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· monthery
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Stegobulle


Entre mon ombre et sa lumière
   
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  Publié: 17 févr 2008 à 18:21 Citer vertical_align_bottom

L’ (H) AUTEUR DU VOL




...Il fait chaud, c’est étouffant. On paye des millions pour du standing et rien ne fonctionne. Décidément, il y à des choses qui ne changeront jamais.
La tête me lance, j’ai beaucoup de mal à me secouer, comme engourdi…l’alcool…sans doute. La lumière qui traverse le store vénitien, pourtant douce à cause du coucher du soleil, me transperce les rétines jusqu’au fond du crâne, la douleur est si violente…j’ai toujours chaud, ma langue est aussi râpeuse qu’un crépit provençal, finalement, j’ai soif. Je tends le bras vers la table de chevet, sur laquelle se trouve le verre, mais elle me semble ridiculement loin, j’ai mal partout. Il n’y à pas si longtemps de ça, je ne comprenais pas comment on pouvais faire des excès avec autant de fric, maintenant c’est beaucoup plus clair. Paradoxalement, je comprends aussi très bien comment on peut tomber dans l’excès quand on à plus rien. Car voyez-vous…je n’ai plus rien. Ils m’ont tout pris…tout volé, tout…
Je suis allongé sur mon lit…non, sur un matelas. Demain il ne me restera rien, si toutefois on peut considérer qu’un matelas fasse office de quelque chose, ce que je veux dire c’est que demain je serai à la porte, cet appartement sera vendu, ma couche, idem.
En attendant, j’ai chaud, est-ce la dope ou le bourbon qui me démonte comme ça ? J’ai l’impression que mes veines sèchent, que mon sang se transforme en limaille de fer et m’arrache tout à l’intérieur…ma tête… L’eau me fait du bien, pas suffisamment pour décoller le crépit mais…elle me redonne un peu de force. En aurai-je assez pour me lever ? Il est vrai que tant que je n’essaie pas…mais cette sensation d’ivresse et de défonce …Allez vieux, déplace ta carcasse et t’as intérêt à réussir du premier coup si tu ne veux pas escalader le matelas par la face est. En y repensant, je me dis que cette dope était vraiment pourrie, si je mets la main sur celui qui me l’a vendu, je lui vide le sachet en goutte à goutte par le blanc de l’œil. J’en profiterai par la même occasion de broyer les tripes de mon cher associé, le gros malin qui à vendu mes actions 26 secondes très précisément, après le crash boursier…si je suis encore là. Pour le moment, mon seul souci est de me lever. Tiens ! On dira que ma jambe droite daigne bouger, ce qui n’est pas un moindre mal vu la posture dans laquelle je me trouve. Ceci est quand même d’une maigre consolation au vu des efforts fournis. J’en ai marre…Ma tête est prête à éclater, j’ai le dos en compote…quel ironie si je disais que je pourrais crever si je restais allongé. Allez courage le balcon n’est pas si loin…maintenant que tu es debout tu fais quoi ? Les yeux me brûlent, le soleil regagne son lit derrière les collines pour aller illuminer d’autres contrées, d’autres gens…d’autres âmes.
Ca fait un bien fou de se lever, je ne tiens pas bien mais ça me servira pour plus tard…Je crois. L’astre du jour vient de sombrer, clean, pas défoncé, il ne mourra que dans 5 milliards d’année après tout...tandis que moi. Il faut que je prenne l’air, en sachant que je suis au dernier étage de l’immeuble, qui en compte 55, je pense qu’il doit y avoir une trappe dans la cage d’escalier qui mène sur le toit. Les choses sont ainsi faites, on ne soucis guère de ce que l’on juge inutile. Cette trappe, je ne l’avais jamais vu auparavant. Ca m’a pris cinq bonnes minutes avant de pouvoir accéder au toit mais ça vaut le coup…
