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LPDP :: Nouvelles littéraires :: L'histoire (pas trés sérieuse) de Sodome et Gomorrhe Aller en bas de page Cacher le panneau de droite

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Tychilios Cet utilisateur est un membre privilège

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Modifié:  12 sept à 09:44 par Tychilios
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Sodome et Gomorrhe Jacob de Wet -1620

L'histoire (pas très sérieuse) de Sodome et Gomorrhe


Le Seigneur vaquait aux affaires urgentes et comme rien ne presse jamais là-haut, tout était calme et tranquille dans le royaume des cieux, lorsque soudain le maître des lieux reçut sur son écran d’ordinateur un Mail alarmant. La nouvelle concernait l’état de délabrement moral de deux petites villes perdues dans le fin fond de la Palestine. Les turpitudes de Sodome et Gomorrhe ne semblaient pas trop plaire à Dieu qui ne se trouvait plus ainsi dans un état très divin. On l’informait avec photos à l’appui que les gens, là-bas, se livraient à des pratiques sexuelles que la morale réprouve et que l’architecte de l’univers n’avait pas envisagées dans ses plans d’anatomie humaine. Il grommelait tout bas.

– Si ça continue, faudra que ça s’arrête, sinon c’est la fin des haricots… et de mon œuvre majeure, l’homme qui surpasse de loin l’intérêt excessif que ce dernier accorde parfois à mes légumes. Je n’ai pas envie de me recoltiner tout le boulot !

L’invention des haricots mentionnée ici représentait aux yeux du créateur de toutes choses une broutille sur son C.V. Il évoquait ainsi, dans la première partie de sa remarque, la montée inquiétante, selon lui, du véganisme, car à quoi bon s’être décarcassé à inventer toute sorte de bestioles si ce n’était pour garnir le frigo des ménagères. Toute cette viande abondamment disponible, gâchée en décoration inutile pour orner différents biotopes le rendait un peu morose. Mais dans la seconde partie de sa réflexion solitaire, de quel ‘’boulot’’ parlait-il ? Les propos peuvent sembler confus aux non-initiés qui n’ont pas eu le bonheur de savoir comment nous en sommes arrivés là. J’entends par là, à nous envier, nous admirer, nous détester ou nous aimer, nous protéger, nous trucider…enfin bref à tout ce qui fait que nous sommes nous, et j’arrête là, car la tête me tourne et je n’aurais pas assez de temps pour dire ce que nous sommes devenus.
Les propos du créateur portaient sur l’homme, qui semble-t-il avait mobilisé une grande part de son talent, même si le boulot en question ne lui avait pris qu’une petite journée à tout casser, et laissait quand même à désirer sur bien des détails.
Dieu avait mesuré les conséquences tragiques de la situation, si le mal se répandait. Il se confia à un ange qui bullait dans un coin et dont la maman jouait des castagnettes les jours de fête au paradis. Par voie de conséquence et parce qu’il fallait bien lui trouver un nom, il se nommait Angelo. Dieu lui dit :

– Angelo, non, mais t’as vu c’qui s’passe dans ces deux bleds ? Faudrait pt’êt mettre un peu d’ordre la d’dans. L’employé ailé un peu familier acquiesça par un :

– Ouais, t’as raison Monseigneur, ça urge.

Mais il n’avait pas l’air de vouloir s’extirper du transat dans lequel il se prélassait.

– Je ne rêve pas, je leur ai bien dit: « Les voies du transit intestinal sont impénétrables », impénétrables ! dit le seigneur.

– Vous avez dû être mal interprété, créateur divin, ou déformé… heu je ne parle pas de vous…enfin vous comprenez. Faut dire, sauf votre respect, que le message n’était pas très clair, lui répondit l’employé du ciel.

– Comment ça pas très clair !

– Ben ouais, être unique et d’après c’qu’on dit sorti du néant, on est en droit de se demander ce que vous entendiez par là…

– Par là je n’entends pas grand-chose, je n’ai pas prévu ce truc pour écouter de la musique ou toute autre sorte d’ânerie.

Le propriétaire des lieux avait l’air irrité.

