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Jacques-Marie JAHEL
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Il faut savoir se prêter au rêve lorsque le rêve se prête à vous. Albert Camus
   
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  Publié: 25 jan à 08:29
Modifié:  25 jan à 09:30 par Jacques-Marie JAHEL
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Le Petit Pauvre d'Assise

1181-1182
Naissance de Giovanni di Bernardone
« Francesco »


L’HISTOIRE était en marche en ce mois de septembre
(Mil cent quatre-vingt-un, mil cent quatre-vingt-deux ?)
Quand, naquit à Assise, en une quiète chambre
Tendue de lourds tissus, un frêle enfant gracieux.

Pica était encore au temps des relevailles,
Elle berçait son fils, à la tombée du soir,
En sa tête cent noms tintaient comme sonnailles
Mais un seul brillerait au cœur de l’ostensoir.

Avant que ne rentrât, Bernardone le père,
De son voyage en France aux frontières du nord,
Un mendiant frappa à la porte cochère
Demandant charité. Tenant l’enfant qui dort,

Pica remit à l’homme une craquante miche :
Blonde comme un soleil et toute chaude encor.
L’homme remercia d’une parole chiche
Et demanda à voir l’enfant dans son drap d’or.

Avec hésitation, Pica la pieuse Dame
Laissa le pèlerin bercer son enfançon :
Prophétisant soudain qu’en cette petite âme
Le mal serait vaincu d’une sainte façon.

Sur les fonts baptismaux, le petit Bernardone
Reçut la sainte onction, telle l’eau du Jourdain,
Sacralisant le front de celui dont on donne
A vivre désormais dans un nouveau jardin.

S’écoulèrent les jours. Pietro di Bernardone,
Drapier de son état, de France s’en revint
Tout d’étoffes chargé du pays de l’Argonne
Et des régions de Troyes ainsi que de Provins.

Pietro senti passer la présence des anges
Quand, au pied du berceau, il aperçut son fils
Qui gémissait un peu, prisonnier de ses langes,
Dont les bras fins et blancs ressemblaient à deux lis.

Pour le père c’était une très grande aubaine
Qu’un garçon lui soit né. Il le voyait déjà,
Derrière le comptoir, vendre tissus de laine
Et précieuses soieries ou lourds coupons de drap.

Puis, revenant à lui, Pietro di Bernardone
Entendit que Pica appelait Giovanni
Son fils bien aimé. Ah ! que Dieu lui pardonne !
Pietro s’écria haut : « Que nenni ! Que nenni ! »

Mais Pica renchérit : « Scellé par le baptême
Le choix est immuable en la très sainte Foi. »
Mais Pietro se moquait bien de briser le schème
Et, pestant, s’exclama : « Son nom sera François ! »

L’Enfant et ses rêves

LECTEUR ne t’en vas point chercher petite bête
A celui qui rapporte, ainsi qu’un historien,
Le parcours de ce saint à l’âme de poète
Dont la vie trépidante aurait pu n’être rien.

Mais Dieu veillait au grain. Passèrent les années.
Pietro di Bernardone avait acquis terrains,
Fermes de bon rapport et belles haquenées.
Et François grandissait, aimable et souverain :

Rire légendaire et joies perpétuelles
Ensemençaient les cœurs des plus pauvres pandours.
Il fredonnait toujours -mélodies rituelles-,
Les mêmes chants d’amour courtois des troubadours.

Avait-il douze ans ? François s’en fut en France.
Les quelques voyages qu’avec son père il fit
Dans ce pays aimé, de Champagne en Provence,
Jusqu’aux brumes du nord, le mettaient au défi.

Peu sûres, les routes drainaient viles piétailles,
Détrousseurs de bourses, assassins, déserteurs ;
François s’enthousiasmait, en rêvant de batailles
Où il fut le héros : Hardi triomphateur.

Son imagination n’avait point de serrure :
Seigneur et chevalier marchant vers l’Orient,
Il allait conquérir, couvert de son armure,
La ville du Christ-Roi : Jérusalem criant.

Sa tête bourdonnait au choix des ouvertures.
La légende Dorée le fascinait toujours,
Que Pica lui lisait, au chaud des couvertures,
Par la fièvre affaibli. Puis vinrent d’autres jours.

L’Elu de la jeunesse

A QUINZE ANS révolus, drapier comme son père,
François devint majeur. Ainsi voulait la loi.
Jovial, respectueux, vendeur de caractère
Aux arguments ciblés toujours de bon aloi.

Draps, laines et soieries, velours pour les tentures,
François les débitait en des gestes charmeurs.
Confiné au comptoir, ses rêves d’aventures
Grandissaient chaque jour, amplifiant leurs clameurs.

Souviens-toi donc, lecteur, de ton adolescence !
Ton envie était grande et ton orgueil aussi
De conquérir le monde et bannir toute science
Qui, loin d’être la tienne, entraînait tes lazzi.

Posons-nous un instant sur le fil d’un silence,
Comme fait un oiseau épuisé par son vol,
Et méditons un peu avec intelligence
Quant à la Providence ; et reprenons l’envol.

François était de ceux dont l’allure alliciante
Ebaudissait nobles seigneurs à tout propos.
Il eut aimé comme eux, à la gloire impatiente,
Batailler sur les champs, sans trêve et sans repos.

Ah ! Qu’il paraissait loin le temps de son enfance
Où Pica lui lisait la vie de tous les saints.
Qu’ils étaient loin aussi ses voyages en France,
Mais il avait gardé la foi en ses desseins.

Pouvait-il se douter que Dieu sapait l’enceinte
De ses turpitudes érigées en hauts murs
Qui, chaque soir, laissaient dans Assise l’empreinte :
Telles saturnales aux jardins de l’Impur.