La vue, cette vue est magnifique, quand je pense que l’ancien propriétaire s’est jeté d’ici même, il occupait alors le même appartement. Ce qui ne m’a pas empêché de l’acheter. C’est vraiment très beau, qui pourrait s’imaginer que des immeubles puissent être les acteurs d’un aussi beau spectacle, le soleil s’est couché juste entre ces deux grandes tours, prouesses architecturales qui tiendront encore certainement très longtemps. Les rayons lumineux donnent l’impression de traverser les bâtiments de part en part, alors qu’ils passent entre, la couleur est d’une infinie douceur, presque chaude en ce 10 septembre 2001, l’orange s’est mélangé au bleu pur du ciel, au plus bas commence à monter le mauve, puis le violet. Alors que je suis assis sur une bouche d’aération, je regarde ses majestés verre et béton accomplir le rite de la beauté. C’est vraiment à couper le souffle, on ne se rend pas bien compte de ce que c’est tant qu’on ne l’a pas vu. Les pensées vous inondent comme autant de coupe cœur. L’imagination n’est pas plus débordante qu’après un shoot, elle est simplement plus pure.
Ce vent chaud d’automne est une caresse, elle vous entoure de ses bras invisibles, vous enveloppe et vous transperce en vous emmenant dans des contrées mélancoliques et joyeuses…joyeuses pour qui ? La vie grouille derrière toutes ces fenêtres, l’univers de la vie est regroupé ici et partout dans le monde au même moment.
Ils sont tous là, heureux ou malheureux, j’imagine sans peine les scènes jouées pour de vrai,
l’immeuble à gauche, là, je vois une fenêtre à l’extrémité ouest, je zoom mentalement et j’arrive dans le salon, la lumière est faible, une jeune fille est assise sur son sofa, elle tient sa tête entre ses mains, elle pleure, son petit ami vient de la quitter, elle souffre sans aucun doute.
-« Ne t’inquiète pas petite, ça passera, m’est avis que si il est parti, c’est qu’il avait quelque chose à se reprocher, ou alors tu ne lui convenait plus, ou plus simplement encore, il n’en valait pas la peine et il s’en est aperçu », cette dernière solution me semble la meilleur compte tenu du fait que les garçons sont toujours en faute dans quatre-vingt dix pour cent des cas de rupture.
Rotation mentale de cent quatre-vingt degrés sur la droite. Ici se trouve une tour, abritant des bureaux, tout est vide, les employés sont rentrés chez eux, le silence à fait place au brouhaha de la journée mais un homme est assis sur son fauteuil de président d’entreprise, la lampe travail est allumée, il tient dans ses mains une photo, celle de sa femme, et il pleure…pleure et prie de tout son être pour aller la rejoindre dans l’au-delà…
Ce petit pavillon, là-bas, éloigné de la route principale, des guirlandes lumineuses illuminent le pourtour de la maison, on dirai que l’ambiance est à la bonne humeur, quelque chose me dit qu’ils sont entrain de fêter l’arrivée de la dernière petite fille où l’anniversaire des 20 ans de la grande.
Reste la résidence près de la grand-rue, un joli petit appartements décoré avec goût par ce jeune couple qui rentre du travail, qui se déshabille…sans doute vont-ils prendre un verre en s’asseyant dans le canapé, puis se raconter leur folle journée dans ce monde de fous…
Et tant d’autres encore, là où se jouent toutes ces tranches de vie, qui font que nous sommes tout et rien à la fois. Tout pour l’humain mais rien pour l’univers.
Qu’est-ce qui nous raccroche ? Qu’est-ce qui nous fait raccrocher ? Sommes-nous si proches de la vie, l’aimons-nous tant que ça pour la détester ?
Ces questions sembles tout d’un coup tellement lourdes à porter…si au moins j’avais une seule réponse…je pourrai mourir... je meurs…
Mais non pauvre idiot, tu n’es pas encore mort…tu n'as pas encore sauté.
Mais en ai-je seulement envie ? je pense que oui, sinon que ferais-je là ? assis sur le toit du monde, ce petit monde, qui, dans quelques heure connaîtra une des périodes les plus noires de ce siècle, cette ville que tout le monde connaît sous le nom de « la grosse pomme »…Nous sommes le 10 septembre 2001, il est 8h52 du matin, j’ai passé la nuit entière à regarder cette ville tour à tour s’agiter, s’endormir, s’allumer puis s’éteindre, je l’ai senti triste et joyeuse…il est maintenant 9h10, je sens encore quelque chose d’indéfinissable…de la douleur, de la peine, beaucoup de peine, je ne sais pas encore ce qui se trame mais ce que je sais c’est qu’on va avoir droit à la plus belle des catas gouvernementale, plombée d’un mensonge sans précédent, que ces pauvres gens vont avaler