– OK calmez-vous votre honneur.

– Ben tiens, puisque t’as pas l’air trop occupé, va donc faire un tour sur Terre, tu me diras ce qui se passe.

– J’y cours, j’y vole, votre sérénité.

L’ange se choisit un compagnon afin de rendre le voyage plus distrayant. Ils avaient tous deux l’aile solide et la jambe musclée, mais ne paraissaient pourtant pas très pressés d’accomplir leur mission.

En voyageur averti, Angelo n’avait pas oublié son guide du bledard, édition ‘’Les villes qui craignent un peu’’. Il y était écrit que les gens du coin, outre leurs mauvaises manières n’étaient pas très accueillants et avaient une désagréable odeur. Il faut dire que les conditions d’hygiène dans la région étaient déplorables. Les autochtones préféraient dépenser leur pécule dans du mauvais vin et des plaisirs modérément tarifés, plutôt que dans l’achat d’un savon convenable parfumé à la lavande ou à la rose, ou d’un dentifrice de bonne qualité. L’ange avait reçu une bonne éducation et avait le nez sensible, il n’était donc pas pressé d’arriver. Et que celui qui n’a jamais été incommodé par une très forte odeur lui jette la première pierre… ou toute autre chose.
Les lois de l’hérédité sont irrépressibles, et Angelo n’hésitait pas le soir dans les tavernes à taquiner la castagnette pour le plaisir d’un public mélomane et aviné. Son compagnon l’accompagnait au chant. Pour ne pas effrayer ces gens peu habitués à la nouveauté, ils avaient tous deux dissimulé leurs ailes sous un joli boléro de satin rouge doublé d’une voilette cousue main sur les épaules et qui tombait dans le dos.

Depuis quelque temps déjà les deux villes de leur destination étaient selon l’avis des uns, la honte, et des autres, la risée de la région. Mais l’on sait bien que lorsqu’un mal trouve un point d’ancrage solide, il s’installe et se répand à la vitesse d’une chèvre au galop (plus répandue à cette époque que le cheval). Les plus vertueux pécores du coin finiraient bien par sombrer dans le stupre, la violence, l’alcool, la consanguinité et que sais-je encore ?… Mais ça laissait quand même le temps aux deux anges de voir venir, et de perfectionner leur récital, de taverne en taverne.

De là-haut, entre deux nuages, Dieu observait tout ça avec circonspection et un télescope hors de prix. Il pensait qu’il était grand temps que les deux artistes rappliquassent sur le lieu indiqué. Mais comme il est probablement dit dans les saintes écritures, le seigneur a plus d’un tour dans son sac. Pour être synchro avec l’histoire, il les téléporta de la taverne où ils faisaient salle comble, vers Sodome, beaucoup moins fréquentée à cette heure et qui se situait quelques lieues plus loin.
Angelo et l’ange chanteur atterrirent à l’entrée de la ville. Comme il se faisait déjà tard et que tout était fermé, ils avaient décidé de passer la nuit sur la place publique.
Un jeune homme assis sur un banc rêvassait en observant le ciel qui s’apprêtait à livrer le spectacle quotidien, mais toujours apprécié, d’un coucher de soleil. Quel ne fut pas son étonnement de voir les deux compères dérouler leur sac de couchage et s’apprêter à passer la nuit.

— Mais que faites donc vous là, jolis étrangers ? Il faut dire que les deux anges étaient plutôt bien faits de leur personne. Il n’était pas étonnant de les voir défiler pour les collections de saison d’aubes et de lingerie céleste.

— Venez donc chez moi, ma femme nous préparera quelque chose et j’ai un canapé convertible assez confortable, vous verrez vous y serez très bien, proposa Loth qui n’était pas mannequin de mode.

Les messagers du ciel au début assez hésitants finirent par accepter la proposition, après tout, l’endroit n’avait l’air ni sûr ni confortable.

