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LPDP :: Nouvelles littéraires :: Le Pigeon Aller en bas de page Cacher le panneau de droite

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Jeanne


Les mots savent de nous ce que nous ignorons d'eux. René Char
   
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  Publié: 28 mars 2019 à 19:21
Modifié:  1er avr 2019 à 18:32 par Jeanne
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Le Pigeon

Ce jour-là, le p’tit Jojo était rongé par l’angoisse. Cette «Semaine de la presse», c’était son bébé ! Des jours et des jours qu’il travaillait dessus. Des journalistes parisiens allaient débarquer dans son établissement, des élèves et leurs parents, des profs et il avait un discours à faire qui lui tordait le ventre. Depuis plus d’une demie heure, je tentais désespérément de le rassurer en lui rappelant combien son projet était passionnant, combien il était apprécié de tous, estimé pour sa culture et sa fantaisie, son verbe haut en couleurs, mais rien n’y faisait. Il suintait la peur et rien ne pouvait plus arrêter sa soudaine logorrhée affolée.

Nous étions installés l’un en face de l’autre, contre la vitrine, dans le petit café tout près du collège, au centre d’une petite rue tranquille. A court d’arguments, je tentais un instant une échappée en jetant un coup d’œil à travers la vitre. C’était une belle journée de printemps et l’air était enfin doux au dehors. Les manteaux avaient été remisés au placard, quelques femmes osaient sortir les jambes nues et les pulls cédaient la place aux tee-shirts légers. Le sourire était sur toutes les lèvres sauf sur celles de Jojo qui n’en finissait pas de nourrir ses vieux démons.

- Tu ne m’écoutes pas ! Putain, je suis mort d’angoisse et toi tu regardes dehors !

- Je t’écoute. Je ne fais que ça de t’écouter, calme-toi. Je sais que tout va bien se passer. Je te connais, fais-moi confiance.

- Non, non, non, j’peux pas y aller ! Tu sais quoi ? Je vais dire que j’ai eu un malaise, que j’ai été emmené … et que …

- Non, tu vas y aller. Ça fait des semaines que tu prépares cette journée, que tout le monde attend ça avec impatience. Tu es prêt, il est beau ce projet et ça tient la route ton organisation. Il faut juste que tu te calmes !

- Mais tu comprends rien ! J’suis pas du tout en état, tu ne vois pas ! Tu ne vois rien, je suis pas bien ! Personne ne veut comprendre ça !
Après avoir proposé de l’emmener respirer un peu pour se détendre, je finis par lâcher prise. Il n’était, de toute évidence, pas en état de s’émouvoir des premières fleurs aux balcons.

- Bon, et bien n’y va pas. Voilà, tu diras que tu as eu un malaise, que tu as dû appeler les urgences et que tu ne peux pas venir. Et puis, après tout, ce n’est pas si important si ça ne se fait pas. Ils s’en remettront.

- Tu veux dire que c’est nul au fond, c’est ça ? Que ça fait des lustres que je travaille là-dessus pour un truc minable qui n’en vaut pas la peine ?

A quoi bon parler encore... Je tournai alors la tête vers la rue en quête d’inspiration quand j’aperçus un pigeon blessé qui tentait désespérément d’avancer sur son unique patte valide mais n’y parvenait pas et tournait en rond.

- Tu ne m’écoutes pas !

Le pigeon tourne de plus en plus vite, affolé.

- C’est toi qui n’écoutes pas. Tu parles tout seul ; ça ne sert à rien que je parle.

- Dans une demie heure, ils seront là ! Non, je veux pas y aller !

- Je t’accompagnerai si tu veux.

- Ah oui ? Tu ferais ça ? ... mais non, tu sais bien que c’est pas possible !

Le pigeon tourne encore et rien ne semble pouvoir l’empêcher de faire la toupie. N’y tenant plus, je me lève.

- Excuse-moi, je reviens.

Je sors dans la rue, attrape le pigeon, l’amène dans le bar et demande au garçon :

- Vous n’auriez pas un petit batonnet, genre baton de glace ? Quelque chose qui puisse lui servir d’attelle, vous voyez ? Avec un peu de sparadrap, on pourrait tenir sa patte droite, ça l’empêcherait de tourner en rond ?