Ô ami ne soit pas surpris, outre-mesure,
Que le poète passe aux débauches des soirs,
Où un autre François ignore la censure
Et libère ses sens fort loin des encensoirs.

Cependant, en son cœur, malgré ses turpitudes,
Une voix l’appelle secrètement, toujours.
Il ne veut pas l’entendre. Ancré aux habitudes,
Aux festives soirées et aux bonheurs des jours.

Il avait tant péché par abus de caprices,
Distribuant à flots, de son père, l’argent ;
Et tant fait bonne chère aux banquets des délices
Qu’il offrait tel un prince au sourire engageant.

Sa voix mélodieuse, aux doux soirs d’allégresse,
Enthousiasmait Assise et Assise l’aimait.
Il était devenu l’Elu de la jeunesse.
D’aucuns n’auraient songé à le chasser jamais.

Et les tripudianti, ces tapageurs fidèles,
Par les nuits étoilées des précoces printemps,
Dansaient la farandole au cœur noir des ruelles,
Tandis qu’on entendait chanter à contre-temps.

En ce douzième siècle, allaient bon train les fêtes
Héritières de Rome et son calendrier.
Pour un noble étranger, voir ces mines défaites,
Faces de carnaval blêmies au cendrier,

Eut pu lui faire croire à de vivants cadavres ;
Aux portiers de l’Enfer baignant dans leurs humeurs.
Les miséreux brimés, qui point n’avaient de havres,
En des chants lubriques laissaient parler leurs mœurs.

Qu’en est-il de François ? Et que nous dit l’histoire ?
Peut-être n’a-t-il pas participé autant
Aux fêtes païennes ? Le fait est-il notoire ?
Et le vent qui soufflait, était-ce un vent d’autan ?

Nous pouvons supposer de façon singulière
Que François échappa à tels abaissements :
Car plus tard chassera un impudique frère
De son ordre mineur par le bannissement.

Faut-il fermer les yeux et aveuglément croire
Aux chroniques du temps ; à la Vita Prima,
Portée par Celano : Accent diffamatoire
D’une exagération qui souvent s’exprima.

Pieuse, Assise l’était : mais point n’était confite
En dévotion mystique. Des courants sensuels
Et violents traversaient le moindre néophyte.
Un certain paganisme avait ses rituels.

C’était le 6 décembre où exultait la foule,
A la saint Nicolas, thaumaturge et patron
D’une Eglise en émoi envahie par la houle
D’une bigoterie à face de poltron.

C’est ce qu’on appelait les journées de décembre,
Où tous les confessés ayant reçu le pain,
Au sortir de l’Eglise, allaient jeter leurs membres
Dans les ferments du stupre avec joie et entrain.

C’est là, une fois encor, que la question se pose ?
Les chroniqueurs du temps ont-ils, tels troubadours,
Accentué les faits, soit en vers soit en prose,
Stigmatisant l’époque en de tristes contours.

Tous ces débordements, ces excès de luxure,
Amenèrent François, parfois désabusé,
A sentir peu à peu tout le poids de l’usure
Qui malmenait son corps par le vice abusé.

Et notre ripailleur sombrait en des abysses
Où succubes chantaient les blandices des sens
Sur une lande nue, parmi les immondices ;
Et la foi, bien souvent, marchait à contre-sens.

Mais la Dolce Vita, qui donc mieux que personne
Y goûte les plaisirs, si ce n’est Francesco.
Et, sous ses chants si doux, tout Assise frissonne :
Sa voix de jouvenceau ensorcelle l’écho.

L’aumône négligée

BIEN QUE les rues d’Assise appartinssent aux fêtes
Où François Bernardone était le Dominum,
Il faisait large aumône aux processions, aux quêtes,
Et donnait aux pauvres de manu ad manum.

Mais un jour, cependant, alors que se présente
Un misérable drille, au seuil du magasin,
Le tout jeune drapier, négociant grosse vente,
Chassa ce corps puant plus vil qu’un sarrasin.

Le calme revenu, au sein de la boutique,
Il entendit la voix d’un cœur qui haranguait
Son âme tenaillée par la peur hiératique
Des vents de la colère où Dieu est aux aguets.

François courut alors après le pauvre hère,
Le cherchant dans la foule. Il l’aperçut enfin
Et lui remit en main, pour chasser sa misère,
Belle poignée d’argent et un écu d’or fin.

La voix du vieux mendiant sonnait à ses oreilles,
Pareille à une cloche invitant au pardon ;
Et l’airain bourdonnait, tel un essaim d’abeilles,
Dans la ruche du cœur où reposait le don.

Dans sa chapelle intime, aux ombres généreuses,
François est à genoux et rêve en son esprit :
Plus jamais chassera les âmes miséreuses
De devant les nantis – Parole en Jésus-Christ.

Assise et Pérouse en guerre

APPRÊTE-TOI, lecteur, nous allons à Pérouse,
En l’année mil deux cents quand la guerre éclata
Entre le Saint-Empire et Assise jalouse
Qui, de Sasso Rosso, les murailles, mit bas.

Le seigneur du château, prévoyant la menace
Des Assisiates conduits par le courroux,
A Pérouse s’enfuit. Ses fils pris dans la nasse
Préférèrent la mort que de plier genoux.

Assise triomphante, ignora, orgueilleuse,
L’ultimatum lancé par l’ennemi vaincu,
Réclamant dommages à la ville frondeuse
Pour avoir offensé par les armes l’Ecu.

C’est en mil deux cent deux, le douze de décembre,
Que la bataille allait prendre un tour décisif.
Le tocsin rassembla, de la ville, les membres
De la chevalerie au courage incisif.

Et, l’armée réunie devant la cathédrale,
Des prélats palatins, reçut bénédiction.
Les blanches prières, vers le ciel, tel un râle,
Montaient, tandis que s’ébranlait la procession.