En chemin les trois compères firent connaissance. Loth se nommait Loth non pas parce que son père s’appelait Loth, puisqu’il s’appelait Haran, ni que sa mère s’appelait Charloth, puisque différentes sources autorisées nous informent qu’elles ne savent pas grand-chose sur le sujet. Quoi qu’il en soit ou qu’il en fût, il n’avait jusqu’alors pas eu à se plaindre de son nom. Après tout j’en connais de bien pires.
Le grand intérêt de notre Loth était qu’il se trouvait être, par les hasards de la généalogie, le neveu d’Abraham, une célébrité du pays qui garde encore aujourd’hui une certaine renommée. Sinon je doute que cette histoire étrange, mais pleine de rebondissements soit passée à la postérité.

— Mais que nous vaut cet élan de bonté de votre part, dit Angelo, un peu méfiant. On dit qu’ici les gens sont peu hospitaliers.

— Et qu’ils puent du bec, ajouta son compagnon.

— Et bien voyez-vous, c’est que je ne suis pas d’ici, et j’ai moi-même eu à souffrir du peu d’aménité de ces gens-là et de leur mauvaise odeur aussi.

Loth leur expliqua en détail qu’il était étranger et qu’il avait dû s’expatrier d’Ur, sa ville natale, pour un contrat à durée indéterminée dans cet endroit maudit. Si l’occasion se présentait, il irait voir ailleurs, plus haut dans la vallée si l’herbe était plus verte et lui donnait l’occasion de s’enrichir.

— Mais vous-même d’où venez-vous donc ? Car je devine à votre accent que vous n’êtes point d’ici, ajouta le neveu du grand homme.

Angelo lui annonça brièvement qu’ils arrivaient du ciel et étaient les messagers du Seigneur.

— Ah bon ? enchanté répondit Loth, pas plus étonné que ça. Sans indiscrétion c’est comment là-haut ?

— Calme, très calme, répondit Angelo.

— Ah, mais pas trop tout de même ? S’enquit Loth (qui avait pourtant gardé son caleçon.)

Quand il ne jouait pas des castagnettes, Angelo était un peu poète. Il aimait à vanter son lieu de résidence et il lui répondit :

— C’est un peu comme après avoir éteint le ventilateur dans ta chambre… mais c’est comme ça tout le temps.

— Ah ouais, et t’as une belle vue ?

— Chaque image qui t’entoure suffirait à enchanter le regard d’un homme pour toute une vie.

— Ah ouais, quand même, ça donne envie !

— Mais, c’est fait pour ça !

La discussion apportait un peu d’agrément à la marche, car les rues étaient désertes et sombres. Mais derrière les volets, des regards suivaient la déambulation des trois jeunes hommes. Parfois même, quelques sifflets approbateurs ne laissaient aucun doute sur la nature de leur approbation et présageaient de ce qui plus tard allait arriver. Je dis cela pour apporter un peu de piment à cette histoire, ces récits des temps anciens sont parfois très ennuyeux.
Le trajet n’était pas très long, car ils étaient déjà arrivés. Pour les raisons énoncées plus haut et parce qu’il n’avait rien trouvé de mieux, Loth habitait un peu à l’écart de la ville. En entrant, les deux anges constatèrent que leur hôte Loth abusait notablement de la sous-location. Il y avait là, pêle-mêle toute une famille entassée, mais souriante et plutôt accueillante.
Quelques cousins et cousines s’affairaient encore malgré l’heure tardive à confectionner sur leur machine à coudre des articles en vogue dégriffés. D’autres nièces et neveux un peu moins habiles rangeaient consciencieusement dans leurs valises des articles de mauvais goût importés par caravane, de pays où la main-d’œuvre était moins coûteuse et qui enchantaient les rares touristes de la région.

— Ben dis don’ y’a du monde, dit le chanteur.

— Mais ne vous en faites donc pas vous serez tranquille pour la nuit, répondit Loth,
Il ajouta un peu gêné et à voix basse que les loyers étaient si chers et qu’il fallait bien arrondir les fins de mois et mettre de l’huile dans la chicorée sauvage (le beurre et les épinards étaient des denrées rares).