Le patron du bar me regarde, incrédule. Il se marre.

- Une attelle ? Pour un pigeon ? Mais tordez-lui le cou et qu’on n’en parle plus !. Il y en a trop, des pigeons ! Et puis de toutes façons, à mon avis, il n’en a plus pour longtemps. Allez, foutez-moi cette sale bête dehors ; j’veux pas d’ça dans mon bar !

Aucune issue de ce côté-là. Je retourne dans la rue et repose le pigeon sur le trottoir, tout contre le mur d’en face à l’abri des éventuelles voitures. A travers la vitre, Jojo me fusille des yeux et j’ai beau lui faire signe que je ne peux pas faire autrement, il a l’air furax.
- Une attelle pour un pigeon ! C’est pas vrai ! Je te parle d’un truc fondamental pour moi et tu nous bassines avec ton histoire de pigeon !
- Oh ça va ! ça m’a pris deux minutes de le mettre à l’abri. J’peux pas le voir tourner comme ça sans réagir. Je me demande bien pourquoi il n’essaye pas de s’envoler…

Jojo recommence son flux ininterrompu de paroles dans lesquelles il est impossible de glisser un mot. J’étouffe. Une brève pause aux toilettes –le pigeon n’a pas bougé- et c’est reparti : le discours clos de Jojo m’hypnotise. J’entends maintenant de loin sa voix qui répète les mêmes phrases et je suis étourdie, hébétée. Une demie heure. Encore une demie heure et ce sera fini.

Un nouveau coup d’œil au dehors. Il s’est remis en branle et parvient à avancer doucement. Je l’ai à l’œil tout en m’efforçant d’écouter l’ami Jojo énumérer les multiples raisons qu’il a de s’inquiéter.

Dans le brouillard qui m’enveloppe, je me souviens alors soudain que Rachel a dit qu’elle nous rejoindrait sans doute ici, si elle ne sort pas trop tard. Oh oui, qu’elle vienne et vite, qu’elle me sorte de ce filet ! Je lance :

- Tiens, au fait, Rachel a dit qu’elle passerait sans doute nous voir.

A peine ai-je terminé ma phrase que je reconnais au coin de la rue la petite voiture rouge de Rachel. Rachel toujours un peu ailleurs, Rachel qui a pris la rue en sens interdit et qui avance lentement en regardant à droite et à gauche pour tenter de nous apercevoir dans l’un des bars, Rachel penchée en avant, accrochée à son volant, qui tourne la tête pour nous chercher tandis que le pigeon, encouragé par ses petites avancées, est venu se remettre au beau milieu de la rue.

Et dans ma torpeur, j’ai en un éclair la conscience qu’un drame va se produire, un mini-drame ordinaire qu’il faut à tout prix éviter. Je bondis, manque de tomber en évitant un client encombrant, je cours et sors dans la rue pour faire signe à Rachel, lui crier de s’arrêter, mais j’ai beau m’égosiller, elle ne m’entend pas et avance toujours lentement la tête à droite et à gauche.

Elle a fini par apercevoir Jojo dans la vitrine. Elle s’est arrêtée en face de lui et lui a fait un petit signe de la main. Elle s’est arrêtée juste quand j’arrivais à son niveau en criant de toutes mes forces « Nooooon ! ». Elle s’est arrêtée là, juste là, juste sur le pigeon qui ne tournait plus et qui était maintenant plat comme une crêpe sous sa roue, comme le jeune afghan sous les chenilles du char russe dans le livre « Les Cercueils de zinc » que je venais de terminer.

Alors, après avoir à mon tour incendié Rachel, après l’avoir traité de tous les noms d’oiseaux, je me suis assise sur le trottoir et j’ai pleuré. Jojo est sorti, il est passé devant moi et m’a dit : « Bon, faut que j’y aille, c’est l’heure. Je te laisse régler, j’ai pas le temps. Croise les doigts pour moi ! »



 
Franck

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15 février
  Publié: 28 mars 2019 à 21:48 Citer     Aller en bas de page

Non, ce n'est pas le pigeon d'un Patrick Süskind (ou la phobie du pigeon) mais bien le pigeon des laissés-pour-compte, des oubliés, des "mis en marge", du pestiféré, de ceux souffrant toujours un peu plus en silence, le silence au coin d'une rue, de sous un pont, entre 2 stations de métro… Reste notre engagement, notre humanisme, l'humanisme d'un regard posé, l'humanisme d'une main tendue…

Jeanne, mille merci pour ce partage. J'en redemande!