La piétaille, devant, marchait sous les bannières
Des différents quartiers et sous le gonfalon
Rouge barré d’azur où flottaient des lanières.
Parmi les cavaliers suivait le jeune aiglon.

La révolte gronda. Multiples escarmouches
Et batailles rangées firent de nombreux morts :
Pas plus on s’en soucia que d’écraser des mouches,
Tant l’essaim était noir et frappait sans remords.

Et c’est là que l’histoire, aux légendes, mêlée,
Raconte que François, en noble chevalier,
Cœur vaillant, glorieux, s’en fut dans la mêlée,
Armé de son épée et portant bouclier.

Mais c’était, sans compter, de Pérouse la ruse,
Qui laissa l’Ennemie prendre Collestrada,
Afin de se ruer sur cette Sœur intruse.
La ruse eut son effet, l’armée se débanda.

Les seigneurs Pérugins, jusques au crépuscule,
Poursuivent les fuyards, et tant furent occis
Que, dans plaines et bois, sous un vent qui bouscule,
Cadavres et blessés jonchaient les sols durcis.

Seuls, tous les cavaliers, sont sauvés du massacre :
Posséder un cheval exigerait rançon.
Humiliés, enchaînés, nombre avec le cœur âcre,
Manu militari, s’en furent en prison.

Dans les geôles de Pérouse

LECTEUR tu t’inquiètes et veux savoir la suite.
Chaînes étaient courtes qui les tenaient aux cols ;
Pas un n’eut l’occasion de pouvoir prendre fuite,
Tant les vieux fers rouillés étaient d’odieux licols.

La dépression guettait au fond de cette fosse.
Même les plus hardis et les plus endurants
Se laissaient envahir par la ronce féroce
D’un sombre désespoir qui les laissait mourants.

Alors que Francesco, toujours d’humeur folâtre
Et même un peu farceur, jonglait tel un pantin
Avec ses idées qui, dans ce vil lieu saumâtre,
Eut pu faire s’exclamer : « Quel pazzo enfantin ! »

Ainsi agissait-il pour redonner confiance,
Par la joie et le rire, à ces seigneurs déchus,
Tout en se méfiant d’une hautaine défiance
Qui rehaussait l’orgueil où il avait échu.

Réceptif à l’humeur d’un cœur mélancolique,
Francesco fredonnait des chants de troubadours,
A la manière ancienne où sa voix bucolique
Rapiéçait la tristesse avecque du velours.

Une année s’écoula. François tomba malade
En son cachot suintant. A ses poumons faiblis
La noire humidité porta coups de sanglade.
Contre belle rançon, François fut élargi.

Retour à Assise
- Guérison - Convalescence et méditation -
Nouvelles turpitudes


AH ! comme il était doux de retrouver Assise,
Après avoir passé un an dans le secret
Des cachots de Pérouse, où la mort est assise
Dedans ces noirs tombeaux quand la vie lui échet.

Oui ! comme il était doux de retrouver Assise ;
Bien qu’elle fût en deuil d’un grand nombre d’enfants,
La ville avait gardé son air de paillardise.
François se souvenait de ses soirs triomphants.

De retour au logis - Pica, mère grandiose -,
Entoura Francesco de soins si vivifiants
Que, peu à peu, le mal de la tuberculose,
Grandement, fit recul devant les fortifiants.

Et du lit au fauteuil, santé encor précaire,
François se requinquait, exorcisant son mal ;
Prenant potions conçues par un apothicaire :
Remèdes népenthès ou poudre d’animal.

Puis vinrent les beaux jours fleuris de primevères.
Mais quelque chose en lui semblait avoir changé ;
Champs, bois, pâturages -Ô l’ami des trouvères-,
Dans ces mers de verdure, il était naufragé ;

Lui qui appréciait tant les rasantes lumières,
Quand le soleil se couche exhibant ses pourpoints
Zinzolin brodés d’or au seuil blanc des chaumières,
Où la brise du soir s’endormait dans les foins.

Plus que chair appendue au gibet des souffrances,
Son âme était rancie. Plus rien n’avait de goût.
De gris s’était vêtu le ciel des apparences ;
Tombés désirs de gloire au grand puits du dégoût.

Pouvait-il se douter que la noire avalanche,
C’est Dieu qui la poussait aux abysses infinis,
Et qu’un séraphin d’or le touchait à la hanche,
Mettant à nu son cœur parmi les cœurs bénis.

Puis passèrent les mois. Pica di Bernardone,
A son fils tant aimé, avait rendu santé.
Plus que drogues et mieux, sa piété qui pardonne
Avait remis François dans son monde enchanté.

Mais la gloire et l’orgueil revinrent à la charge,
Plus armés que jamais et menèrent combat
Dans le champ des idées qui n’en menaient pas large.
Sous les coups de boutoir, Francesco succomba.

Reprirent donc fêtes ; des sens la frénésie.
Dans les doux soirs d’été, sous des cieux étoilés,
L’on menait grand tapage au bord de l’hérésie ;
Et Pothos se penchait sur des seins dévoilés.

Le chantre de ces nuits, emmenant belle troupe,
Fredonnait, incessant, des parole d’amour
Jusqu’au petit matin. Glissant comme chaloupe,
Sa voix douce et miellée donnait naissance au jour.

Semaines, mois passaient. Entre aubier et écorce :
C’est une métaphore : Entre l’âme et le cœur,
Thalie et Pannychis lançaient leur liane torse.
Mais Dieu aimait François et le voulait vainqueur.

Depuis sa tendre enfance, où il rêvait de gloire,
Par la fréquentation des nobles et seigneurs
Qui portaient armure sous la cape de moire
Des soies les plus fines, François était des leurs.

Être maître drapier, il ne pouvait y croire.
Une voix lui soufflait de prendre autre chemin.
Il sera chevalier : S’en faisait-il accroire !
Sa vie était tracée sur le Grand Parchemin.