Il demanda aux quelques membres les plus proches de sa famille de préparer le canapé convertible, car il n’entendait rien à cette mécanique diabolique et ne voulait pas abîmer ses jolies mains. Sa femme Édith et ses deux filles, Sarah et Agass se chargèrent de la tâche. Elles se précipitèrent ensuite dans la cuisine pour préparer le repas.
La maison était modeste et mal éclairée. La promiscuité d’une telle surpopulation rendait l’endroit plus exigu encore. Des grabats s’entassaient les uns sur les autres comme dans le dortoir d’une caserne.

— Et ben dis don’ j’y passerais pas mes vacances dit le chanteur, à voix basse.

— Laisse don’ faire et ne touche à rien, je ne crois pas qu’on y passera la nuit, le rassura Angelo

— Ben c’est tant mieux répondit le bellâtre chanteur.

Dieu, de ses hauteurs religieuses incontestables, sévères, mais aussi rassurantes suivait l’affaire de très près. Il remarqua une agitation inhabituelle autour de la maison où ses deux employés avaient trouvé refuge. Le soleil n’était pas encore couché qu’un attroupement de villageois s’était formé devant le portail sur lequel était écrit : « chien méchant ». Le plus frêle de tous se nommait Jean-Claude, il ne savait pas lire, mais devina à la vue d’un Dobermann très grossièrement dessiné, de quoi il en retournait.

— Pensez-vous, c’est juste pour faire peur, je n’ai jamais vu de chien ici, les rassura Jean-Claude, en accompagnant sa remarque d’un petit geste de la main.

Le plus gros des villageois se nommait Raoul. Il n’appréciait pas trop les manières de Jean-Claude, mais n’en était pas plus brave pour autant. Il lui demanda d’aller frapper à la porte en lui faisant comprendre par des gestes explicites et virils que la chose était pressante.

— Toc-toc-toc, c’est Jean-Claude !

Une voix à l’intérieur lui demanda :

— Oui d’accord, mais c’est pour quoi faire ?

— Ben pour faire connaissance gros nigaud, répondit Jean-Claude qui manquait d’inspiration et en levant les yeux au ciel.

Loth ne semblait pas très chaud. La troupe excitée avait rejoint Jean-Claude sur le seuil de la porte. Ils se cachaient tous, l’un derrière l’autre en file indienne pour être moins visibles par l’œil de mouton (le juda n’avait pas encore été inventé et le bœuf coûtait trop cher à l’époque)

— Ouais et puis on va te …. Et te re… et après on te fera la même chose, dit l’un des rustauds, impatient.

Je me dois de signaler qu’en tant qu’auteur, la censure me répugne, mais les propos proférés par ces rustres profanes (c’est pour l’assonance) ne peuvent décemment être relatés dans ce récit respectable, ou alors dans une future version enrichie de nombreux autres détails croustillants.

— Et puis on va faire pareil avec ta petite famille, ça lui apprendra, dit un autre
On ne sait pas vraiment, ce que de tels sévices pouvaient enseigner à cette famille par ailleurs raisonnablement instruite.

Angelo était ange à temps complet, joueur de castagnettes et tétrasyllabiste à temps partiel, il s’exclama interloqué :

— Non, mais dis don’,
c’est quoi c’ boxon ?

— Ben c’est les gens du coin qui veulent nous faire des misères, répondit le jeune homme qui en perdait son langage châtié.

— Laisse donc entrer cette mécréante racaille, je me cache dans un coin. À mon signal vous fuirez tous par la fenêtre, car un déluge de feu et de soufre va s’abattre sur Sodome et sur Gomorrhe. C’est ainsi que le seigneur se venge de ceux qui ne veulent entendre son message. Car lui seul sait ce qui est juste et…

— D’accord c’est bon on a compris dit Loth en l’interrompant.

— Qu’est-ce qu’il dit demanda un vieil oncle mal entendant

— J’sais pas trop, il a un accent et j’crois qu’i’ débloque un peu, le pauvre, lui répondit un cousin.

