Tanné de la publicité? Devenez un membre privilège et dites adieu aux bannières!

LPDP - Page d'accueil
Compte privilège
Nouveau compte
Activer un compte
Oublié mot de passe?
Renvoyer code d'activation
Poèmes populaires
Hasards de l'équipe
Poèmes de l'année
Publier un poème
Liste détaillée des sections
Poème au hasard
Poème au hasard avancé
Publications
Règlements
Liste des membres
Fils RSS
Foire aux questions
Contactez-nous
À Propos
::Poèmes::
Poèmes d'amour
Poèmes tristes
Poèmes d'amitié
Poèmes loufoques
Autres poèmes
Poèmes collectifs
Acrostiches
Poèmes par thèmes
::Textes::
Nouvelles littéraires
Contes d'horreur
Textes érotiques
Contes fantastiques
Lettres ouvertes
Citations personnelles & Formes courtes
Textes d'opinion
Théâtre & Scénario
::Discussions::
Nouvelles
Portrait sous vers
Vos parutions
De tout et de rien
Aide aux utilisateurs
Boîte à suggestions
Journal
Le coin de la technique
::Images::
Album photo

Membre : 0
Invités : 30
Invisible : 0
Total : 30
13208 membres inscrits

Montréal: 25 sept 00:25:07
Paris: 25 sept 06:25:07
::Sélection du thème::
Ciel d'automne
Lime trash
Soleil levant









LPDP :: Contes fantastiques :: La Dame en blanc (nouvelle version) vertical_align_bottom arrow_forward_ios

Page : [1] :: Répondre
Nicolas Reuge

Statut: Hors ligne
Visitez le site web de ce poète. Envoyez un message instantané à ce poète.
Statistiques de l'utilisateur
94 poèmes Liste
1037 commentaires
Membre depuis
27 octobre 2004
Dernière connexion
2 septembre
  Publié: 21 déc 2005 à 08:57
Modifié:  21 déc 2005 à 09:06 par Nicolas Reuge
Citer vertical_align_bottom

LA DAME EN BLANC


I


Pascal consulta une dernière fois ses e-mails et éteignit son PC. Il se dévêtit, enfila un caleçon un peu usé et se glissa dans son lit. Il relut quelques pages de "Connaissance par les gouffres" d’Henri Michaux, celles qu’il avait écornées. Puis, juste avant d’éteindre la lampe de chevet qui diffusait une lumière pâle et verdâtre, il avala le contenu d’une ampoule bleutée et mit des boules Quies. Quelques minutes plus tard, il sombra dans un profond sommeil.

_____________ _ _ _ _ _ _ _____________


Alan marchait d’un bon pas. Il était au cœur de la grande forêt de Lambrac, là où peu osaient s’aventurer seuls. Il connaissait les histoires terrifiantes qu’on racontait sur ces lieux peuplés d’esprits et de créatures maléfiques. Pourtant, il n’était pas le premier de son village à tenter cette traversée et rien de fâcheux n’était arrivé à ses prédécesseurs, dans un passé récent tout du moins. Aucune manifestation surnaturelle n’avait entravé leur route, seule une impression de malaise les avait tenaillés au plus profond de leur être, mais ils n’auraient su la définir et en expliquer la cause avec certitude. Peut-être était-ce l’effet combiné des légendes et de l’isolement dans la forêt épaisse et profonde. Alan ne ressentait rien de tel, il était concentré sur sa mission et il devait faire vite : sa sœur, Flore, était souffrante et attendait qu’on lui apportât un remède. La science du druide du village était restée impuissante devant sa fièvre rebelle et Alan avait dû se rendre chez Sylvestre, le guérisseur le plus renommé de la contrée, dans l’espoir que celui-ci lui fournirait un remède efficace. Sylvestre, à la fois druide et mage, résidait de l’autre côté de la grande forêt et avait fort à faire dans son secteur. Il reçut pourtant Alan avec grande hospitalité, et, après que ce dernier lui eut détaillé les symptômes que présentait sa sœur, il lui remis une décoction qui, espérait-il, pourrait aider à la guérir.
Alors que le soleil d’été approchait du zénith, il faisait sombre, frais et humide au cœur de la forêt. Mais ce lieu n’était nullement lugubre, il grouillait de vie. Les oiseaux s’époumonaient en chœur et les insectes tournoyaient, dansaient en cadence sur cette symphonie organique. De temps à autre, un moustique ou un taon allait festoyer sur la peau goûteuse du voyageur. Alan avait mal aux pieds, depuis longtemps il marchait sur ses ampoules. Il longeait le cours d’un ruisseau qu’il avait déjà suivi dans l’autre sens à l’aller. La forêt était légèrement moins dense à cet endroit, de nombreuses taches de lumière baignaient le cours d’eau et ses berges herbeuses. Des libellules rasaient la surface de l’eau, tantôt immobiles, tantôt se déplaçant à toute vitesse. Certaines, posées sur des herbes ou carrément en vol, formaient, en s’accouplant, des cœurs aux reflets métalliques bleus, verts et bruns. Tout en maintenant un bon rythme, Alan contemplait le spectacle.
C’est alors qu’une prodigieuse créature vint à sa rencontre : un gigantesque papillon aux ailes blanches ivoire parcourues de marbrures bleu-vert. Il n’avait jamais vu un spécimen d’une telle taille, chacune de ses quatre ailes était aussi grande que sa main ! Mais la rencontre fut brève et l’insecte se détourna du ruisseau pour s’enfoncer dans les profondeurs de la forêt, comme s’il avait craint que le regard du jeune homme ne souillât sa beauté délicate. Alan, comme hypnotisé, décida de se détourner de son chemin pour le suivre, « Juste un peu, pas trop loin quand-même » se dit-il …
Après quelques minutes de poursuite, le papillon continuait à virevolter à bonne distance devant lui. Soudain, la lumière du soleil inonda ses ailes et sa blancheur éclatante éblouit le jeune homme : l’insecte géant avait pénétré dans une clairière.