comme un alibi que l’état leur donne comme on donne la pâté à un chien,
ceci afin d’engager une guerre néfaste. Nous sommes bien moins que peu de choses face à la connerie humaine, imbue de sa personne, assoiffée de pouvoir débilitant, mais moi je reste là, assis sur ma cheminée, prétendant vouloir en finir avec la vie, cette vie qui ne me convient guère...paraît-il…Sommes-nous sûrs de ce que l’on sait ? Que sait-on? À part un grand vide…la solitude urbaine existe, je l’ai rencontré, n’importe quel miteux petit ou grand chef d’entreprise, le clochard, la pire des garce ou le roi des cons, tout le monde est touché par cette maladie un jour où l’autre. Ce que l’on nous fait croire contribue à nous saper le moral, à nous rendre vulnérable face à la vie, face à ce que l’on en attend. Prenons-nous à part un moment, évaluons la facilité ou la difficulté que l’on éprouve à supporter les choses courantes de la vie…rien ne nous est épargné, le moindre petit frisson de désir, de joie, d’envie, nous est évacué de force. Je n’ai aucunement l’envie ni les moyens intellectuels de philosopher mais force est de constater que rien ne nous est facilité. Néanmoins, restent quels souvenirs imperturbables, des sensations, des sentiments, des impressions, comment nommer ces instants qui vous donnent une chaleur au cœur et une envie de chialer comme rien d’autre ? les yeux vous offrent tellement de choses magnifique que l’on a du mal à croire que les deux tours en face de moi, ne seront plus que cendres, béton et chair mêlées…
Le soleil est déjà haut dans le ciel, la douce chaleur qui m’inonde me rappelle pourquoi je suis là, assis à contempler ce rêve humain si minuscule dans l’immensité de la bêtise. J’ose sans peine imaginer les sacrifices, parfois mortels et les risques encourus pour parvenir à tant de pouvoir, mais là encore l’être humain à des ressources et des capacités insoupçonnées pour faire face à des situations comiques ou dégueulasses.
Je crois que je ne fais même plus attention à ce genre de choses, il y en a qui reste gravés dans les mémoires, d’autres qui ne demandent qu’à être effacées, qui le sont déjà ou qui le seront d’ici peu. Il y à eu des moments forts dans ma vie, certains sont des instantanés, pris sur le vif, ne durant qu’une fraction de seconde, d’autres plus insistants, longuement savourés. Le cœur et l’esprit sont tellement indissociables mais tellement différents…
J’adore les journées de fin d’automne, où le ciel est d’un bleu pur, ou quelques nuages, perdus dans l’azur, semblent n’être là seulement parce qu’on les y aurait placé à la main, où la couleur flamboyante des arbres bordant les routes des rocheuses donne un contraste très précis de la beauté naturelle, devenue toute relative pour les pollueurs. Où la chaleur perce le pare-brise de la voiture, diffusant une douceur tellement palpable qu’on oublie tout le reste.
Je me souviens aussi avoir pris le bus une fois, je traversait les Etats-Unis d’un bout à l’autre, sur le chemin, une jeune fille est montée, jolie demoiselle, les cheveux long, fins, d’une blondeur exceptionnelle, un visage si bien dessiné qu’il aurait été digne d’une couverture de magazine pour ces connasses en 4X4… elle n’était pas de ce genre là, ça se voyait de suite, elle portait une petite robe légère dans les tons de bleu, qui aurait été parfaite pour aller avec mon ciel d’automne. Elle prit place deux sièges devant moi mais dans l’autre rangée, elle semblait perdu dans le vague, dans des pensées tellement personnelles qu’aucune gens n’aurait voulu la troubler, la tête posée contre la vitre, le visage penché menton vers moi. Le soleil dardait dans sa direction, les rayons transperçaient ses cheveux dorés qui retombaient sur sa nuque si gracieuse, les yeux fixés sur dieu sait quoi, de temps à autres, d’un geste, elle remettait ses cheveux derrière l’oreille, comme pour s’obliger à rester en contact avec ce monde…Je n’ai pas vu la couleur de ses yeux, j’imagine qu’ils devaient être bleus, j’aurais préféré qu’ils soient verts, allez savoir pourquoi, sans doute pour casser les stéréotypes. Je n’irai pas jusqu’à dire si elle était intelligente ou non, elle était simplement elle, baignant dans le jaune invisible d’un soleil doux. Jamais je n’aurais voulu la quitter des yeux, les milles et une chose qui devait se passer dans tête lui donnait l’apparence actuelle et quoi que cela pût être je disais merci à ses pensées.
