathétique à la fois. Triste peut-être. Ou alors il n'y a qu'à se dire que c'est comme ça...Si on y arrive, il paraît que tout va mieux.

Et puis tu apportes la conclusion. Pas envie d'en faire des tartines. Pas la peine sûrement.
Et c'est juste tellement ça.
Non rien n'existe, même si quelque chose dépense beaucoup d'énergie à nous faire croire le contraire. Non. Vraiment pas.

J'avais envie de citer tout le texte.
Je vais, à cet instant, planquée derrière mon PC, en évitant de suffoquer dans mon magnifique rôle, ne citer que ça :

"l'antichambre du formidable vide que nous pensons vivant"

Parce que j'en ai juste envie.

Tes écrits sont précieux.


  ...on ne reviendra pas...
ozner

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22 mars
  Publié: 19 févr 2014 à 10:45 Citer     Aller en bas de page

Merci Thib.
Tu sais, on avait échangé quelques messages à la naissance de ma fille. Tu m'avais sorti que "certains peuples disaient que ça portait chance de naître avant terme" et je l'ai gardée, cette phrase, parce qu'elle m'avait fait du bien. Je l'ai gardée car elle me permettait quelque chose d'étrange, à cette époque. Sourire un peu.
Merci d'être passé là, surtout là.


El...
Merci à toi, vraiment, ça me touche tout ça. Je sais pas si tout va mieux, si comme tu dis "on se dit que c'est comme ça" mais, tout... va, tout coule, tout continue comme si ce n'était pas comme ça. C'est pas mieux ni même différent. On peut acheter un peu de temps, c'est tout. Enfin je sais pas.
Un grand merci, encore.

 
so sweet

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20 juin
  Publié: 23 févr 2014 à 22:06 Citer     Aller en bas de page

un beau texte,
désolée je ne trouve rien à dire de plus, il est 04h00 du matin.
mais j'ai aimé, beaucoup.

 
ozner

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22 mars
  Publié: 24 févr 2014 à 05:36 Citer     Aller en bas de page

Merci beaucoup.

 
Elodie Daraut

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  Publié: 30 avr 2014 à 11:59
Modifié:  6 mai 2014 à 13:01 par Elodie Daraut
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merci.

Sur le fond, je ne suis pas d'accord, je pense que nous vivons. Je ne pense pas que le bonheur soit dans la mort rapide ou dans l'absolution.
Que tout existe au contraire. Le rien non.

Nous passons à côté, toujours. Nous essayons mais nous échouons, toujours.

Chaque tentative, chaque échec ce n'est pas juste un enfant mort (ni n'importe lequel), ce n'est pas ce qui doit vivre ou ce qui doit mourir avec pour fil conducteur ce non-sens..

Ce qui se trouve sous le drap c'est ce que nous refusons de voir en nous, mais je ne crois pas que ce soit le nihilisme, je crois que c'est l'Amour.

D'ailleurs c'est bien ce qu'il reflète ce texte, ce n'est pas le gloire du néant, les réactions qu'on nous prête, c'est la possibilité et la grandeur de l'infi(r)me. La vérité de ce qui nous touche.

Pour être touché il ne faut pas être rien. Il faut avoir été aussi médiocrement et aussi imparfaitement nous.

Quelle différence entre une vieille enfant est un enfant vieille. Ce qui compte est en dehors de nous et ce n'est pas "rien".

Pas d'aménité pour la violence des "sur-homme" mais dans notre capacité, notre volonté à sur-vivre ou par delà nous "vouloir que l'autre vive". Qui ne se résume pas en un lien de domination à l'usage des peuples. Qui est bien plus fondamental qu'un dogme à moustache. Nietzsche ne voit que de l'aigreur dans la faiblesse, c'est faux. Il y a la seule grandeur de l'Etre dominé par lui-même.

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25 juin
  Publié: 9 jan à 08:13 Citer     Aller en bas de page

J'ai vécu la triste expérience de la perte de deux enfants.
Dans une certaine mesure je peux comprendre (ou n'ai-je rien compris ?) ton texte.

Mais j'émettrai quand même quelques réserves, un peu celles de Datura.

Favoris + 5*

Bizzz JB

  La vie commence à chaque instant.
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