Il se posa sur une fleur de pissenlit d’un beau jaune-orangé qui avait peine à soutenir son poids. Alan, dissimulé dans l’ombre de la forêt, s’immobilisa et observa la scène : le bord arrière de ses ailes se dessinait en une succession d’échancrures arrondies. Il déroula sa trompe et s’apprêta à la plonger au cœur de la fleur. Mais la tige de celle-ci ploya sous le poids de l’insecte géant et la scène qui suivit ne fut pas des plus gracieuses. Quelques instant plus tard, le papillon avait reprit son vol et continuait à papillonner et à butiner tant bien que mal de ci de là. Alan jugea sa curiosité satisfaite et cessa la poursuite. Ayant marché sans interruption depuis l’aurore, il jugea opportun de faire une pause ici-même, ravi de pouvoir retrouver le grand jour en cet espace découvert. Il fit quelques pas pour rejoindre le bord de la clairière qui se dévoila entière à ses yeux, puis il s’arrêta net : il n’était pas seul ici …

La clairière s’étendait sur une longueur d’une centaine de coudées environ . Un tapis d’herbe la recouvrait entièrement, et, malgré les rigueurs du plein été, il était d’un vert presque éblouissant, tel celui des premières touffes qui annoncent le début du printemps. D’innombrables fleurs multicolores étaient parsemées sur la moquette herbeuse, mais le bleu l’emportait. Au centre, un immense pommier se dressait. L’arbre était encore en fleurs, des fleurs d’un blanc rosé. A proximité, sur la gauche, s’étendait une mare. Sur la droite, vers l’arrière, se dressait une maisonnette en bois. Près de la mare et à l’ombre du pommier, dans un lit de verdure, une femme vêtue d’une fine chemise blanche était assise, elle jouait d’une petite harpe. Une mésange, posée sur le sommet de l’instrument, l’accompagnait.
Alan fit discrètement quelques pas en arrière pour se dissimuler dans la pénombre de la forêt. Il osait à peine respirer. Il était tout à la fois complètement ahuri, subjugué par la beauté de cette femme dont il pouvait discerner les formes et imaginer la grâce, envoûté par la musique et terrifié. Les légendes qu’on lui avait conté sur la forêt de Lambrac revinrent à son esprit et il ne pouvait s’empêcher de penser qu’il s’agissait là d’une manifestation surnaturelle. D’ailleurs, tout en ce lieu paraissait surnaturel, comme tout droit sorti d’un conte de fée … et la fée jouait paisiblement à l’ombre du pommier.
C’est donc un sentiment d’angoisse qui dominait dans ses pensées, et, s’il n’était là à l’observer que depuis quelques instants, cela lui parut une éternité. Puis, voyant qu’il ne se passait rien, il retrouva un peu de sérénité. Il reprit alors conscience de l’urgence de sa mission. Notre jeune homme, fier de son sens du devoir et de l’amour qu’il portait à sa sœur, revint donc sur ses pas, le plus discrètement du monde, aussi discrètement qu’un chat qui avance lentement et incognito vers sa proie encore trop loin pour la saisir d’un bon. Une fois qu’il fut à bonne distance de la clairière, il accéléra progressivement le pas. Parvenu au voisinage du ruisseau, il cessa de courir mais poursuivit sa route à un rythme très soutenu. Il en avait complètement oublié la pause qu’il était prêt à s’accorder.


II


Non loin de la lisière de Lambrac, le village nommé Arpin fondait sous un soleil de plomb. La plupart des habitants, animaux domestiques et humains, étaient terrés dans les maisons en terre cuite et aux toits de paille : on y ressentait encore un semblant de fraîcheur. Pour un début d’après-midi, il régnait au village un silence presque irréel. Seuls les piaillements de quelques enfants qui barbotaient dans la rivière le rompaient de temps à autre. Dans la maison la plus proche de la forêt, une jeune fille était alitée et gémissait. Elle avait une forte fièvre et la chaleur lui était d’autant plus insupportable. Ses longs cheveux châtains étaient trempés de sueur. Elle avait peine à s’alimenter et son petit corps s’était beaucoup amaigri. Mais son visage, bien que marqué par la souffrance, gardait un air innocent et enfantin avec son petit nez en trompette. Ses parents, morts d’inquiétude, semblaient avoir pris dix ans en quelques jours. Mais leurs yeux reprirent vie quand ils virent la silhouette sombre d’Alan se dessiner dans l’embrasure de la porte.
Les retrouvailles furent brèves et on se hâta de donner à boire à Flore la décoction préparée par le grand druide. Or, quelques minutes plus tard, elle souffrait encore d’avantage … Elle avait maintenant le sentiment que c’en était fini, que rien ne pourrait plus la sauver. Alan ne s’en inquiéta pas outre mesure, car il se rappelait les paroles de Sylvestre :
« Juste après l’absorption du breuvage, il est possible que votre sœur se sente plus mal encore. En ce cas, dites vous bien qu’il s’agit là une réaction tout à fait normale de son corps et une preuve de l’efficacité du remède. Une amélioration notable de son état ne pourra être constatée qu’au moins une journée plus tard. Et la guérison sera lente, soyez patient. J’espère qu’elle guérira, mais cela je ne peux vous le garantir. Soyez courageux mon ami. »
Le lendemain, Flore était moins pâle et se sentait mieux. Au soir, elle eut même la force de se lever et de manger un peu de soupe aux orties. On respirait dans la chaumière. Une demi-lune plus tard, sa fièvre avait disparu et la jeune fille n’était plus alitée, sa guérison semblait se confirmer davantage de jour en jour. Peu à peu, chacun retournait vaquer à ses occupations et à ses corvées.

Alan s’était remis à ses ouvrages de menuiserie. Mais la chaleur rendait la tâche difficile et de toute façon le cœur n’y était pas. Au fur et à mesure que ses craintes concernant l’état de santé de sa sœur s’estompaient, la rencontre extraordinaire qu’il avait faite en plein cœur de la forêt accaparait toujours davantage ses pensées. Qui était cette femme vêtue de blanc ? Etait-elle réellement une fée ? Si tel était le cas, il n’avait rien à craindre d’elle ! Il commença à éprouver un peu de honte pour avoir été à ce point apeuré et même terrifié devant cette scène merveilleuse. C’est maintenant toute sa magie qui l’obsédait. De toute sa vie, il n’avait rien vu d’aussi extraordinaire et d’aussi beau ! Puis une vague d’angoisse le saisit : ce pouvait aussi bien être une créature maléfique qui attirait ses victimes en prenant l’apparence d’une fée … Dans ce cas, sa peur avait été salutaire. Il pesait le pour et le contre, puis il se résolut finalement à écouter le fond de son cœur qui lui murmurait :
« Le mal ne peut engendrer un tel enchantement. »