C’est évident, on ne sait jamais ce qui se passe dans la tête des gens, c’est d’ailleurs un peu ce qui nous amène à tous ces chamboulements planétaires. La fracture sociale est si proche de nous, nous touche de tellement près, que nous sommes la fracture sociale elle-même, quand un malade, je dis malade au sens général, se prend pour un sniper, soit il est vraiment fou, soit on l’a gentiment aidé, je me rappelle une histoire, un type qui s’est fait arrêter après une série de meurtres particulièrement horribles, on l’appelait le rieur caustique, sa folie l’obligeait constamment à piquer des fous rire sans déclenchement. En fait il obligeait ses victimes à rire sans arrêt, sans arrêt…parce que si elles s’arrêtaient, elles mourraient et pas de la manière la plus plaisante qui soit, le rieur avait créé un système par ondes sonores, plus les victimes riaient moins elles avaient de chance de mourir, elles étaient maintenues la tête en arrière, avec, au-dessus, deux fioles, l’une d’acide chlorhydrique, l’autre de hydrogène liquide, avoisinant les –200 degrés, quand la personne s’arrêtait de rire, le système se mettait en branle et une goutte lui tombait sur le front, d’abord l’acide puis l’hydrogène, l’un chauffait, l’autre refroidissait, tant et si bien qu’on sentait quasiment rien de se qui se passait, mais ça creusait en profondeur, jusqu’au cerveau, la mort n’était pas instantanée, mais on commençait par ressentir des troubles de la vision, de l’ouïe, puis viennent les hallucinations, la parano, la folie…je continue ?
Le tuer à plaidé la folie, dans son dossier d’une épaisseur sans pareille, y était expliqué la descente traditionnelle aux enfers par la face nord, sa femme le quitte, son boulot pareil, dettes etc. Les aides gouvernementales n’étaient visiblement pas adaptées à son cas, comme ça l’est pour beaucoup, malheureusement.
Je n’ai jamais dit que mes souvenirs ou mes sentiments et impressions étaient tous bons, simplement qu’on se rappelle plus facilement de certaines choses que d’autres.
Je suis toujours assis là, sur ma cheminée, j’ai soif, mais la fraîcheur du soir l’atténue, les rues se taisent unes à unes, la faune diurne, si faible et malhonnête, laisse sa place à la nocturne, plus conviviale, moins arrogante, encore que ça dépends des quartiers. Les lumières des foyers alternent leur couleurs, bleue pâle pour la télévision, jaune pour les cuisines, orange foncé ou blanc éclatant pour les salons, noires pour la solitude, les sorties ou le sommeil, les antennes tv sont autant de spectres squelettiques qui capturent la vie des gens pour quelques heures. Laissez-vous allez, laissez-vous bercer par la vie, laissez-vous tenter si le cœur vous en dit, mais ne faites jamais un faux pas…sinon personne ne vous le pardonnera. Ne restent en mémoire que mes longues heures de conduite au son d’un blues si triste, d’un rock si tonitruant en le chantant à tue-tête, sur les bandeaux d’asphalte le long des côtes, à la chaleur si douce de ce soleil, reste en mémoire cette jolie blonde dans le bus, ne reste en mémoire que la vue de ces deux tours faisant des milliers de victimes, juste sous mes yeux, il est 8h52, le premier avion vient de se jeter contre l’une des tours. Quel odieux courage que cet acte là. J’entends hurler maintenant, des cris, des sirènes, des odeurs significatives pour la plupart, un épais nuage de cendres s’élève dans mon ciel si bleu, si pur au demeurant, souillé par des demeurés.
9H10, un deuxième avion…
Et que dire d'un sourire ? celui qui vous fait passer d'une journée de merde à une magnifique journée ensoleillée, pas le sourire idiotement conditionné qui va avec un "merci" ou d'un "pardon" impeccable quand on vous bouscule par exemple, non le sourire gratuit, celui qui vient du fond de l'âme, celui qui vous fait croire que ce sourire était pour vous et personne d'autre.