François chevalier – En route vers Jérusalem –
A Spolète


SON rêve était folie et grande démesure
De se vouloir seigneur en croisade partant.
Son sang n’était pas bleu et point n’avait d’armure ;
Une s’en fit forger en digne combattant.

Lui fallait un cheval au fougueux caractère,
Un fier cheval de guerre aux batailles rompu ;
Appendue à sa lance une noble bannière ;
Et un jeune écuyer qui porterait l’Ecu.

Ainsi, caracolant dans Assise la belle,
Afin de se montrer tel un noble advenu,
Revêtu de l’armure et bien assis en selle,
Il était, désormais, chevalier devenu

Qui, parmi les seigneurs, équipé avec faste,
Se tenait fier et droit. Son heaume avait un bec
Tel un oiseau de proie à l’allure néfaste,
Dont le vol assuré ne connaît pas l’échec.

Mais comment le nommer : François di Bernardone,
Ou votre seigneurie ou sire chevalier ?
Mais qu’importe après tout, puisque c’est Dieu qui donne,
Au choix de notre nom, un pouvoir singulier.

Un tiers à lui se joint, cœur vaillant et farouche,
Rencontré à Pérouse au temps de la prison :
Peut-être ce seigneur qu’on laissât sur la touche
Sauf Francesco, bien sûr, qui en eut compassion.

Allant de compagnie, ils marchaient vers Spolète,
Roides sur leurs chevaux tout caparaçonnés
Des plus beaux ornements ; et eux, à l’épaulette,
Avaient manteaux flottants d’or fin écussonnés.

Au doux vent de l’Ombrie, ils gagnèrent la ville
A la tombée du soir. De fatigue rompu,
François tomba malade en l’auberge tranquille.
Fièvre le tourmentait en son corps corrompu.

Dans l’obscur silence de la nuit étoilée,
Une voix lui parla avec tant de douceur :
Une voix bien réelle et cependant voilée
Par le chahut d’un cœur enclin à l’épaisseur.

« Francesco, Francesco recevras-tu du Maître
Ou bien du serviteur ? du prince ou du vassal ?
Retourne à Assise, ville qui t’a vu naître,
Et je ferai de toi mon humble commensal ! »

Laissant son écuyer suivre son frère d’armes
Vers la destination prévue dès le départ,
François, agenouillé, versait de lourdes larmes
En sachant que jamais il n’abattrait rempart.

Subitement, la fièvre agrandit son emprise
Sur son corps affaibli par ses viles passions.
De nouveau, les potions éloignèrent la crise
Et il se rétablit, mieux que nous le pensions.

Que s’était-il passé ? D’où cette fièvre quarte
Lui était-elle échue ? Pourquoi tous ces assauts ?
Mais c’est juste que Dieu redistribue les cartes
Quand il vous a choisi et marqué de son sceau.

Faisait-il le pazzo ? Ignorait-il encore
Que la main du Seigneur s’était posée sur lui ?
Que cette fièvre-là, tel un feu qui dévore,
Était aube nouvelle où la lumière luit ?

Nouveau retour à Assise – Dérives noctambules –
Extase et foudroiement d’Amour


APRÈS avoir vendu armes et riche armure,
Vendu fier destrier et son harnachement,
Le chevalier déchu de sa folle aventure
S’en revint au logis, vêtu très simplement.

Comment fut-il reçu ? Je ne saurais vous dire.
Ton imagination, lecteur, va ondoyant.
Dans ton hésitation, évite de maudire.
L’orage de grêlons dut être foudroyant.

Les larmes de Pica calmèrent la discorde
Et, prise de piété, le crucifix en main,
De François obtint de faire miséricorde.
Pietro di Bernardone enfin se fit humain.

Avortée la colère, envolés les reproches ;
La blessure et l’orgueil étranglés au collet.
Ses amis retrouvés, François refit bamboches ;
Et il allait joyeux comme un vrai feu-follet.

A l’auberge des mœurs l’on mangeait à outrance.
Une nuit cependant la chaîne des passions,
Brusquement, se brisa, après forte bombance.
Christ lui apparut : Seigneur des compassions.

François s’était figé au sein de la lumière,
Comme Saul de Tarse, le fut sur le chemin
De Damas et sombra, de façon singulière,
Dans la sidération en étendant la main.

De ses amis, aucun ne reconnut sa face,
Non plus que ses regards, dans le vide perdus.
Il avait rencontré le Seigneur face à face.
Dieu l’avait repéché parmi les éperdus.

Quelques joyeux noceurs étaient restés fidèles
Aux fêtes galantes où François était roi.
Peu à peu, les dégoûts pour ces vies infidèles,
Où la sienne plongeait, le glacèrent d’effroi.

Du silence du cœur à celui de la chambre
François se recueillait, priant à deux genoux.
Il avait réussi, quand la bête se cambre,
Par la grâce de Dieu, à vaincre son courroux.

Sur le mont Subasio, était une caverne,
Parmi le grand fouillis de la végétation,
Au seuil de laquelle le soleil se prosterne :
Solitude propice à la méditation.

C’était là un refuge où François aimait être
Pour prier en silence, loin de l’agitation
De la ville bruyante, où l’ombre qui pénètre
Projetait son esprit dans la contemplation.

Tout mortifié d’Amour et ne sachant que faire
(La voix à Spolète lui avait dit : « Attends. »),
François se promenait priant pour se défaire
Des tentations du monde et des lois de Satan.

C’est alors qu’en chemin, une idée fort troublante
Fit déporter ses pas vers des murs de guingois :
Ô toi San Damiano, église suppliante,
Là où Francesco eut la vision de la Croix,

Tu attiras à toi, par la Voix du Mystère,
Cet agneau du Seigneur, marcheur pénitentiel.
C’est au cœur de ton chœur, qu’il reçut la prière
De rebâtir l’Église, devant le maître-autel.