Le lendemain soir, Alan s’était invité chez l’ancien. L’ancien était un vieillard vraiment très ancien, et ce depuis bien longtemps. Vous savez, celui qu’on retrouve dans tous les contes. Nul ne connaissait mieux que lui l’histoire de la contrée et il avait toujours plein d’anecdotes croustillantes à raconter. Alan espérait en apprendre davantage sur la forêt et ses mystères…
Mais l’ancien raconta des histoires de lutins, de farfadets et de gobelins, de magiciens et de sorciers qu’Alan avait déjà entendu mille fois. A vrai dire, il se demandait si ces histoires ne trouvaient pas davantage leur source dans l’imagination autrefois fertile du vieil homme que dans la réalité. Par courtoisie, il fit mine d’être captivé par tous ces récits un peu usés, puis, alors qu’il se faisait tard et que l’ancien commençait à être un peu à court de propos, il lui demanda :
- A-t-on déjà rencontré de mystérieuses femmes vêtues de blanc dans la forêt ?
- Pas que je sache, répondit l’ancien un peu surpris.
Puis le visage du vieil homme s’éclaira :
- Cela me revient à présent. Il existe des contes évoquant l’apparition de dames blanches … pas dans notre forêt toutefois.
- Et que disaient-ils ?
- Les dames blanches sont des défuntes qui reviennent à l’état de fantômes sur les lieux même où elles avaient vécu. Elles sont messagères de drames et de malheurs. Voilà tout ce dont je me souviens, fit-il en bâillant.
Alan comprit qu’il n’en apprendrait pas davantage ce soir là et prit congé de l’ancien qu’il remercia vivement.

Il doutait que la créature qu’il avait vu au cœur de Lambrac correspondît aux dames blanches qu’avait évoqué le vieil homme. Ce n’était pas un fantôme mais bien une femme en chair et en os. Il était résolu à retourner à sa rencontre.
Il avait un prétexte en fer forgé qui justifierait un nouveau voyage à travers la forêt : Sylvestre lui avait demandé, au cas où il aurait l’occasion de revenir, de bien vouloir lui rapporter diverses herbes, feuilles et racines qui abondaient aux alentours d’Arpin mais qui se faisaient rares de l’autre côté de Lambrac. Il lui devait bien ça ! Et ainsi qu’il le pensait, ses proches acquiescèrent.


III


Trois lunes plus tard, Alan était donc reparti pour une nouvelle traversée de la forêt. Si les premiers signes de l’automne se manifestaient – quelques feuilles commençant à jaunir, l’humidité du sous-bois, l’abondance des champignons – il faisait encore fort bon. Après deux journées de marche, il était en plein cœur de Lambrac. Il retrouva sans peine le chemin de la clairière et arriva à proximité alors que tombait le crépuscule. Il s’approcha tout doucement en rampant. Il n’entendait aucune musique et le silence environnant était pesant : il avait l’impression de faire un bruit d’enfer en avançant … En fait, il aurait voulu pouvoir s’enfoncer dans le sol comme un ver de terre. Il arriva finalement en vue de la clairière, son cœur battant à tout rompre. Le pommier et la maisonnette étaient toujours là, sombres et grisâtres, et au-dessus le ciel avait pris une teinte rouge-orangé. Mais nulle âme qui vive. Il resta là sans plus bouger et continua son observation. Alors que les dernières lueurs crépusculaires s’effaçaient derrière le rideau de la nuit, une ombre blanche surgit soudain hors de la forêt où l’obscurité était déjà tombée. A bonne distance de lui, sur la droite, Alan la vit se déplacer sans bruit et se diriger vers la maisonnette, où elle pénétra. Il entendit une porte se refermer derrière elle, et, quelques instants plus tard, il aperçut une lumière jaune à travers la petite fenêtre. Puis, alors que des milliers d’étoiles s’allumaient dans le ciel, la lumière jaune s’éteignit et l’obscurité envahit la clairière.
Alan attendit encore un peu, à plat ventre dans les fougères, la tête levée. Puis, la brume montant du sol, le froid et l’humidité commençant à le saisir, il se dit qu’il n’y aurait plus rien d’intéressant à voir à présent. Il songeait à se replier et à trouver un endroit sûr pour passer la nuit quand il entendit des bruits de pas s’avançant juste derrière lui. Promptement, il se releva tout en se retournant. Une créature haute comme trois pommes se tenait là, à quelques coudées, et le regardait. Elle diffusait une légère lumière bleutée et avait des petits yeux verts tout ronds. Elle ne paraissait pas malveillante. Alan, bredouilla :
- Qui … qui êtes-vous ?
- Je me nomme Séraphin.
- Vous êtes un lutin, n’est-ce pas ?
- C’est comme cela que vous autres me nommez, répondit-il. Détendez-vous, je ne vous veux aucun mal.
- Dieu merci. Euh … dites-moi, qui est cette femme vêtue de blanc ? Une fée ?
- Elle n’est pas.
- Quoi ?
- Elle n’est pas des nôtres. Passez votre chemin et poursuivez votre voyage, vous êtes en grand danger ici.
Puis la lumière bleue s’assombrit et la créature s’éclipsa dans la brume. Alan tenta de la rappeler mais sans succès. Il marcha à tâtons dans l’obscurité profonde de la forêt en s’aidant d’un bâton. Quand il jugea qu’il se fut suffisamment éloigné de la clairière, il ouvrit son paquetage, en retira un grand sac en peau de sanglier, l’étala sur le sol et s’introduisit à l’intérieur.

Il se réveilla à l’aube. Il avait peu dormi mais n’était pas fatigué. Il émergea de son sac de peau et ressentit toute la fraîcheur et l’humidité. Il avait le ventre creux et se hâta de manger un morceau de pain avec du miel. Il replia son couchage, refit son paquetage et se dirigea dans la direction du ruisseau dont il pouvait entendre les clapotis. Il trempa ses mains dans l’eau courante, frissonna et se nettoya le visage. Il devait maintenant décider de ce qu’il allait faire. La veille, avant de s’endormir, il était plutôt angoissé et s’était finalement résolu à tenir compte de l’avertissement du lutin. Mais son humeur avait manifestement changé durant son sommeil, il se sentait confiant et téméraire ce matin. Il continua à réfléchir tout en observant la pénombre environnante se dissiper peu à peu, à mesure que le soleil invisible s’élevait. Les coins de ciel qu’il pouvait apercevoir étaient bleus pâle, la journée serait belle.