Il faut dire qu’entre temps, même si cela n’enlève rien aux mérites d’Angelo, l'ange en chef avait pris contact au moyen d’un téléphone cellulaire satellitaire dernier modèle avec le maître de tout ce qui vit ici-bas (amen). Il avait ainsi obtenu des informations de premier ordre sur la suite des événements. Le seigneur lui avait fait part de son courroux et de sa volonté de faire un exemple retentissant de cette affaire de dissidence politique qui malmenait son pouvoir. Il avait cherché une solution finale à ce désagrément et hésitait entre un bon déluge ou le feu et le soufre (car le napalm n’était pas encore disponible).
Le déluge avait fait déjà ses preuves, et n’était donc pas très original. Dieu dans son infinie sagesse et sa volonté de toujours se distinguer opta pour le feu et le soufre, solution plus radicale et moins contraignante.

Face à la réticence de Loth à faire connaissance avec la petite troupe, Raoul ne lui avait pas laissé le temps d’ouvrir la porte. Il l’avait fracassée d’un coup de tête, car il n’aimait pas s’encombrer d’objet inutile. La brute constata qu’un des deux bellâtres ailés se cachait dans un coin. Remarquant que quelques plumes dépassaient de la veste d’Angelo, il s’exclama :

— C’est quoi ce truc, c’est croisé avec un pigeon. Car Raoul n’avait encore jamais vu d’anges. Tu crois que ça se mange ? Demanda-t-il à Jean Claude.

— Ben j’en sais rien, mais moi j’en ferais bien mon quatre heures, lui répondit-il.

Loth s’interposa avec beaucoup d’autorité, en maître de maison et bien peu de considération pour le statut de la femme :

— Ne nous énervons pas, épargnez ces beaux jeunes gens, prenez donc mes deux filles pour vous distraire. Je ne peux vous prêter la plus grande, vous l’avez lapidée parce que l’imprudente avait nourri un mendiant étranger. Mais si, rappelez-vous, la petite brune…

— Ah oui la petite Palith, tu te souviens Jean-Claude, comme on s’était marré ce jour-là ? Dit Raoul.

— Elle avait qu’à pas désobéir à la loi, l’imbécile ! Répondit Jean-Claude.

— À qui le dites-vous, ah ce n’est pas facile d’élever trois filles vous savez ! Dit Loth qui n’en avait plus que deux.

Mais le sujet n’intéressait personne.

— Sarah, Agass, venez donc par ici ! Montrez à ces braves gens de quoi vous avez l’air. Voyez messieurs elles sont vierges comme chevrettes, je le garantis sur l’honneur.

Les rustres, à ces mots se mirent à rire, tandis que le gros de la troupe attendait toujours dans l’entrée. La chèvre inspirait de nombreuses expressions, à l’époque, mais les deux filles ne bénéficiaient pas dans la ville de l’excellente réputation que l’on accorde aux jeunes caprines qui n'ont pas encore vu le bouc. L’une et l’autre ne semblaient pas farouches surtout la plus jeune, Sarah, qui minaudait en sourires entendus et se déhanchait au rythme inversé du dodelinement de sa tête.

Hêêêê… Fit-elle chevrotante en appuyant sa réplique d’un mouvement d’épaule et de tête combinées.

Agass La plus âgée des deux envoyait des œillades à diverses connaissances en ondulant de ses formes nombreuses.

— Non, mais on connaît, pas vrai les p’tites, présente-nous plutôt les deux mignons que tu nous caches, dit Raoul en désignant de son gros index dégoûtant les jolis anges.

C’est alors qu’Angelo lança le signal attendu.

— Fuyez tous par la fenêtre, car un déluge, etc…

La plupart des membres de la famille se regardaient réticents.

— Ouais faut voir, c'est pas la ville idéale, mais on est pas si mal ici, dit un cousin.

— Tu oublies les mauvaises fréquentations des gosses, l’absence d’évacuation des eaux usées et l’eau potable qui ne l’est qu’à moitié, lui répondit sa femme.

— Et puis y’a pas l’feu, lança un autre parent éloigné.

— Pas pour l’instant, mais attendez de voir, proclama le joueur de castagnettes d’une voix grave et menaçante…

Vous trouverez peut-être étrange cette phrase suspendue, mais vous allez vite comprendre l’objet de ce sous-entendu.