San Damiano sera toujours une retraite
Où se réfugiera le saint tourmenté et souffrant,
Faisant fi de son corps que sa santé maltraite :
Trouvant sa force au puits d’un Amour dévorant.

Un jour, il entendit le son d’une crécelle.
Ce bruit, qui horrifiait même les vertueux,
Fit descendre François de son cheval de selle
Puis, s’inclinant baisa la main du vieux lépreux.

C’est ainsi qu’il vainquit, des chairs la pourriture
Qui l’avait fait s’enfuir, non loin du lazaret,
Quand il était tout jeune empli de forfaiture,
Ne pensant qu’à la fête et boire au cabaret.

Par son abnégation, il embrassait les nues.
Il savait désormais, par rebuts éprouvés,
Qu’il se consacrerait aux âmes détenues
Dans les geôles du mal où sont les réprouvés.

Vol des tissus - Colère de Pietro di Bernardone -
Pardon divin


PROFITANT que son père allait faire négoce
En pays de Provence ou passer des accords ;
Sans arrière-pensée, comme l’eut fait un gosse,
Sans souci des commis et de leurs désaccords,

Il était, après tout, François di Bernardone,
Il fit balles de drap, et de précieux tissus.
Se rendait-il compte - Mais que Dieu lui pardonne -
Que son vil chapardage offenserait Jésus ?

Mais les temps approchaient où la foudre divine
Allait le sidérer telle puissante mort.
« C’est pour San Damiano que j’ai commis rapine !»
S’exclama-t-il ainsi ? Était-ce le remords ?

« Oui ! J’ai vendu des biens que possédait mon père,
« Mais ces ballots de drap et de tissus précieux,
« Ne sont-ils pas aussi, du commerce prospère,
« Ma part d’héritage ? Témoins m’en soient les cieux.

« De mes biens, j’ai acquis bourse d’or bien remplie
« Pour réparer l’Église où le Seigneur mon Dieu
« M’a confié sa parole en mon cœur établie.
« Si grand mal j’ai commis, que j’en perde les yeux. »

Argent bien mal acquis, lui avait dit l’évêque,
Ne peut servir d’offrande aux caisses du Trésor.
Ainsi fut refusée, même par l’archevêque,
(Le larcin de François) : La bourse aux écus d’or.

Pietro di Bernardone, au retour de voyage,
S’enquit de son commerce auprès de ses vendeurs.
Quand il apprit l’affaire, il se prit d’une rage
Qui ébranla son corps jusqu’en ses profondeurs.

Se pouvait-il, enfin, qu’en plus de ses débauches
Il eut un fils voleur ? Il ne manqua de rien,
Au cours de ces années où il s’emplit les poches,
Afin de banqueter avecque des vauriens.

« Puisqu’il en est ainsi nous irons en justice !
« Et ferai rendre gorge à ce maudit enfant. »
Mais la pieuse Pica dont l’âme entra en lice,
Brandissant le fléau d’un amour triomphant,

Apaisa, un instant, le père en son séisme.
Observe bien lecteur, que la vénalité
De Pietro pour son or, provoquera le schisme
Entre son fils et lui, avec brutalité.

Reniement et mise à nu – Résurgence de la mélancolie

C’EST alors que François reparut à Assise,
Tandis qu’on le cherchait dans tous les environs.
Jugement n’y eut point. Protégé de l’Eglise.
Cependant il ne put échapper aux jurons.

Se souvint-il du Christ marchant vers son supplice,
Quand on le dévêtit et qu’on le mit à nu ?
Ainsi donc, lui aussi, subissait l’injustice,
Bien que son acte fût nul et non avenu.

Alors, obéissant à l’ordre charitable
Que Dieu lui insufflât, il rendit bourse d’or
A celui qui l’avait écarté de sa table
Et qui se conduisit tel un conquistador.

Assise regardait, sur la place publique,
Ce fils, qu’elle crut fou, ôter ses vêtements
Et les jeter aux pieds de son père mutique,
Reniant le monde et ses putrides ferments ;

Et la foule hébétée eut alors grandes larmes
Quand l’évêque le prit sous son épais manteau.
Désormais il était, du Christ, le frère d’armes,
Rompu d’Amour divin et marqué de son sceau.

Un ami le vêtit d’un sac telle une bure,
Tout comme en est pourvu le plus pauvre mendiant ;
Une corde servie de modeste ceinture :
Et il alla ainsi d’un cœur tout irradiant.

Point encor ne s’était mêlé aux misérables,
Qui vivent chaque jour de la mendicité
En tendant aux nantis des mains indésirables,
Eux, trop souvent déchus de leur droit de cité.

Combien de fois, François, souffrit-il les sarcasmes
Et les imprécations de son père endurci
En son âme et son cœur par la douleur des spasmes.
Chaque fois dans Assise il en était ainsi.

Pourquoi donc son père lui gardait-il rancune ?
Était-il égaré par l’appât de ses gains,
En oubliant son cœur ranci par la fortune ?
François priait pour lui, dans l’herbe des regains.

Bien qu’il eût renié toutes attaches terrestres,
Chaque jour ourdissant sa toile dans le ciel,
Francesco resongeait, dans ses marches pédestres,
A ses péchés passés bien plus amers que fiel.

Comment avait-il pu oublier la famine
Sévissant à Assise, au temps des soirs heureux ?
Pendant que des pauvrets mouraient en leur chaumine,
Lui s’empiffrait de mets choisis et onéreux.

Dieu avait pardonné les erreurs de jeunesse
De celui qu’il tenait dans sa main fermement ;
A lui de conduire le troupeau pour qu’il paisse :
Le troupeau des pauvres jusques au firmament.