Bien à toi.

Franck

 
Fried

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25 février
  Publié: 29 mars 2019 à 03:00 Citer     Aller en bas de page

Un récit bien mené et si l'on devine un peu la chute inéluctable c'est bien écrit, bravo.

 
Jean-Louis


La vie, ce que l'on en fait, est comme un jardin...
   
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  Publié: 29 mars 2019 à 08:44 Citer     Aller en bas de page

Bonjour Jeanne,

Je suis content de votre retour, ici et espère que d'autre écrits suivront cette nouvelle. En fait il s'agit plutôt d'une mini tragédie classique dans son déroulement avec le destin qui intervient (le patron pigeonphobe et peut-être plus), la voiture de Rachel) sans qu'on puisse lui échapper.
Fort bien écrit mais ce n'est pas une surprise pour celles et ceux qui connaissent vos textes.

Cordialement
jlouis

  Poésie, la vie entière
Lacase Cet utilisateur est un membre privilège

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Si Eve n'avait pas pensé qu'à sa pomme...
   
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23 février
  Publié: 29 mars 2019 à 17:07
Modifié:  29 mars 2019 à 17:08 par Lacase
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Un véritable bonheur de te relire ce soir.
Dans cette tragédie où :

Tu aides jojo,
Tu aides le pigeon
Mais hélas...
Avec l'arrivée de Rachel
Qui veut aider jojo
meurt le pigeon...

Reste que toi
Il n'y a Personne qui t'aide

Un bien joli texte
Dans l'espoir de te relire bientôt


  Si le berger a le Mans qui a les rillettes?
Adamantine  Cet utilisateur est un membre privilège

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Ne m'approchez pas, je pique.
   
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25 février
  Publié: 30 mars 2019 à 00:53 Citer     Aller en bas de page

Comme je suis heureuse de te voir ici... Te lire dans une nouvelle est un plus
Je dois t'avouer que je n'aime pas trop les pigeons mais tu as réussi à me faire avoir un peu d'empathie pour celui-là.

  Ceci est mon histoire vraie, avec des mensonges à l'endroit, à l'envers, parce que la vie c'est souvent comme ça
Jeanne


Les mots savent de nous ce que nous ignorons d'eux. René Char
   
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29 juin 2020
  Publié: 30 mars 2019 à 04:48 Citer     Aller en bas de page

Vous m'avez manqué, les amis !

Contente de revenir parmi vous et de lire que ma petite histoire a retenu votre attention.
Merci pour vos retours qui m'apportent beaucoup : le pigeon comme métaphore de l'opprimé broyé par le système, une mini tragédie classique avec le destin qui joue son rôle, l'attention sur celui qui est là pour aider les autres et dont personne ne se soucie, l'empathie pour le pigeon... Chaque commentaire donne un éclairage particulier et c'est bien là l'intérêt et le plaisir de venir sur ce site.
Merci à vous et à très bientôt !


 
Galatea belga


Mon rêve est la réalité banale d'un autre-Galatea-
   
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25 février
  Publié: 30 mars 2019 à 11:08 Citer     Aller en bas de page


Un grand plaisir te relire, chère amie et surtout de te retrouver avec ta sensibilité bien connue.
Le pauvre pigeon nous fait aussi rélativiser nos peines, trop insupportables jusqu'à quand on voit le destin d'autres qui dans cette vie ne reçoivent ni attention, ni pitié.



lilia

  Si visi amari, ama.Le Prince ...oh le Prince...
Jeanne


Les mots savent de nous ce que nous ignorons d'eux. René Char
   
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29 juin 2020
  Publié: 6 avr 2019 à 14:58 Citer     Aller en bas de page

Heureuse de te retrouver aussi, Lilia ! Merci pour ce message et au plaisir de te lire.
Amitiés
Jeanne

 
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