Quand l'(h)auteur du vol aura finit d'étaler son âme, il se demandera quelle corde il à touché, si tant est qu'il en ait touché une, il aura espéré l'avoir fait, mais je crois qu'il n'en a pas finit, je crois qu'il a peut-être encore envie de vivre pour raconter des choses, des choses que tout le monde a devant les yeux, mais que personne ne voit...
(J’entends des cris, encore...des sirènes, toujours...)
C'est vraiment indéfinissable cette sensation de bien-être, celle qu'on ressent alors qu'on est allongé sur sa terrasse, le café dans une main, encore et toujours cette douce chaleur d'été, cette brise qui vous donne le petit frisson à cause de cette goutte d'eau perlée de la peau et qui coule le long du dos, ce ciel si pur, d'un bleu presque chimérique. Les tourments oubliés, les bonheurs furtifs, délicieux, les assauts du temps, les gens, ceux qui vous aiment, ceux qui vous haïssent, ceux qui vous plaisent ou vous trahissent, ce bonheur là est présent à chaque seconde de ma vie, car c'est lui qui nous façonne, tout ce qui nous entoure nous crée, de tout ce qui n'est pas, nous ne sommes pas.
(Je sens l'odeur âcre du brûlé, la poussière m'étouffe...)
La nostalgie est-elle une vieille dame ensorceleuse ou simplement ce qui nous constitue mentalement ? Combien de gens m'ont dit qu'il ne fallait jamais regarder en arrière ? Combien ne le font pas ? La simple larme que l'on lâche ne signifie rien, il y a tellement de raison de pleurer. Les yeux me piquent à cet instant précis, celui-là même où le temps s'obscurcit dangereusement...je crois que j'ai garé ma voiture au pied de la première tour tombée ce matin, c'est pas grave, elle devaient partir aux enchères, au moins une chose de moi que personne n'aura car à l'heure qu'il est elle doit être parfaitement inutilisable...
(je crois que les sirènes n'ont pas finit de hurler)
je viens de m'apercevoir que je suis entrain d'analyser ma façon de penser, certains diront que j'ai l'âme en peine, d'autres, sans doute, que je vois la vie d'un mauvais œil, d'autres encore que je suis suicidaire…au fait j'étais monté ici pourquoi faire déjà ? Ah oui je me souviens, j'étais monté sur le toit du monde pour assister à son déclin, je suis lâche car je me dis que je pourrais y participer, non d'autres le font beaucoup mieux que moi, j'en ai la preuve sous les yeux, je dois être probablement entrain de mener un combat virtuel, mes pensées les plus profondes sur les choses les plus simples, contre les esprits les plus vils et serviles, personnellement je préfère ma situation. Je ne suis sans doute qu'un petit être habitant une petite planète, mais je préfère de loin être cela plutôt qu'un de ces pingouins accordés à jouer avec ses semblables à des jeux qui dépassent l'entendement de la raison et du cœur .Pourquoi ça ne leur pète pas à la gueule ? Pourquoi ne se disent-ils pas que ce qu'ils font ne sert strictement à rien ? Qu’une fois qu'ils seront morts ils seront haïs, oubliés. Qu'est-ce que cela leur amène dans leur propre petite vie de petit rien ?
Ma vieille carcasse rouillée me dit qu'il serait temps de mettre un terme à tout cela, de plonger une bonne fois pour toutes et de laisser les grands s'amuser entre eux... mais seulement voilà, j'ai pas envie de plonger, j'ai juste envie de continuer à les faire chier, juste envie de me dire que moi, au moins, j'ai l'esprit libre et tranquille, que je peux me permettre de
penser exactement à ceux que je veux quand je le veux... Je ne suis pas entrain de faire l'éloge du "vous n'aurez pas ma liberté de penser", ça va bien au-delà, certes je ne suis pas très spirituel comme gars, mais force est de constater que nous sommes tous obligés de s'accorder une part de folie bien a soi pour pouvoir profiter de cette vie qui nous est louée, ou accordée avec conditions notamment celle d'en chier un max, mais jamais donnée avec les pleins pouvoirs. Non ça serait trop facile.
(Je crois que les sirènes n'ont pas finit de hurler)
(Ça crie toujours, ça hurle toujours, ça fume toujours...)