L’heure était bien avancée dans la matinée et Alan, camouflé dans les fougères, épiait à nouveau la clairière. Le soleil commençait à poindre au-dessus des arbres et, en quelques minutes, la clairière fut inondée de lumière. Ici, la nature avait peu changé depuis son dernier voyage, comme si l’été devait s’y prolonger indéfiniment. Toutefois, le pommier était à présent chargé de pommes rouges et vertes. L’eau dorée de la mare scintillait. Alan tressaillit : la porte de la maison de bois s’ouvrit et la jeune femme, resplendissante, en sorti. Elle vint s’agenouiller près de la mare et, à l’aide d’un peigne de cristal, arrangea sa chevelure dorée en se mirant dans l’eau. Puis elle prit sa harpe dorée, s’assit au soleil, et commença à jouer. Alan était ensorcelé : par cette musique, une mélodie qu’il n’avait jamais entendu auparavant, par ce qu’il pouvait deviner des formes et du charme de cette femme ou de cette fée vêtue de blanc et par le tableau dans son ensemble qui portait une beauté presque irréelle.
Elle ne semblait pas avoir remarqué sa présence. Alan ne put patienter et résister plus longtemps, il se releva et se dirigea lentement vers la merveilleuse créature. Alors qu’il avait franchi une bonne moitié de la distance qui les séparait, elle cessa de jouer et regarda dans sa direction. Aussitôt, Alan perdit son enchantement bien malgré lui et commença à paniquer. Il vit les yeux de la fée s’illuminer de rouge, tels deux étoiles scintillantes, et il sentit une violente brûlure envahir sa poitrine. Il disparut dans un nuage de fumée bleutée …


IV


Depuis midi, le ciel s’était couvert et un vent d’ouest soufflait. Les arbres s’agitaient et bruissaient. Au pied d’un grand chêne, un jeune homme était allongé, endormi. Vers le milieu de l’après-midi, Alan s’éveilla, avec un gros mal de crâne. Il mit un certain temps à reprendre conscience et ne parvint pas à recomposer le fil des évènements qui suivirent le début de sa tentative d’approche … Il était manifestement tombé dans les pommes. Mais en se redressant, une légère douleur à la poitrine suffit à lui rafraîchir la mémoire : la rupture de l’enchantement, un sentiment d’effroi intense, le regard perçant de la fée et puis plus rien, le gouffre de l’inconscience. Il regarda autour de lui : son paquetage était là, juste à côté, et il se trouvait à quelques coudées du ruisseau. Il se leva avec difficulté, et, un peu chancelant et affolé, il reprit sa marche à travers la forêt sans demander son reste.
A la tombée du jour, il était épuisé. Mais ayant parcouru une bonne distance, il était plus serein. Il lui resterait deux journées de marche à travers Lambrac pour arriver chez Sylvestre.

Ceci fut fait sans encombre. Alors qu’Alan arrivait en vue de la maison du vieux druide, le vent soufflait fort et la pluie tombait abondamment. Alan frappa à la porte. Le druide se hâta d’aller lui ouvrir et le pria d’entrer. Comme il se doit, Sylvestre portait une grande barbe blanche. Il était vêtu d’une longue robe marron avec une corde nouée à la taille. Il tenait un long bâton grisâtre et à son sommet était fixé un globe de verre dans lequel tournoyait un nuage de fumée bleutée.
- Entrez jeune homme, entrez donc, venez vous mettre à l’abri et vous réchauffer.
- Merci Sylvestre, merci pour votre hospitalité.
- C’est bien naturel voyons ! Que me vaut le plaisir de votre visite ?
- Je suis venu vous apporter diverses herbes, feuilles et racines dont vous m’aviez parlé lors de notre dernière rencontre.
- Oh ! C’est vraiment très gentil à vous ! Mais … il n’y avait pas urgence vous savez.
- Je vous devais bien ça, ma sœur a guéri grâce à votre remède. Nous ne pourrons jamais assez vous remercier.
- Eh bien ! je suis ravi d’apprendre cette nouvelle. En aucun cas vous ne m’êtes redevable, louez plutôt l’art médicinal de nos ancêtres.
- Ah ! Sylvestre, vous êtes trop modeste.
- Venez donc vous sécher au coin du feu, nous allons manger un morceau.
Alan était affamé. C’est donc avec voracité qu’il engloutit le pot-au-feu de sanglier et qu’il but de la cervoise locale, tout en discutant avec le druide. Il n’osa lui parler de ses aventures au cœur de Lambrac. Il fut un instant sur le point de le faire et vit une étincelle briller dans les yeux du vieil homme. Mais la peur d’être désapprouvé le retint. Sylvestre prépara pour Alan un couchage bien moelleux près de la cheminée. Le jeune homme ne se fit pas prier et plongea bien vite dans un profond sommeil, nullement dérangé par le sifflement du vent qui se faisait de plus en plus fort dans l’âtre : une tempête d’équinoxe se préparait.

Au cœur de la nuit, les arbres de Lambrac étaient malmenés sous les violentes rafales de vent. Toute âme qui vive était terrée ou camouflée dans quelque anfractuosité. Pourtant, sur une branche de pommier, à proximité d’une petite maison de bois, se tenait Séraphin le lutin, tout illuminé de bleu. Jouait-il à un numéro d’équilibriste ? Soudain, un grand craquement retentit … Mais le hurlement du vent reprit bientôt ses droits.


V


Peu avant l’aube, alors que la tempête s’était calmée, deux personnages étaient en pleine conversation à l’orée de la grande forêt. L’un était grand et l’autre tout petit. C’était Sylvestre et Séraphin qui se parlaient dans la langue des lutins.