Et il s’enfuit par la fenêtre avec Loth, sa femme, ses deux filles et le chanteur. À quelques pas de la maison, il avertit la petite troupe de ne pas se retourner, car ils encourraient alors d’être transformés en statue de sel.
Sur ce dernier conseil, Angelo et son collègue de travail s’envolèrent vers les cieux comme deux pigeons pressés de rentrer au bercail.
Édith cheminait un peu devant sur le côté et se demandait, en bonne ménagère si elle avait rentré le linge étendu dans le jardin. Elle se retourna pour vérifier, et se transforma aussitôt en statue de sel. Loth en constatant l’imprudence de sa femme s’exclama :

— Y’a rien à faire, elle n’écoutera jamais ce qu’on lui dit celle-là.

Et la petite famille poursuivit son chemin. Ils avancèrent toute la nuit pour atteindre Tsoar, une ville située sur les hauteurs. Ils parvinrent à une grotte, à l’heure où le soleil n’était pas encore levé sur l’horizon. Fatigués par une si longue marche ils s’étaient installés sur un promontoire qui dominait le paysage. Loth était perdu dans ses pensées. Plus bas, au fond de la vallée quelques lumières commençaient à poindre dans des cours et le chant du coq retentissait de coteau en coteau.

— Pourquoi donc ai-je écouté ces deux hurluberlus ? En bas, tout a l’air parfaitement normal, pensait le rescapé qui ignorait encore son salut.

Quand tout à coup un déluge, de feu mêlé à des vapeurs de soufre embrasa la vallée. Une vague de flammes jaune orangé du plus bel effet déferlait comme une avalanche brûlante du haut vers le bas. La chaleur montait vers le ciel, et on pouvait la ressentir de l’abri où le neveu d’Abraham et ses filles s’étaient réfugiés. Des craquements sinistres se mêlaient aux cris des villageois. Quelques boules de feu s’échappaient des bergeries incendiées. C’étaient des moutons affolés qui tentaient vainement d’échapper à leur sort. Ils escaladaient les rochers abrupts pour chuter, incandescents, et finir un peu plus bas en méchoui trop cuit. Ce spectacle apocalyptique laissait augurer de ce que serait la fin du monde. À travers des fumées sombres, le soleil commençait à éclairer la scène. La végétation était la proie des flammes. L’incendie rongeait déjà les flancs des deux versants et progressait lentement comme une vague meurtrière à l’écume rougeoyante.

Loth et ses deux filles contemplaient ce spectacle mêlé d'horreur et de beauté, mais cette puissance destructrice n’inspirait au parent d’Abraham aucunement la phrase mémorable qui aurait pu immortaliser l'instant tragique et passer à la postérité. On se souvient que l'inventeur du judaïsme lors du pacte sacré conclu avec Dieu, en sacrifiant un morceau de sa chair sur l'autel de sa foi avait déclamé la phrase célèbre: "J'aurais dû aiguiser cette vieille serpette". Le neveu se contenta de dire:

— Et ben les gamines, il doit faire chaud en bas, on l'a échappé belle !



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Georges Ioannitis

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  Publié: 11 sept à 11:21
Modifié:  11 sept à 11:22 par Mawringhe
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Georges!

"Histoire pas très sérieuse", qui m'a bien fait sourire par l'emploi de tes expression !

Mais... histoire tout de même qui garde le fond de vérité sur la punition que Dieu envoya sur Sodome et Gomorrhe. Mené rondement, ludiquement, manière BD mais où tu apprends un peu d'histoire... tiens, d'ailleurs, tu devrais y songer ! ( à écrire des BD ! )

Un texte qui se lit avec aisance et beaucoup de plaisir surtout !

Merci Georges pour ce partage de ce "récit biblique" Made In Tychilios !