Somme-nous le soir ? Ou bien est-ce la fumée qui couvre d'horreur mon ciel si bleu ? Ça va faire bientôt deux jours que je suis assis là, à contempler, à imaginer, à me rappeler, à me dire que les valeurs auxquelles on croit se sont effondrées comme ces deux tours, anarchie devient le maître mot.
Mon appartement se trouve juste sous les pieds, je ne voyais pas ces tours de chez moi, j'habite pourtant au 55ème étage, mais de l'autre côté, j'aurais dû monter plus tôt sur ce toit, tout ça ne me serait peut-être pas arrivé, j'aurai pu mieux réfléchir à mes conneries, du moins avant de les faire, dire que ça m'arrivait avant. Je vois très bien ce salon, flanqué d'une grande baie vitrée de plusieurs mètres de long, le canapé en carré juste en face, j'allumais souvent la petite lampe sur le côté, face à moi s'étendait la ville, majestueuse cité compliquée, avec ses petits carrés de lumières derrière lesquelles s'agite la vie, je m'asseyais profondément, un verre de cognac une cigarette, une vieille chanson sur ma chaîne hi-fi high-tech, ça dépendait de l'humeur mais ça allait de "in the air tonight" de Phil Collins à "what a wonderful world" de Louis Armstrong. Je ne sais pas vous, mais moi je réfléchis mieux quand j'ai le blues, car j'en viens à me demander si je réfléchissais vraiment, ou alors est-ce que c'était cette fameuse solitude urbaine, celle-là même qui arrivait à me faire chialer certains soirs sans comprendre le pourquoi du comment. Celle-là même qui, en fait, me faisait me sentir bien uniquement quand j'étais seul, ces soirs où m'aurait insupporté la présence de quelqu'un de proche, même celle du meilleur ami, peut-être pas celle de la meilleure amie par contre, pas vraiment difficile à expliquer le fait que je préfère la présence d'une femme à celle d'un homme, ce qui est dur à expliquer voire à comprendre, c'est que je n'aurai pas voulu de quelqu'un avec des sentiments mais plutôt de quelqu'un avec qui partager mes moments de blues, qui soit connecté exactement de la même manière que moi, qui fredonnerait les paroles de la chanson avec moi, juste aux limites de la fin de l'amitié et au début de l'amour, mais que ça reste dans cet état là, tellement proche que nous ne pourrions pas être amoureux, mais être là l'un pour l'autre si besoin était. Un double de moi mais au féminin, avec la douceur et la chaleur en plus.
(J'entends plus les sirènes, mais j'entends les machines de chantier, ils s'attèlent à la construction du "ground zero" sans doute. Je prie pour que mon cher associé se trouve sous les décombres et que son corps pourrisse jusqu'à ce qu'ils retirent les derniers morceaux.)
L'air est plus pur maintenant, les fumées se sont dispersées, les odeurs avec, mon ciel bleu est de nouveau visible, la sensation est saisissante, voici à peine 24 heures, deux tours de 410 mètres de haut se tenaient là, le vide laissé est impressionnant. Est-il aussi grand que celui qui me ronge? Pas si sûr...
Je ne sens plus la soif, le sang bat dans mes tempes, c'est pas bon de rester assis aussi longtemps, mais je m'en fous en fait, je ne peux plus décrocher mon regard de cette plaie béante, et de tout ce qu'il l'entoure, je me sens obligé de rester là encore cette nuit, de voir encore cette ville qui sera morne, triste, sans vie, cette ville qui vient de connaître le plus grand des désastres, je veux sentir cet effroi m'envahir, je veux m'imprégner de la peur, de la peine de tous ces gens si malheureux à l'heure actuelle, je veux partager leurs émotions, qu'ils sachent, même s'ils ne le savent pas, que quelqu'un, là-haut, est avec eux, je ne me suis jamais senti aussi proche de l'être humain, celui qui vaut la peine d'être connu s'entend, celui avec qui on aurait envie de vivre sur la terre, celui ou celle qui serait le seul lien avec mon mental, qui serait la seule chose qui ne me donne pas envie de me jeter par-dessus bord, qui est cette personne ? Existe t-elle ? Qui en vaut la peine ? Cette fille croisée dans le bus, cette si jolie blonde au regard intense ? Mon meilleur ami ? Celui qui pense que tout va s'arranger ? Non, personnellement je ne crois plus en grand chose...ne me demandez pas pourquoi je serai incapable de vous répondre...et ce sourire ? Celui qui vous fait croire tant de choses quand vous rentrez le soir ? Je crois qu'il à qu'il a ses chances. Peu de choses en sont capables en réalité, mais ce sourire, qui va me l'offrir ? Je dois redescendre de mon perchoir, aller dans la rue et voir ce qui se trame après ces trois jours passés à me morfondre, laisser cette faiblesse me quitter pour de bon, je donnerais tout pour un bon verre de scotch, le soleil se couche à nouveau, les lumières envahissent les immeubles, la vie de la nuit va reprendre son cours. Il ne manquerait plus que je glisse en essayant de me redresser...cette pensée me fait sourire, après tant de temps passé là-haut, à me demander si je dois sauter ou pas, au moment même où je m'apprête à rejoindre le monde.