Il était déjà presque midi quand Alan se leva. Il était seul. Ses vêtements étaient étendus devant la cheminée. Ils avaient été lavés et étaient déjà presque secs. Il les saisit et se vêtit. Quelques instants plus tard, le vieux druide pénétra dans la maison avec un paquet de victuailles sous le bras. Les deux hommes se mirent à table, mangèrent des champignons cueillit de bon matin et burent une tisane tonifiante. Ensuite, ils se rendirent à un village voisin où un vieil homme malade avait besoin de soins. Sur le chemin du retour, Alan décida qu’il pouvait se confier sans crainte au vieux druide, puissant mais si humain. Il lui raconta tout : sa mystérieuse découverte de la dame en blanc au cœur de la forêt, la rencontre du lutin, sa tentative d’approche et sa perte de connaissance. Sylvestre était extrêmement intéressé par ses propos, il le questionna sur les moindres détails de son récit. Puis, alors qu’Alan en avait terminé, il lui confia :
- Je connais la forêt comme ma poche, vous savez, et pourtant je n’ai jamais rencontré cette mystérieuse femme …
- On dit même que vous êtes le gardien de Lambrac.
- Hé hé ! La forêt n’a pas de gardien, disons que je veille sur les lieux. Je ne me suis pas rendu dans cette clairière dernièrement.
- Et le lutin ?
- Séraphin ! Oui, je le connais bien ! C’est une noble créature, un esprit farceur mais bienveillant. S’il s’est montré à vous, c’est qu’il était bien disposé à votre égard et sans doute très inquiet pour votre sort. Vous auriez dû écouter son conseil et passer votre chemin, il aurait pu vous arriver grand malheur …
Alan baissa les yeux, puis reprit :
- La tentation était si grande et l’enchantement si puissant !
- Certes, et je pense que j’aurais agi de même … hum … à votre âge je veux dire, avec toute l’intrépidité et l’inexpérience qui le caractérise.
- Et maintenant qu’allons-nous faire ?
- Y retourner parbleu ! Il faut tirer au clair ce mystère ! Mais avec grande prudence et à l’écoute des esprits de la forêt.


VI


Ils partirent le lendemain dès l’aube. Sylvestre avait prit sa mule, elle portait les paquetages et les deux voyageurs à tour de rôle. En chemin, le druide apprit à Alan une foule de choses intéressantes sur la forêt : les essences et plantes rares et utiles à l’art du guérisseur, des sentiers que le jeune homme ne connaissait pas, les endroits propices à l’apparition des esprits, les lieux fréquentables et ceux à éviter, etc. … Alan lui confia qu’il aimerait bien devenir druide … et mage également, pourquoi pas ? Sylvestre rétorqua qu’on ne pouvait décider de devenir magicien, « Cela est une mission qui vous est confiée » lui dit-il, et avec ironie :
« Mais si vous devenez un bon druide, vous avez toutes vos chances. »
Puis, plus sérieusement :
« je suis persuadé que vous avez toutes les qualités requises pour devenir un bon druide. »

Après deux jours de marche, ils parvinrent au cœur de Lambrac. C’était la fin de l’après-midi, le ciel était très couvert et il faisait déjà presque nuit dans la forêt. Sylvestre fit halte au pied d’un grand chêne, celui là même au pied duquel Alan s’était réveillé il y a sept jours, et il murmura quelques mots à l’oreille de sa mule. Puis il dit à voix basse :
- Laissons la mule ici et dirigeons-nous à présent vers cette fameuse clairière, le plus discrètement du monde évidemment.
- Très bien, répondit Alan. Avec vous je me sens en sécurité.
- Vous ne devriez peut-être pas … marchez derrière-moi et cessons de parler.

Les deux hommes progressaient lentement, une quasi-obscurité les enveloppait. Un profond silence régnait sur les lieux. Parvenu sans encombre à proximité de la clairière, Sylvestre s’arrêta et murmura à l’oreille d’Alan : « je vais tenter une approche, restez là et attendez-moi. S’il m’arrivait malheur, sauvez-vous ! » Ce dernier acquiesça. Alan devina la sombre silhouette de Sylvestre progresser sans bruit devant la faible lueur provenant de l’orée de la clairière. Puis il ne vit plus que la lueur. Il attendit, un peu angoissé …

… Le temps passait et Alan commençait à s’impatienter. Aucun signe du mage, aucun bruit. Il était sur le point de s’approcher de la clairière, quand, sur sa gauche, une lumière attira son attention. Deux yeux rouges brillaient dans l’obscurité ! Il sentit son cœur bondir de terreur et se précipita dans l’autre direction tout en se cognant contre des branches. De toute ses forces il cria :
« Sylvestre, à moi, à moi ! A l’aide !!! »
Il poursuivit sa course effrénée, puis, subitement, les deux yeux rouges se trouvèrent à nouveau devant lui. Il obliqua sur la gauche et se dirigea vers la clairière, continuant à appeler à l’aide. Il trébucha sur des racines et s’aplatit à terre. Il se releva, haletant, continua sa course et franchit l’orée de la clairière. Il vit alors Sylvestre qui venait à sa rencontre en courant. Il se rejoignirent finalement et firent face à l’orée de la forêt. Sylvestre tenait son bâton pointé dans cette direction. Il attendirent …
… mais pas l’ombre d’une ombre n’en sortit. Soudain, un petit rire moqueur retentit derrière eux. Ils se retournèrent prestement. A quelques coudées se tenait la petite silhouette bleutée de Séraphin … Il avait les yeux rouges. Il se tue, mais un large sourire se dessinait toujours sur son visage. Ses yeux virèrent au vert. Sylvestre respira, puis déclara d’un ton sévère en hochant la tête :
- Séraphin … cela vous amuse ?
- Oui ! fit-il.
- Eh bien pas moi !
- Oups ! C’est plus fort que moi, vous le savez bien. Et il reprit son fou rire de plus belle.
- Venez Alan, dit Sylvestre, il n’y a rien à craindre.
Alan comprit qu’il avait été le jouet d’une farce du lutin. Et il commençait à se demander si toute cette affaire n’était pas qu’une farce pure et simple depuis le début … Et puis non, quelque chose au fond de son cœur lui disait que non.
La nuit était tombée. Sylvestre leva son bâton. La sphère fixée à son extrémité émit une lumière bleutée et le voisinage s’éclaircit. Il se dirigea vers le centre de la clairière où se dressait la masse noirâtre du pommier. Alan le suivit timidement. Ils arrivèrent en vue de la maisonnette en bois ou plutôt de ce qu’il en restait : deux pans de mur encore debout. Visiblement, la chute d’une énorme branche du pommier avait provoqué son effondrement.
- La tempête a fait des siennes, dit Alan.
- En effet, dit Sylvestre, mais avec l’aide décisive de Séraphin. Approchons-nous, vous n’allez pas en croire vos yeux.
Sylvestre franchit ce qui avait été le seuil de la maisonnette et inclina l’extrémité luminescente de son bâton. Alan vit alors un corps inerte qui gisait sur le sol et dont la tête avait été en partie écrasé par la branche. Il reconnut la créature vêtue de blanc. Par pur réflexe, il eut un haut le cœur. Mais nul sang n’était visible et nulle odeur perceptible.