Faits et lieux importants – Sœur Claire (Chiara Offreduccio)

C’EST ainsi que François fonda un nouvel Ordre,
Par le Pape accepté : L’Ordre des frères mineurs.
La règle en était simple et n’acceptait désordre.
Quiconque y eut manqué souffrirait déshonneur.

Lecteur, tu peux me croire, il y eut tant de monde,
Et de tous horizons, des nobles et des gueux
Poussés telles branches, que le Seigneur émonde,
Rendus forts en leur foi, comme beaux troncs rugueux.

Il y eut les sans-noms, et les noms les plus nobles
Abandonnant leurs biens ou un simple manteau,
Aux pauvres affamés, cœurs justes ou ignobles,
Qui n’avaient pour tout pain qu’un bien maigre chanteau.

Parmi les plus connus de ces évangélistes,
Les chroniques du temps nomment frère Bernard,
Frères Gilles et Pierre et d’autres sur des listes
Eparses retrouvées, plus précieuses que nard.

Nombreux sont les endroits où François fit retraite
Avecque ses frères de la congrégation.
Nous en choisirons deux, dont un sur une crête
Du boisé mont Alverne – Lieu de méditation.

Mais le premier d’entre eux, reste La Portioncule
Qui leur était à tous un petit paradis
Où, chants et prières, de l’aube au crépuscule,
Glorifiaient le Seigneur d’un motus vivendi.

Depuis sa conversion, Francesco Bernardone
Ou mieux Frère François, évitait de croiser
Le regard des femmes, sauf ceux de la Madone.
Était-il chancelant pour se laisser toiser ?

L’amour dont il rêvait, dans la plaine ombrienne,
Était l’amour courtois des chants des troubadours,
Que seuls les chevaliers, à la Table Arthurienne,
Pour la Dame intouchable et nue en ses atours,

Se devaient d’être purs et combattre pour Elle,
Rompant lance sur lance en de fâcheux tournois.
Il arrivait parfois que la mort de son aile
Désarçonnait l’élu blanchi en son harnois.

Si nous n’en doutons pas, il est toujours possible
Que la foi la plus forte, aux affres de Satan,
Laisse choir ses habits quand il la prend pour cible.
Mais de Frère François n’en pensons point autant.

A San Rufino, en la sainte cathédrale,
Alors que le Frère prêchait un autre Amour,
Celui que le Seigneur -Ô lumière lustrale-,
L’avait conduit un jour à marcher à rebours,

Pouvait-il se douter, au banc des pieuses dames,
Qu’une fillette belle à incendier les cieux,
Au cœur gonflait d’amour pour les souffrantes âmes,
Entendant l’oraison, avait larmes aux yeux.

Six années passeront et, devenue majeure,
Elle sera promise à un riche bourgeois.
Chiara Offreduccio, relevant la gageure
D’un mariage arrangé, prit parti pour François.

Elle n’avait cessé, depuis sa tendre enfance,
De fréquenter l’Eglise et de prier Jésus.
Point d’autre mariage ne lui ferait offense :
Elle serait l’épouse du Seigneur des vertus.

Quand elle eut rencontré François di Bernardone,
Très saint frère du Christ, mais point désincarné,
Leurs chairs, d’un même émoi, en un chant qui bourdonne
Eussent aimé s’unir – Ô combat acharné.

Mais François comme Claire en frissonnaient encore,
Quand le saint se reprit devant l’élan charnel
Qui lui brûlait la foi et, d’une voix sonore
Vibrant à l’intérieur, implora l’Eternel.

Tel un preux chevalier -n’était-ce point son rêve ?
Dans fêtes et tournois, pour honorer sa Dame,
Et toujours victorieux, sans même faire trêve,
Blessures rendaient gloire et forces à son âme ;

Désormais chevalier du Christ et son Eglise,
Donna San Damiano à « Dame pauvreté »,
Là, où la Voix parla, afin qu’il moralise,
Le clergé décadent en toute fermeté.

Puis, dans ce lieu sacré, s’en vinrent beaucoup d’âmes.
Et le cœur de François en était ébloui.
Leurs prières, au ciel, montaient telles des flammes
En glorifiant Jésus par ce chœur réjoui.

La messe dite aux oiseaux

UN beau jour qu’il marchait vers une ville altière,
Avec quelques frères, les pieds nus aux ruisseaux,
A travers bois touffu et modeste clairière,
Ils furent accueillis par de nombreux oiseaux

Qui, en voyant le saint, soudain firent silence.
Ils attendaient de lui une bénédiction,
Afin qu’il ne manquât ni graine, ni semence,
Ni fontaine d’eau pure à leur belle nation.

Ayant pour simple autel quelque roche moussue,
Deux branches de bois vert pour imiter la croix
Permirent à François de sanctifier la messe,
Glorifiant sœur Nature et oiseaux de surcroît.

Vous qui dormez dehors sous les intempéries,
Par neige et par grand gel, par pluie et par soleil,
Frêles créatures de maintes confréries
Gardez toujours en vous la flamme du chaleil.

L’alouette qui monte et réveille l’aurore
Par son chant de crécelle à en broyer l’azur
Invite la lumière où le jour se colore
A pénétrer les cœurs pour en chasser l’obscur.

Ô mes frères ailés aux si nombreux ramages
Qui enchantez guérets, forêts, bois et hameaux,
Vous qui réjouissez par vos si beaux plumages
Les yeux des villageois et des vieux hobereaux,

J’étends sur vous ma main afin qu’elle bénisse
Vos âmes tant chéries qui toujours en nos cœurs
Laissent le doux envol d’une aile bleue qui glisse
Vers quelque blanc clocher perdu dans les hauteurs.

C’est Dieu qui vous bénit par ma main entremise,
Afin que vous alliez, libres et rassurés,
Trouver nourriture sur la Terre Promise
En belle abondance. Soyez-en assurés !