Voilà que mes jambes, faibles, me lâcheraient, mon corps, lourd d'avoir passé trois jours assis, se mettrait à pencher, la sensation de partir, ma main, incapable de se raccrocher à quelque chose de dur, battrait l'air pendant d'interminables secondes, je prendrai de la vitesse, mais je verrai tout au ralenti, mes lumières, plus chaudes, plus précieuses que jamais, même pas le temps de voir ces tranches de vies derrières ces fenêtres anonymes. Rien ne défile quand la mort approche, mais tout est là, la présence d'un monde si étrange, de cette vie passée, j'aurai l'impression de tomber au ralenti, malgré le vent frais de ce début de soirée qui soufflerait dans ma nuque, je fais quoi ? je vais boire une bière au bistrot du coin ? Combien d'étages déjà ? Ah oui 55, je n'aurai même pas le plaisir de sentir mon crâne éclater...mes rêves s'évanouiraient alors instantanément, les plus fous, les plus amers, les plus doux, ainsi que mes cauchemars les plus noirs, les plus sadiques, les plus violents, les rêves que l'ont fait en dormant, et ceux que l'on fait pour s'endormir, ceux-là mêmes qui pourraient devenir réalité.
Je me surprends souvent à penser à des choses douces pour m'endormir, je ne pense jamais à la femme avec qui je suis, mais à celle avec qui je pourrais être, ne vous méprenez pas, je n'ai pas besoin de penser à la femme avec qui je suis. Je pense à elle, on se connaît depuis peu, mais nous ne pouvons pas être ensemble pour de multiples raisons. Je l'imagine entrain de me caresser la joue, elle me regarde dans les yeux, les siens sont plein d'amitié profonde, celle qui s'arrête là ou commence l'amour, je sens tout cela comme si j'étais elle, car j'éprouve la même chose. On se serre dans les bras, on se dit que tout ça passera comme c'est venu, puis quelques temps après la nostalgie vous prend les tripes, ne les lâche plus, les larmes montent, les regrets aussi sans doute, je rêve à ça pour m'endormir, je ne dirai pas que ça fait du bien, mais le monde est tellement pourri, il y des gens tellement bons. Que faire à part essayer de vivre ? J’ai connu quelqu'un comme ça, on était très liés, plus que les meilleures amis du monde, moins que des amants, quelquefois, quand elle avait le blues, elle passait à la maison, tard même, une fois vers 4 heures du matin, ça sonne, j'ouvre, elle me regarde avec les yeux plein de larmes, se jette dans mes bras. Naturellement je la fais entrer. On a discuté jusqu'au lever du soleil, assis en face de ma grande baie vitrée, dans le canapé, elle venait de s'endormir contre moi et je la regardais dormir, encore une fois et selon les circonstances, il est difficile de dire ce que l'on éprouve dans ces moments là. J'avais qu'une envie, c'était de la serrer fort contre moi, mais je ne voulais pas la réveiller, elle est repartie vers midi, m'embrassant sur le coin de la bouche si tendrement...et je ne l'ai jamais revu. Elle m'a écrit à plusieurs reprises, des lettres d'excuses d'être partie si sauvagement, je n'ai jamais pu lui répondre, sans lui en voulais-je, sans doute l'aimais-je...c'est à elle que je pense quand je m'endors...est-ce que ça me fait du mal ? Non... j'aime penser à elle.
(L’ (h) auteur du vol planifie son atterrissage)
Dois-je me remettre en quête d'une nouvelle vie ? Je pense que oui, malgré tout ce qu'on pense, ce qu'on dit, malgré tout ce qui nous arrive de bon comme de mauvais, nous faisons parti d'un tout, se supprimer briserai une chaîne, j'en suis persuadé maintenant.
Le cœur de New York est maintenant vide, il doit être, je sais pas peut-être 3 heures du matin, les rues d'ordinaire si bruyantes se sont tues comme pour rendre hommage, je vais aller rejoindre cet hommage, déambuler dans ces rues, marcher et penser, apparemment c'est tout ce qu'il me reste à faire pour l'instant, mais ça sera toujours mieux que de glisser du toit.
Qui que vous soyez, vous qui lisez ces lignes, vous demandez-vous si l'imagination y est pour quelque chose ? Je vous le dis, pour une certaine part oui, mais pour d'autres...