A l’intérieur du crâne fracassé, un homme de notre temps aurait immédiatement reconnu un concentré de technologie : circuits électroniques, microprocesseurs, bobines, pièces métalliques, rotules derrières les globes oculaires, dispositif laser au niveau des yeux, vérins de part et d’autre de la mâchoire, etc. … Je ne sais ce qu’Alan et Sylvestre en pensèrent exactement, mais ils étaient, et c’est peu dire, littéralement médusés. Sylvestre approcha le sommet de son bâton près de la poitrine de la défunte et fendit son corps en deux dans un nuage de fumée bleue. Les deux hommes se penchèrent et examinèrent l’intérieur du corps : ce qu’ils y virent était un amas de pièces métalliques et de plaques colorées, tout à fait similaires à ce que contenait le crâne …


VII


A présent, la nuit était noire et sans étoiles. Alan et Sylvestre avaient quitté les lieux du drame et se dirigeaient vers le grand chêne, où la mule prenait racine. Toujours ahuris par leur découverte, ils cherchaient à comprendre …
- Qu’en pensez-vous ? Demanda Alan.
- Je ne sais pas, répondit Sylvestre. Cela me dépasse.
- Je n’ai jamais rien vu de tel.
- Moi non plus ! En tous cas, c’est quelque chose de tout à fait étranger … étranger à notre monde.
- Il y a d’autres mondes ?
- Comment le saurais-je ? Je le suppose …
Ils restèrent pensifs quelques instants, puis Alan reprit :
- C’était une femme pourtant. Elle en avait tout du moins l’apparence.
- Oui, elle en avait l’apparence. Mais après réflexion, je doute qu’elle présentât quelque chose de réellement humain ou même de vivant, hormis l’apparence. Ce sont les propos de Séraphin qui m’invitent à tirer cette conclusion.
- Et que vous a-t-il dit ?
- La même chose qu’à vous : « Elle n’est pas. »
- Elle n’est pas … murmura Alan.
- Et s’il a jugé utile de précipiter la branche de pommier sur cette … chose, lors de la tempête d’équinoxe, c’est qu’elle représentait un grand danger et méritait d’être détruite. J’ai toute confiance en la sagesse du petit peuple de la forêt.

Les deux hommes arrivèrent à destination et s’installèrent au pied du grand chêne. Ils firent un feu, mangèrent du poisson séché et quelques pommes qu’Alan avait ramassé dans la clairière, de vraies pommes … Il poursuivirent un bon moment la discussion, cherchèrent des raisons à la présence de cette étrange voire étrangère créature au sein de leur bonne vieille forêt, mais n’en trouvèrent point de convaincante. Enfin, il se roulèrent dans leurs peaux de sanglier et finirent par s’endormir.

Ils se réveillèrent à l’aube, grise et brumeuse. Silencieux, ils retournèrent à la clairière pour s’acquitter d’une ultime tâche : l’inhumation du défunt. Il enterrèrent les morceaux du corps ainsi que la harpe au pied du pommier. Sylvestre se permit de conserver quelques reliques du corps cybernétique pour une analyse ultérieure. Ils se recueillirent quelques instants, sans grande conviction. Enfin, vint le moment des adieux. Alan demanda à Sylvestre s’il pourrait venir lui rendre à nouveau visite à la belle saison. Ce dernier répondit que cela lui ferait grand plaisir et qu’il serait ravi de l’initier à la tradition et à la magie druidiques. Puis les deux hommes se séparèrent et chacun se dirigea vers son village.


VIII


Les couleurs ocres de l’automne et la blancheur de l’hiver parurent bien mornes à un Alan assez abattu et atteint par l’ennui. Toute l’excitation et l’enchantement qui l’avaient saisi entre ses deux voyages à travers la forêt avaient éclaté comme une bulle de savon . Toutefois, il était heureux de s’être lié d’amitié avec le grand druide et d’avoir rencontré un lutin, deux personnages vraiment hors du commun. Il se raccrocha à cela et à son sentiment d’avoir pénétré un peu dans les mystères d’un monde invisible pour la plupart de ses contemporains. En fait, sa lassitude le porta à l’introspection et à une soif encore plus vitale de compréhension du monde.

Avec le début du printemps, Alan alla mieux. Il avait l’impression d’avoir mûri. Alors qu’il revenait d’une partie de pêche, bredouille, il croisa une jeune fille du village qu’il trouvait fort séduisante. Il aimait son sourire et son petit nez en trompette lui rappelait celui de sa sœur. Pour la première fois, elle soutint le regard d’Alan : des étincelles brillaient dans ses yeux bleus …

A ce stade, le lecteur (je parle de toi à la 3ème personne du singulier), qui ne s’est pas encore endormi (du moins je l’espère), est resté sur sa faim et veut savoir le fin du fin de l’histoire. Il veut tout comprendre, il l’exige même. Pour tout dire, nous, je parle de moi à la 1ère personne du pluriel, nous n’en savons pas plus que lui … mais soit ! Nous, allons essayer de lui donner satisfaction.
Imaginons qu’à l’aube du XXIIe siècle, l’homme réalise une fantastique découverte scientifique qui lui donne la possibilité de voyager dans le passé. Les historiens en retirent évidemment un très grand bénéfice, l’histoire devient une science vérifiable par l’expérience. Un laboratoire d’historiens européens décide alors d’envoyer un robot au cœur de la Gaule celtique, mettons vers le IVe siècle avant J .-C., pour étudier le processus de formation des mythes. Ce robot est fabriqué et programmé de manière à porter des attributs comparables à ceux des mythiques sirènes : un pouvoir d’enchantement par la beauté et le chant et un pouvoir de destruction de ses proies. Il va sans dire que l’expérience décrite dans ce conte fut un fiasco total.
Toutefois, le lecteur bien informé du point de vue scientifique ne sera pas satisfait par cette explication parce qu’il paraît extrêmement peu plausible que le voyage dans le passé soit possible. En effet, si on suppose qu’il l’est, on est irrémédiablement confronté à des paradoxes temporels insurmontables (cf. paradoxe du grand-père), sauf à considérer l’existence d’univers multiples (multivers d’Everett), ce qui semble pour le moins assez farfelu. Enfin … il ne faut jurer de rien.
On remplacera donc le laboratoire d’historiens européens par un laboratoire d’extraterrestres vivant à la même époque que les Gaulois et intéressés par leur civilisation. Nous avons même imaginé une autre explication qui satisferait tout à fait le lecteur à l’esprit purement rationnel et qui a le mérite de ne pas faire appel à l’extraterrestre qu’on sort du chapeau. Mais nous lui demanderons de bien vouloir patienter quelques instants.
En attendant, revenons à ce qui nous intéresse vraiment.