Puis, quand François eut dit, en leur honneur, la messe,
Ils s’en furent joyeux, qui sifflant, qui chantant,
En de doux frôlements parfumés d’allégresse.
Bois et guérets avaient un même cœur battant.

Si malade fut-il, souvent pris par la fièvre,
Sans négliger sa peine, il allait par les bourgs,
Et les moindres hameaux, bien plus pressé que lièvre,
Point craignant l’ornière, non plus que les labours.

Le loup de Gubbio

QUI donc ne connaît pas la légende ancestrale
Du loup noir de Gubbio aux terrifiants yeux d’or ?
Se présentant un jour sur la Piazza centrale
Frère François, surpris de ne trouver dehors

Aucune âme qui vive, entendit, dans l’église
Où il se dirigea, un chant de repentir
Afin de conjurer le mal qui paralyse
Les esprits tourmentés, jusqu’à les engloutir.

Lecteur, tu le comprends, ces gens étaient des lâches.
Plutôt que d’affronter la bête, tous unis,
Avec épieux de fer, bâtons, fourches et haches,
C’est la foi qui manquait en leurs cœurs désunis.

Ils se réfugiaient dans la peur et l’angoisse
D’être un jour dévorés par les dents du démon.
François, confiant en Dieu, sortit de la paroisse
En courant droit au bois, préparant son sermon.

Un loup énorme et noir sortit de son repaire
Et François, aussitôt, le signa de la croix.
En le réprimandant, notre thuriféraire,
Habile en ses propos, l’adoucit de sa voix.

Une fois encore s’accomplit un miracle.
Le loup, tel un bon chien, sur le chemin s’assoit,
Se trémoussant de joie et, en guise d’oracle,
Mit sa patte velue dans la main de François.

Le sermon et la grâce avaient conclu le pacte.
Tous deux s’en revinrent sur la grande Piazza
Où la foule attendait -scène du dernier acte-,
Qu’on égorgeât le loup pour toutes ses razzias.

C’est alors que François, épris d’une colère
Contre cette vindicte, en appelât au ciel
Afin que contrition -flambeau de la prière-
Eliminât des cœurs courroux mêlés de fiel.

Une fois apaisé, trouvant l’occasion belle,
François fit un sermon, le loup à son côté.
Il harangua la foule honteuse et infidèle
A la bonté de Dieu, avec autorité.

« Oui ! Dieu a mesuré la grandeur de vos fautes,
Envoyant à Gubbio, pour votre repentir,
L’effroyable animal, au seuil des portes hautes,
Afin qu’il prélevât des proies pour le martyr.

En ma très grande foi, vous prouvant sa promesse,
Le loup, que vous preniez pour un monstre vivant,
Mais qui fut envoyé par Dieu qui vous confesse,
Réitère, en ma main, son vœu ci par-devant. »

Et nous vîmes alors, le loup mettre sa patte
Dans la main de François et lui lécher les doigts,
Pour la seconde fois. La chronique relate
Que sur ordre du saint, il fut nourri de droit

Infatigable voyageur – Autres lieux et refuges –
Les stigmates


PARCOURANT l’Italie, marcheur infatigable,
Souvent accompagné par un frère mineur,
Il portait La Parole en terre misérable,
Comme l’apôtre Paul en louant le Seigneur.

Beaucoup d’autres chemins, il y en eut encore.
Des chemins d’Évangile où pleuvaient les sermons,
Telles pluies de grêlons. Musique de mandore,
Ses prières, toujours, faisaient fuir les démons.

Il aimait méditer dans de pauvres chapelles
Où l’on semblait nager dans la fraîche épaisseur
D’une ombre miroitante où priaient des chandelles.
L’âme y était en paix auprès du Confesseur.

Tous les lieux fréquentés, les chemins et les routes
Parcourus en tous sens et en toutes saisons,
Pourraient être nommés, mais surviendraient les doutes
Qu’une étude parfaite ait perdu ses raisons.

Sache donques, lecteur, que le dernier refuge,
Avant la Portioncule, fut le mont La Verna :
Un lieu encor sauvage où souffla le déluge
De la magnificence. Hosanna, hosanna.

Et c’est là, au milieu des pierres et des strates,
Dans cette montagne trouée par des ravins,
Que Saint François reçut la marque des stigmates,
A l’instar de Jésus, au temps où il convint.

Le corps affaibli – Retour à la Porziuncola –
Rédaction du Cantique des Créatures


SUR le corps de François gagnait la maladie.
Et, de plus en plus faible, il priait nuit et jour
Que douleur le quittât, éteignant l’incendie
Qui dévorait sa chair tendue comme un tambour.

Atteint d’hydropisie et de grave ophtalmie,
François fut ramené, du mont de La Verna
Où il avait trouvé quelque douce accalmie,
Car ne pouvant marcher, à La Porziuncola.

Ô la Porziuncola, lieu du premier oracle,
Où François entendit la voix du Christ-Roi
Tout droit sortie des murs, et là fut le miracle,
La transfiguration du saint devant la Croix.

Dans un petit recoin, tout près des sœurs Clarisses,
Chiara Offreduccio, de François, prit grand soin.
Potions et remèdes, prières des novices
Chassèrent de son corps la maladie, au loin.

Le répit que l’on croit n’est pas celui qui dure.
Et François le savait. Bien proche était la mort.
« Ma sœur la Mort », dit-il, en son mal qui perdure :
« Je vous attends, patient, et sans aucun remords. »

De même qu’un grand feu tenaillait ses entrailles,
Une ophtalmie sévère dévorait ses yeux.
Avant de perdre vue, sur son blond lit de paille,
Il rédigea son Chant -Ô Cantique glorieux-

En l’honneur du Très-Haut et de ses Créatures.
Malgré la souffrance de son corps insidieux
Il força sa vision pour éviter ratures :
Figeant au parchemin l’humble grandeur de Dieu.