  Quand on observe des ruines, on se dit qu'il n'y a que l'extérieur qui n'ait pas été rongé...
De Raison


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  Publié: 18 févr 2008 à 13:54 Citer vertical_align_bottom

Point de vu qui fait réfléchir et auquel je penserai pendant un certain temps.

Exprimé avec grâce et beauté, tous les niveaux de langues se mêlent, c'est un texte magnifique, avec une fin teintée d'espoir et de renouveau, petite touche de bonheur.




Merci du fond du coeur pour cet écrit fort touchant.


à bientôt se relire,

Amicalement poétique,



DeRaison

  DeRaison, de folie, mon âme s'est emplie.
Stegobulle


Entre mon ombre et sa lumière
   
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  Publié: 18 févr 2008 à 16:15 Citer vertical_align_bottom

Bonjour DeRaison, et surtout merci, car c'est moi qui me retrouve vraiment touché par ton commentaire, pour être très franc, je ne pensais pas que je pourrais/voudrais le poster ici, et en fait tu m'as prouvé que j'ai bien fait et je t'en remercie.

Encore.

Au plaisir de te lire.

  Quand on observe des ruines, on se dit qu'il n'y a que l'extérieur qui n'ait pas été rongé...
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1er mai
  Publié: 22 avr 2008 à 03:44 Citer vertical_align_bottom

Pfiuuuu...


Complètement à fond dans ce récit, un point de vue qui n'a pas trop été abordé, et que je me plais à lire...


on s'y croirait...


Amitiés

Justine

  Je suis comme ce temps que l'on ne remonte pas : décalée et détraquée.
Stegobulle


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6 décembre
  Publié: 22 avr 2008 à 16:54 Citer vertical_align_bottom

Deuxième remerciement tout en frissons !!

Merci merci et...merci !!!! je suis heureux que ça t'ai plu, vraiment.

Au plaisir

  Quand on observe des ruines, on se dit qu'il n'y a que l'extérieur qui n'ait pas été rongé...
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