_____________ _ _ _ _ _ _ _____________


Pascal émergea lentement des profondeurs de son sommeil artificiel. Il resta bien une heure dans un état de semi-conscience. Puis, plus par automatisme que par sa volonté propre, il finit par enlever ses bouchons d’oreilles. Ce fut alors comme une cascade de bruits divers qui parvinrent à ses tympans engourdis : gargouillements de chasses d’eau, claquements de portes, cliquetis de serrures, bruits de pas dans la cage d’escalier et vrombissements de moteurs. Un réveil matin en puissance … Il se leva et, d’un pas lourd, se dirigea droit vers la cuisine pour mettre en marche la cafetière. Il ouvrit le store. Les masses de béton grisâtres des immeubles voisins étaient en parfaite harmonie avec la couleur du ciel. Quelques arbres en fleurs indiquaient toutefois que c’était bien le début du printemps. Sur un panneau publicitaire, une femme toute souriante se maquillait et vantait les vertus d’un antidépresseur en disant :
« Reprenez goût à la vie. »
Il avala deux comprimés avec un verre d’eau. Le café ne coulait toujours pas … Il vérifia la prise : elle était débranchée. Pourtant, il ne se souvenait pas de l’avoir débranché récemment.
Finalement, il sirota son café avec un biscuit au chocolat. Puis il alluma son PC et consulta ses e-mails : que du spam … Il prit ensuite une douche pour se réveiller vraiment et commença à méditer devant son écran d’ordinateur.

En fait, il avait expérimenté une substance chimique censée favoriser le retour à la mémoire des vies antérieures. L’anamnésic, c’est ainsi qu’on l’appelait, avait été découverte récemment et un peu par hasard par un laboratoire pharmaceutique chinois qui travaillait sur les psychotropes. La nouvelle molécule n’avait pas été commercialisée car elle n’avait pas montré d’effets thérapeutiques évidents. Mais une rumeur selon laquelle elle permettait à certaines personnes d’avoir accès à leurs vies antérieures avait circulé et sa formule chimique avait suivi la rumeur. On pouvait maintenant s’en procurer assez facilement. Pascal était un écrivain toujours avide de nouvelles expériences mais il était plutôt sceptique sur les propriétés soi-disant extraordinaires de l’anamnésic, il se disait que ce devait être tout simplement une de ces substances hallucinogènes comme on en trouve un peu partout dans les campagnes et dont il se méfiait. Toutefois, sa curiosité l’avait emporté et il avait décidé de tester la nouvelle drogue, sachant qu’en fait elle n’était pas dangereuse et qu’elle n’induisait aucune dépendance, hormis chez les insomniaques en raison de ses propriétés somnifères.
Au cours de la nuit, il avait (re)vécu en rêve toute une tranche de la vie d’un Gaulois nommé Alan. A présent, il s’en souvenait dans les moindres détails. Il s’en souvenait comme si cela lui était réellement arrivé, à croire qu’Alan avait toujours été en lui. S’était-il vraiment remémoré une de ses vies antérieures ? Il préférait rester prudent sur la question, sachant à quel point l’esprit est capable de s’auto-mystifier. Il avait (re)vu l’enfance et l’adolescence d’Alan de manière très succincte. Son enfance avait été heureuse et son adolescence un peu difficile et solitaire, mais il n’y avait pas là matière à s’étonner. Ce qu’il avait vu par la suite était assez hallucinant et féerique …
Dans la société ultra-rationaliste voire scientiste d’aujourd’hui, croire à l’existence de des lutins ou des mages aurait quelque chose d’anachronique. Et pourtant, se dit-il, la sagesse des anciens était dans certains domaines bien supérieure à la notre.
Il ne savait que penser de l’irruption de cette entité cybernétique au beau milieu de son trip. Que venait-elle faire au cœur de la Gaule celtique ? Mais il est vrai que le rêve en général n’a que faire de la chronologie et n’a pas peur de l’absurde … Là était peut-être la clé de toute cette histoire, l’incohérence du rêve … N’était-ce donc qu’un rêve ?
Cette chose pouvait être venu du futur ou d’un ailleurs inconnu et avoir réellement fait une incursion chez les Gaulois pour quelques raisons obscures, pas vraiment pacifiques … avec ses deux lasers à la place des yeux, elle avait bien faillit le carboniser sur place lors de sa tentative d’approche … et le vieux mage lui avait manifestement sauvé la vie in-extremis en l’emportant dans son fameux nuage de fumée bleue !
Les fragments de souvenir s’assemblait maintenant comme un puzzle dans son esprit, tout ça n’était finalement pas si illogique.

Quoiqu’il en soit, cette expérience lui fournirait la matière idéale pour écrire un conte. Il lança Word et "coucha sur le papier" tous ses nouveaux "souvenirs", en adoptant la grâce et la naïveté du style "conte de fées".

Une dizaine de jours plus tard, il avait terminé la rédaction du conte. Il était assez satisfait de son œuvre, mais il brûlait d’envie de lui écrire une suite. Et puis surtout, il était avide d’en connaître davantage sur la vie d’Alan le Gaulois.
Puissent l’anamnésic, la chimie de son cerveau et les tréfonds de son inconscient lui en donner la possibilité !