Mawr

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  Publié: 11 sept à 12:46 Citer     Aller en bas de page

Dès le titre, on comprend que cette histoire va être à prendre au second degré. Les interventions de l’auteur sous forme d’apartés sont drôles et inattendues et maintiennent le lecteur en haleine. Le mélange d’anachronismes (un peu à la manière de Queneau dans ‘’Les fleurs bleues’’) et d’un humour à la ‘’Hara-kiri’’ sur fond ‘’biblique’’ fonctionne parfaitement. Tu manies tout ça à merveille, et je me suis régalée avec cette histoire ! En la relisant plusieurs fois, je m’aperçois que je ris toujours autant, les effets comiques ne s’émoussent pas, signe que l’ensemble est très réussi. Merci Georges pour ce récit atypique... Et l’illustration est superbe. Lucie

 
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  Publié: 11 sept à 14:16
Modifié:  11 sept à 14:39 par Tychilios
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Merci, Mawringhe, pour ta visite, Il faut un certain courage pour se coltiner un texte aussi long sur un écran d’ordinateur. Tu as raison, malgré certaines libertés avec mes personnages j’ai gardé la trame biblique du récit. Tu parles d’illustration du texte, ce serait mon rêve. Mes petites nouvelles sont toutes écrites pour ne pas engendrer la mélancolie et je serais très heureux d’en tirer des B.D ou des récits illustrés.. Prends soin de toi, Georges.


Merci, Lucie, d'avoir fait l'effort de lire ce récit jusqu'au bout et d'en avoir tiré un commentaire si détaillé. Je suis content que ce texte t’ait amusée, c’était l’intention de départ. Je me suis arrêté avant l’histoire de l’inceste, trop difficile à traiter sur le ton de l’humour. G.I.

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doux18 Cet utilisateur est un membre privilège

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21 octobre
  Publié: 11 sept à 19:22 Citer     Aller en bas de page

Ex-ce-llent Georges !

Pour être honnête j'ai commencé à lire ton texte un peu à reculons, appréhendant sa longueur...

...mais dès le début tu m'as embarqué dans ton histoire avec beaucoup de brio, ton texte est fluide, enlevé, les dialogues s'intègrent parfaitement à la trame narrative. Et surtout c'est incomparablement drôle, d'un humour à la Pierre Desproges qui joue sur les mots et les sonorités, un humour qui se perd à l'ère du stand-up et de la vanne facile.

Je retiendrai tout particulièrement :

De là-haut, entre deux nuages, Dieu observait tout ça avec circonspection et un télescope hors de prix

— Ah, mais pas trop tout de même ? S’enquit Loth (qui avait pourtant gardé son caleçon.)

Angelo était ange à temps complet, joueur de castagnettes et tétrasyllabiste à temps partiel


Vraiment je rejoins Lucie et Mawr, ton texte est brillant de bout en bout, tourner en dérision un épisode biblique, et le faire sans vulgarité, avec un humour savamment dosé n'est pas chose aisée et tu y réussis parfaitement.

Les interventions de l'auteur sur son propre texte (notamment le passage sur les allitérations) créent une mise en abîme remarquable.

Ce texte est une perle que j'ajoute à mes favoris.
Merci

Bien amicalement,

Pierre-Emmanuel

 
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  Publié: 12 sept à 12:29 Citer     Aller en bas de page

Bonjour Pierre-Emmanuel

J’étais loin d’espérer avoir un troisième commentaire sur un texte aussi long, mais rien n’arrête les plus braves !! Je dois dire que je suis ravi par ta lecture, les détails que tu évoques montrent l’attention que tu as accordée à cette courte nouvelle tirée de la bible et par les cheveux. Tu as même remarqué mon ‘’s’enquit Loth’’ j’avais peur qu’il ne passe à la trappe. Tu as raison de dire qu’il y a du Desproges dans ce récit. Cet humour iconoclaste est aussi celui d’Hara-kiri, l’omniprésence du narrateur fait penser à Lemony Sniket etc … que des gens qui ne se prenaient pas trop au sérieux. Le tout j’espère donne un récit original et distrayant. Je n’ai pas l’habitude de me répandre en papouilles, mais je dois dire que tu fais partie des gens qui comptent ici (pour moi en tout cas). Alors, porte-toi bien et au plaisir de te lire, Georges.

  Il vaut mieux avoir raison seul que tort avec la foule.
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