Bénédiction des frères – Adieu au monde terrestre

SENTANT venir la mort tel un chien qui renifle
Dans les rues désertées aux seuils noirs des logis,
François fit appeler -Ô pauvre voix qui siffle-
Ses frères tant aimés. En gestes élargis,

De chacun, il bénit la tête tonsurée
Et rendit grâce à Dieu en invoquant le Christ
De lui avoir donné force d’âme assurée,
Quand il se trouvait entre le zest et le zist.

Ô toi que j’ai aimé, adieu monde farouche
Où les yeux de mon cœur atteints de cécité,
Pire encor que celle qui aujourd’hui me touche,
M’avaient bouté dehors, aux joies de la cité.

Mais l’ombre de la Croix, sur moi était portée,
Tandis que mes plaisirs et mes débordements
Entraînés dans Assise une jeunesse exhortée
Par la fièvre des sens et ses abaissements.

Mais Dieu m’a rattrapé au coin d’une ruelle.
Me saisissant au col, tout en me laissant coi,
Devant la lumière de sa gloire éternelle,
Me transperça d’Amour sorti de son carquois.

Les 3 et 4 octobre 1226 :
Mort de François – Inhumation à San Giorgio d’Assise


LORSQUE viendra l’instant, que ma sœur la Mort daigne,
Elle qui est soumise à l’éternelle loi,
M’emporter vers les cieux où Jésus encor saigne
Des perversions du monde où est mauvais aloi.

« Etendez-moi au sol, nu sur la terre nue. »
Quand vous verrez frissons sous la bure courir,
Vous comprendrez alors que mon heure est venue.
Prenez mon corps meurtri et laissez-le mourir.

Sœur Claire Offreduccio versa larmes amères
Quand passa la civière aux portes du couvent.
Elle baisa le saint sur ses closes paupières
Et un doux chant d’adieu s’éleva dans le vent.

Depuis, le Saint repose à San Giorgio d’Assise.
François rêvait de gloire et de combats, pardieu :
Gloire lui fut donnée dans le sein de l’Eglise
Et, chevalier du Christ, il combattit pour Dieu.

Pace e bene. Amen.

Juillet-Août 2020
















 
ladysatin


Ma plume est une brodeuse de mots .
   
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Boudiou !!! quel beau travail !!

j'ai adoré vous lire

Lady

  Septembre ronronne aux couleurs de Charlie
ode3117

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  Publié: 26 jan à 11:41 Citer     Aller en bas de page

Comme SATINETTE, je reconnais que tu as fait un excellent travail, je relierai cet adorable texte, que j'apprécies à sa juste valeur et quelle valeur, cela me tient à coeur.
Merci JACQUES-MARIE
Bien amicalement ODE 31 - 17

  OM
Jean-Louis


La vie, ce que l'on en fait, est comme un jardin...
   
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Bonsoir Jacques-Marie,

Il me semble bien que vous aviez déjà publié ce poème épique en plusieurs parties et à des dates distinctes.
C'est, sans nul doute, un formidable hommage et qui invite particulièrement chacun à découvrir François. Je serre ce poème tout prés de moi.

Amitiés
jlouis

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Jacques-Marie JAHEL
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Il faut savoir se prêter au rêve lorsque le rêve se prête à vous. Albert Camus
   
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Merci à vous Ladysatin et Ode d'avoir lu, en entier, la vie (synthétisée bien sur) de Poverello d'Assise; merci pour vos commentaires enthousiastes.

Bises à toutes deux:

Merci à vous Jean-Louis d'avoir relu mon texte remis en ligne d'un seul tenant après quelque relecture et maintes corrections mineures. Que vous le serriez auprès de vous augmente en moi la foi en la création poétique, et vous et moi savons pourquoi.

Avec mon amitié

JMJ

 
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  Publié: 27 jan à 11:14 Citer     Aller en bas de page

Lecture très intéressante, quel travail remarquable. Mon commentaire est basique mais j'aime découvrir des choses qui sont hors de mon champ de réflexion habituel - merci -

Yvon

  YD
Jacques-Marie JAHEL
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  Publié: 28 jan à 09:47 Citer     Aller en bas de page



Bonjour Yvon,

Tout commentaire petit ou grand est le bienvenu. Merci Yvon d'avoir lu jusqu'au bout ce poème épique sur la vie de François d'Assise.

Amicalement.
JMJ

 
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Modifié:  22 févr à 19:48 par Flora Lynn
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Jacques-Marie JAHEL,
Un poème très riche écrit dans un style très élaboré et qui est vraiment édifiant car il nous décrit une vie qui prend véritablement un sens puisque François d'Assise évolue progressivement vers un état supérieur pour son âme: celui de la Sainteté. Merci Jacques-Marie JAHEL pour ce très beau partage.
Amitiés sincères

  Flora Lynn
Jacques-Marie JAHEL
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Il faut savoir se prêter au rêve lorsque le rêve se prête à vous. Albert Camus
   
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Merci Flora, fidèle lectrice et commentatrice de talent.

Bise
JMJ

 
doux18 Cet utilisateur est un membre privilège

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Jacques-Marie,

Je suis heureux que vous ayez republié en un seul tenant votre superbe geste sur le cheminement spirituel de Saint François d'Assise, poème fleuve qui mêle l'Intime aux soubresauts de la Grande Histoire, un destin unique éclos dans une époque foisonnante...

Avec mes sincères amitiés

Pierre-Emmanuel

 
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  Publié: 15 mai à 07:01 Citer     Aller en bas de page


Bonjour Pierre-Emmanuel,

François d'Assise vous remercie pour la justesse de vos observations et vos ressentis à son égard.

JMJ

 
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