IX

______________ _ _ _ _ _ _ ____________


C’était le milieu du printemps. Alan avait retrouvé la joie de vivre. Alors qu’il revenait d’une partie de pêche, bredouille, il croisa une jeune femme qu’il trouva charmante. Elle était accompagnée d’un homme, un esclave à n’en pas douter : il portait sur son dos un gros tas de fourrures et peinait, visiblement. Alan en déduisit que la fille était probablement issue d’une famille aisée vivant dans un village voisin. Il aimait son joli visage et sa façon si gracieuse de marcher. Les hirondelles fendaient l’air léger de ce matin d’avril et elle s’intégrait à merveille dans ce ballet aérien. Alan fut très surpris car elle soutint son regard : il vit des étincelles briller dans ses yeux verts. Des yeux mystérieux, comme empreint d’une profonde tristesse, mais pétillants de vie. Il se senti comme … hypnotisé.

A suivre …


© Nicolas Reuge - Texte déposé, tous droits réservés.

  Electron libre, un point c'est tout.
nétoile_roze


Quand l'absence des amis devient pesant ...
   
Statut: Hors ligne
Envoyez un message instantané à ce poète.
Statistiques de l'utilisateur
4 poèmes Liste
7 commentaires
Membre depuis
15 août 2005
Dernière connexion
24 décembre 2005
  Publié: 24 déc 2005 à 10:58 Citer vertical_align_bottom

Moi je dis chapeau !!! comment faites vous pour trouver cette inspiration ?? Jai une disertation à faire pour la rentré sur le fantastique alors je me renseigne je bouquine, mais je ne trouve pas linspiration ... peut etre l'ai je perdu ! en tout cas bravo à vous continué ainsi ...
amitiés

  rien n'est fait pour durer toujours ...
Nicolas Reuge

Statut: Hors ligne
Visitez le site web de ce poète. Envoyez un message instantané à ce poète.
Statistiques de l'utilisateur
94 poèmes Liste
1037 commentaires
Membre depuis
27 octobre 2004
Dernière connexion
2 septembre
  Publié: 10 jan 2006 à 18:12
Modifié:  10 jan 2006 à 18:28 par Nicolas Reuge
Citer vertical_align_bottom

Merci nétoile_roze, merci beaucoup ! Je ne sais pas exactement d'où me vient l'inspiration, un peu de ma vie sûrement, mais pour imaginer et écrire des histoires il faut beaucoup de temps, et c'est pas toujours évident de le trouver ...

Merci Mary-jo, je suis heureux que ce conte te plaise. La suite est déjà écrite, ça fait dans les 60 pages. Je l'envoi volontier par email à qui souhaite la lire.

Amitiés

Nicolas

  Electron libre, un point c'est tout.
-_-Tavari_Luhta-_-


Douleur, douleur à fleur de peau, Coloré mât de tous fléaux
   
Statut: Hors ligne
Envoyez un message instantané à ce poète.
Statistiques de l'utilisateur
199 poèmes Liste
902 commentaires
Membre depuis
21 février 2005
Dernière connexion
26 novembre 2020
  Publié: 4 févr 2006 à 21:29 Citer vertical_align_bottom

Cette histoire pourrait très bien devenir un livre, un jour. C'est superbement écrit et l'histoire est captivante. Bravo, j'adore, je suis pleine de ma lecture ce soir et je voudrais bien, ce prochain chapitre! L'inspiration est une chose qui n'est pas donnée à tout le monde... JE NOMINE!!!

Bibye!!! --x0x0x0x0x0x0x0x0x0x0x0x0x0x0x0x0x0x0x0x0x0x0x0x0x0x0x0x--
Tavari Luhta

  -_-Tavari Luhta-_-
Nicolas Reuge

Statut: Hors ligne
Visitez le site web de ce poète. Envoyez un message instantané à ce poète.
Statistiques de l'utilisateur
94 poèmes Liste
1037 commentaires
Membre depuis
27 octobre 2004
Dernière connexion
2 septembre
  Publié: 9 avr 2006 à 04:42 Citer vertical_align_bottom

Merci beaucoup, vos commentaires me font très plaisir !

Amicalement,

Nicolas

  Electron libre, un point c'est tout.
Lunastrelle Cet utilisateur est un membre privilège



A chaque souffle s'accorde un vagabond
   
Statut: Hors ligne
Visitez le site web de ce poète. Envoyez un message instantané à ce poète.
Statistiques de l'utilisateur
359 poèmes Liste
20765 commentaires
Membre depuis
6 avril 2006
Dernière connexion
1er mai
  Publié: 30 juil 2008 à 16:41 Citer vertical_align_bottom

Il fait partie des meilleur contes fantastiques que j'ai lu, sincèrement chapeau bas, je ne me suis pas ennuyée une seconde, tout est là: le souci du détail, l'orthographe est plus que correcte, les descriptions nous plongent vraiment dans l'histoire...


Cependant, je t'en veux à mort, je n'ai pas vu la suite de publié!


J'espère avoir la chance de la lire un jour...


Amitiés


Justine

  Je suis comme ce temps que l'on ne remonte pas : décalée et détraquée.
Nicolas Reuge

Statut: Hors ligne
Visitez le site web de ce poète. Envoyez un message instantané à ce poète.
Statistiques de l'utilisateur
94 poèmes Liste
1037 commentaires
Membre depuis
27 octobre 2004
Dernière connexion
2 septembre
  Publié: 10 août 2009 à 05:09 Citer vertical_align_bottom

Merci Justine, je pense que tu as apprécié la suite.

Je répète que je l'envoie par e-mail à qui veut la lire.

  Electron libre, un point c'est tout.
Page : [1] :: Répondre

 

 



Répondre
Version imprimable
Avertissement par courriel
Autres poèmes de cet auteur
Cocher cette section lue
Cocher toutes les sections lues
Visites: 2201
Réponses: 6
Réponses uniques: 4
Listes: 0 - Voir

Page : [1]

Les membres qui ont aimé ce poème ont aussi aimé les poèmes suivants :



Nous n'avons pas assez de données pour vous afficher des recommandations. Aidez-nous en assignant une cote d'appréciation aux poèmes que vous consultez.

 

 
Cette page a été générée en [0,0438] secondes.
 © 2000 - 2022 VizFX.ca - Tous droits réservés  | Pour nous joindre
L'utilisation de ce site Web implique l'acceptation des Conditions d'utilisation. Tous les textes hébergés par La Passion des Poèmes sont protégés par les lois de la protection des droits d'auteurs ainsi que par des traités internationaux. Il est strictement interdit de distribuer, d'afficher ou d'utiliser ces textes de quelque manière sans l'autorisation de l'auteur du texte en question.

           
 
Oubliez votre mot de passe? Cliquez ici.